En France, l'absorption de SFR par les trois opérateurs nationaux - encore soumise à l'approbation de l'autorité de la concurrence, mais celle-ci est attendue conciliante - remodèle le marché domestique à l'image de son voisin britannique depuis le rachat de Three par Vodafone. Voir à ce sujet Le marché salue la restructuration de Vodafone.
En Europe, depuis le rapport Draghi, la Commission prépare on le sait un net assouplissement des règles de consolidation du secteur. Ce dernier fait d’ailleurs écho aux commentaires de la directrice générale d'Orange, Christel Heydemann, qui disait plus tôt cette année ne pas voir d'intérêt à investir sur le Vieux Continent en l’état.
En effet, le plan stratégique de l’opérateur français vise à atteindre 380 millions d'abonnés à ses services mobile et haut débit d'ici 2028, soit 15 millions de plus qu'aujourd'hui et 40 millions de plus que l'an dernier à la même époque. Les neuf dixièmes de cette expansion de la base d’abonnés sont supposés provenir d'Afrique et du Moyen-Orient.
Cela étant dit, un signal clair de l’assouplissement en Europe a déjà été donné par la fusion désormais entièrement consommée d'Orange avec l'espagnol MásMóvil. L’opération débouche sur la création du premier opérateur national avec 37 millions de lignes fixes et mobiles. Cette année, Orange rachetait les 50% restants de MasOrange détenus par Lorca, le consortium de fonds emmené par KKR et Cinven.
Il y a quinze mois, dans Orange : Prise de recul, nous signalions que le cash-flow de l’opérateur telecom n’avait pas augmenté entre 2003 et 2023, alors que ses dépenses d'investissement, elles, avaient bondi de moitié. L'inflation, on le voyait alors clairement, se répercutait au niveau des coûts mais pas des revenus.
Faute de croissance, c'est vers les dividendes que les actionnaires cherchaient du réconfort. La distribution, après avoir stagné pendant dix ans, reprenait en effet du poil de la bête, tandis que la couverture du dividende par le cash-flow libre s’améliorait visiblement.
Ces éléments pouvaient légitimement mettre un peu de baume au coeur des investisseurs après une période de stress entre 2015 et 2019, lorsque la distribution n'était pas couverte trois années sur cinq, ce qui expliquait l'augmentation de l'endettement observée à l’époque.
Dans la foulée de ces évènements, la valorisation boursière de l'opérateur a presque doublé. Ses résultats ont-ils suivi ?
Pas franchement sur 2025, où le chiffre d'affaires augmentait moins vite que l'inflation, tandis que le profit cash - ou cash-flow libre - atteignait 3,9 milliards d’euros, contre 3,8 milliards l’année précédente. Cependant, et remarquablement, Orange parvenait à se refinancer sur les marchés de crédit à des conditions tout à fait exceptionnelles.
Hier, l’opérateur publiait ses résultats du premier semestre de l’exercice 2026, attendus de pied ferme par l'ensemble la communauté des analystes. Une fois n’est pas coutume, ces derniers laissent apparaître une croissance remarquable de son chiffre d'affaires, de son profit d'exploitation et de sa génération de cash-flow libre.
C'est même le meilleur semestre depuis dix ans pour l'opérateur, exception faite de la seconde moitié de l’exercice 2020 lorsque, en pleine pandémie, ses investissements avaient été gelés. Ils augurent vraisemblablement une nouvelle hausse du dividende, déjà bien anticipée par le marché puisque celui-ci valorise Orange sur son plus faible rendement sur dividende depuis dix ans.
La somme de ces développements conforte aussi la position de Christel Heydemann, dont le mandat à la tête de l’opérateur français s’apparente pour l’instant à une très franche réussite.


















