Certaines entreprises façonnent notre quotidien dans l'ombre. Si l’électricité et les données arrivent chaque jour chez vous, c’est en partie grâce à Prysmian. De la première liaison télégraphique transatlantique en 1925 aux datacenters les plus modernes, le groupe s’est imposé comme un acteur incontournable du câblage mondial.
L'histoire commence en 1879 sous le nom de "Pirelli Cavi". Cette filiale du célèbre groupe italien grandit pas à pas à l'international avant de franchir un cap historique : en 1982, elle devient le premier producteur de câbles à fibre optique. S’ensuit une série d'acquisitions pour accroître les parts de marché, notamment auprès de Siemens AG, BICC, Metal Manufacturers NFK.
Le nom de Prysmian émerge en 2005. Après le boom de la fibre optique porté par la bulle Internet, Pirelli souhaite se séparer de sa filiale et la cède à Goldman Sachs. Deux ans plus tard, en 2007, la société fait son entrée à la Bourse de Milan. Depuis, le groupe n’a cessé de consolider sa position de leader. Son rachat de Draka propulse Prysmian au rang de numéro un mondial du secteur, devant le français Nexans, avant que l'entreprise ne jette son dévolu sur General Cable.
Réduire Prysmian à un simple fabricant de câbles serait une erreur, bien qu'il s'agisse de son cœur de métier. Son activité se déploie en réalité à travers trois grands segments. Le premier, l'"Electrification", domine largement : il regroupe la distribution d'énergie dans les bâtiments industriels et commerciaux (38% du chiffre d'affaires) ainsi que les solutions OEM (15%). Plus modeste, le "Power grid" (19%) se concentre sur la modernisation des réseaux électriques existants. Enfin, la "Transmission" (17%) est dédiée au transport des énergies renouvelables. le reste étant réparti entre les solution digitales et d’autres applications
Pour ce qui est de la répartition géographique, l'Europe capte la majorité des ventes, talonnée de près par l'Amérique du Nord. Le reste de l'activité se partage entre l'Amérique latine et la région Asie-Pacifique.
Une hausse basée sur le narratif (mais pas que)
Ces derniers mois ont propulsé le titre vers de nouveaux sommets, effaçant des records pourtant déjà établis avant cette dernière hausse. Prysmian a rapidement comblé son léger retard pour s'imposer comme un acteur incontournable de la chaîne de valeur des data centers. Son rôle ? Acheminer la puissance électrique indispensable jusqu'aux puces
Si la hausse est principalement expliquée par l’engouement des valeurs touchant de près ou de loin à l'infrastructure Ia, elle n’en est pas moins dénuée de fondamentaux. Fort de son leadership, le groupe affiche une santé de fer : hors le creux amorcé en 2017, cela fait maintenant six ans que sa rentabilité progresse de concert avec ses résultats. En 2025, la marge d’exploitation s’est établie à 9%, bien au-delà des niveaux historiques et au-dessus de celle de Nexans (7,2%).
Si les marges peinent à franchir le cap des 10%, la capacité de la société à générer du cash est indiscutable, les flux de trésorerie libres alloués aux actionnaires restant très proches du résultat net. Longtemps surveillée de près lorsqu'elle évoluait sous les 15%, la rentabilité des capitaux propres s'est nettement redressée depuis deux ans, jusqu'à un record de 21,64% en 2025.
Malgré une politique d'acquisitions répétées, le bilan demeure impeccable. Le ratio dette nette/Ebitda ne dépasse historiquement pas les 3%, témoignant d'une gestion financière maîtrisée.
Le boom des data centers
Le principal catalyseur de croissance pour les prochains exercices demeure l'exposition à l'infrastructure IA. Si le doute persistait chez les plus sceptiques, le premier trimestre est venu confirmer la tendance. Pour comprendre l’implication de Prysmian dans cette infrastructure, il convient de plonger dans l’anatomie de ce genre de bâtiments

(Présence de Prysmian dans les datacenters - présentation des résultats Q1 2026)
De sa source à l'utilisateur, l’électricité chemine rarement en ligne directe : elle transite par de nombreuses infrastructures chargées d'ajuster sa puissance. Un principe qui s'applique directement aux datacenters. Sur ce marché, le groupe italien Prysmian se positionne sur l’acheminement de l'énergie jusqu’au site, via des câbles terrestres ou sous-marins, de l’entrée du complexe jusqu’aux transformateurs, ainsi que dans tout le bâtiment. Au-delà du transport d’énergie, elle maîtrise aussi celui des données grâce à ses solutions en fibre optique.
L’expertise ne s'arrête pas là, la division Digital Solution agit maintenant au coeur des salles serveurs renforçant définitivement la position du groupe comme spécialiste de l’infrastructures IA
Un premier trimestre qui confirme la tendance
Le chiffre d'affaires dépasse le consensus de 2%, accompagné par une rentabilité record : la marge Ebitda grimpe à 14,2%. En parallèle, le désendettement s'accélère avec une dette ramenée à 3,8 MdsEUR, contre 4,9 MdsEUR un an plus tôt. Comme anticipé, les infrastructures IA tirent la croissance vers le haut. La nouvelle division "Digital solution" bondit ainsi de plus de 20%, dopée par l'intégration de Channell en 2025 et affiche une marge EBITDA de 19,5%. Si le transport d'énergie renouvelable a marqué le pas, Jefferies table sur une accélération en cours d'année. De son côté, le carnet de commandes des réseaux haute tension reste solide et s'établit à environ 17 MdsEUR.
Si le cap est clair, la validation de cette tendance dépend encore de plusieurs facteurs. Le marché a déjà intégré une forte implication du groupe dans les datacenters. Bien que l'expertise de Prysmian soit indiscutable, la conclusion d'accords pluriannuels avec les hyper scalers sera décisive. À cela s'ajoute l'impact négatif et persistant des effets de change.
Sur le plan boursier, la société s'échange sur des niveaux historiquement élevés. Le PER, attendu à 32,5x pour 2026, devrait néanmoins se détendre à environ 27x en 2027. Si la trajectoire des marges se confirme et que les grands contrats se concrétisent, ce niveau de valorisation se justifiera. Un dossier de qualité, à suivre de près.




















