La séance avait pourtant mal commencé. Quelques heures auparavant, Donald Trump avait laissé flotter la possibilité de mettre en place une sorte de péage au profit des Etats-Unis pour franchir le détroit d'Ormuz. Toujours mesuré dans ses propos, le locataire de la Maison Blanche avait parlé d'un coût de transit représentant 20% de la valeur de la marchandise transportée. L'annonce a fait redécoller le pétrole et a provoqué quelques sueurs froides chez les financiers, qui ne savaient pas si c'était du lard ou du cochon. Trump a finalement rétropédalé dans l'après-midi, en renonçant officiellement à son idée, mais en précisant que les retombées escomptées seront compensées par de futurs investissements des pays bordant le Golfe Persique aux Etats-Unis.
Le projet avait suffisamment brassé les milieux d'affaires pour que les indices ploient durant la séance, eux qui avaient déjà été fragilisés par la reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l'Iran. Tout ce qui maintient les cours pétroliers à niveau élevé est une mauvaise nouvelle pour l'inflation et crée un risque haussier sur les taux d'intérêt, une configuration que le marché n'apprécie pas du tout. Cerise sur le gâteau, le nouveau patron de la Fed, Kevin Warsh, expliquait à peu près en même temps au Congrès que la banque centrale ne tolérerait pas que l'inflation dérape. Ça commençait à faire beaucoup de vents contraires au mètre carré.
Et puis un petit miracle s'est produit. Non, pas une remontada légendaire pendant une demi-finale de coupe du monde de foot. Je veux parler des prix à la consommation américains qui se sont assagis au mois de juin. La statistique, publiée à 14h30, était presque trop belle pour être vraie. L'inflation annuelle sous-jacente a ralenti à 2,6% en juin, après avoir atteint 2,9% en mai. Le reflux du pétrole a contribué à détendre certains postes, mais les économistes soulignent aussi que le coût du travail se normalise sous l'effet des gains de productivité (peut-être grâce à l'IA) et que l'immobilier se calme (c'est un gros poste d'inflation). En tout cas, la statistique a réduit à néant les craintes de hausse de taux en juillet, qui constituait la menace naissante la plus redoutée par les investisseurs.
Mieux, les chiffres de l'inflation ont aussi permis de neutraliser les résultats épouvantables d'IBM. Neutraliser pour les indices dans leur ensemble, parce que l'action du groupe américain a sombré de 25%, apparemment le plus gros gadin boursier de sa longue histoire. IBM a été confronté à la réorientation à marche forcée des dépenses de ses clients vers les serveurs et la cybersécurité. Son CEO a expliqué que c'était la ruée vers la capacité de calcul en prévision des hausses de prix à venir, et vers la protection après les prouesses hors du commun du modèle Mythos d'Anthropic en matière de hacking. Les sociétés cotées de cybersécurité, malmenées depuis quelque temps par crainte d'un grand remplacement, en ont profité pour s'offrir une petite flambée. Cet épisode illustre le fait que personne ne sait vraiment qui va perdre le plus gros dans la course à l'IA.
A la clôture hier, après une séance légèrement haussière en Europe, Wall Street a terminé sur une progression de 0,35% du côté du S&P 500 et de 1,1% du côté du Nasdaq 100. Dans le compartiment technologique, ce sont à nouveau les semiconducteurs (et les fournisseurs de solutions de cyberdéfense) qui ont flambé. Les commentaires d'IBM ont en effet montré que la demande est toujours brûlante pour les fournisseurs de matériel de pointe (puces, mémoires et tutti quanti). Les résultats publiés par ASML ce matin, avec des prévisions supérieures aux attentes, ne devraient pas noircir le tableau.
Il faut aussi souligner les gains du secteur bancaire, après des résultats solides publiés par les firmes de Wall Street le plus exposées aux marchés. Goldman Sachs (+9%) a particulièrement impressionné, mais JPMorgan Chase et Bank of America n'étaient pas en reste. L'accueil a été moins chaleureux pour les banques davantage tournées vers les particuliers (Citigroup, Wells Fargo).
Aujourd'hui, on gardera un œil sur les prix à la production aux Etats-Unis (14h30) et sur les résultats d'ASML et Compagnie Financière Richemont en Europe, puis Johnson & Johnson et Morgan Stanley aux Etats-Unis.
En Asie-Pacifique, tous les marchés montent, sauf la Chine continentale. Pékin a annoncé cette nuit un chiffre de croissance plus faible que prévu pour le second trimestre (4,3%, le second plus faible depuis la pandémie, contre 4,5% attendu). Si les chiffres de production et d'export sont bons, la demande intérieure reste déprimée et l'investissement est en berne. Dans la lignée des "mauvaises nouvelles peuvent être de bonnes nouvelles", je ne serai pas surpris que ça spécule un peu, dans les semaines qui viennent, sur un plan de relance des autorités. Sur les autres places de la région, le retour en grâce des semiconducteurs dope la Corée du Sud, où le KOSPI s'envole à nouveau de 6,5%, après une passe délicate. Le TAIEX taïwanais progresse de 2,5% et le Nikkei 225 japonais de 1%. L'Inde (+0,7%) et l'Australie (+0,3%) sont plus mesurées.
L'Europe est attendue hésitante, mais les publications de résultats du matin (ASML pour la tech, Richemont pour le luxe) pourraient faire changer les choses.
Le CAC 40 ouvre étale à 8 367 points. Le SMI grappille 0,1% à 14 255 points. Le Bel 20 recule de 0,3% à 5 602 points.
Les temps forts économiques du jour
L'agenda macro :
- 09h00 : IPC — inflation juin 2026 (Espagne)
- 10h30 : Balance commerciale (Royaume-Uni)
- 14h30 : Empire State (NY Fed) juillet 2026 (Etats-Unis)
- 14h30 : Prix à la production (PPI) juin 2026 (Etats-Unis)
- 16h30 : Stocks pétroliers EIA (brut, essence, distillats) sem. du 11 juillet (Etats-Unis)
- 19h00 : Discours Fed — Lisa D. Cook (gouverneur Fed) (Etats-Unis)
- Le reste de l'agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :
- EUR / USD : 1,1436 (+0,1%)
- Once d'or : 4 031 USD (-0,5%)
- Once d'argent : 58,37 USD (-0,7%)
- Brent : 85,67 USD (+0,3%)
- Spread Bund / OAT : 77 points (0,0%)
- VIX : 16,5 points (-0,7%)
- 10 ans US : 4,60% (+0,2%)
- Bitcoin : 64 748 USD (-0,4%)
Les principaux changements de recommandations
- Adidas : Piper Sandler maintient sa recommandation surpondérer et relève l'objectif de cours de 170 à 200 EUR.
- Adyen : Loop Capital Markets démarre le suivi à conserver avec un objectif de cours de 900 EUR. UBS maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 1 600 EUR à 1 350 EUR.
- Avolta : Berenberg maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours réduit de 59 à 56 CHF. UBS maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours relevé de 48 à 52 CHF.
- BNP Paribas : Deutsche Bank reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 98 à 106 EUR.
- Burkhalter Holding : Berenberg démarre le suivi à conserver avec un objectif de cours de 145 CHF.
- Crédit Agricole : Deutsche Bank reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 20 à 19,50 EUR.
- D'ieteren Group : Deutsche Bank démarre le suivi à l'achat avec un objectif de cours de 230 EUR.
- EMS-Chemie Holding : Bank Vontobel reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 680 à 750 CHF.
- Evotec : TD Cowen passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 7 à 4 EUR.
- Gjensidige Forsikring : Norne Securities passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 295 NOK à 315 NOK.
- Mycronic : DNB Carnegie passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 320 à 385 SEK. SEB Bank passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 315 SEK à 385 SEK.
- Nokian Renkaat : Inderes passe de réduire à vendre avec un objectif de cours relevé de 10 à 10,50 EUR.
- Norion Bank : ABG Sundal Collier passe de conserver à acheter avec un objectif de cours réduit de 65 SEK à 62 SEK.
- Remedy Entertainment : DNB Carnegie passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 14,50 à 20 EUR.
- Savills : Berenberg démarre le suivi à l'achat avec un objectif de cours de 1 375 GBX.
- SIG : Citi maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 14,70 à 15,20 CHF.
- Société Générale : Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours relevé de 79 à 81 EUR.
- TotalEnergies : Zacks maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 79 à 85 USD.
- UBS Group : Zacks passe de performance de marché à surperformance avec un objectif de cours relevé de 55 à 60 USD.
- Valiant Holding : UBS maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours réduit de 168 à 165 CHF.
- Vallourec : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 28,80 EUR à 29,40 EUR.
- Wärtsilä : Inderes passe de vendre à alléger avec un objectif de cours de 32,50 EUR.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- La filiale brésilienne d'Engie lève 1,7 milliard de dollars via une augmentation de capital, selon Valor.
- Bolloré et Banijay figureraient parmi les candidats au rachat de Lionsgate Studios, selon Reuters.
- Decathlon franchit le cap des 700 magasins équipés des solutions Vusion.
- DBV Technologies présentera ses résultats semestriels le 16 juillet.
- Groupe PLC, soutenu par IDI, rachète Floralpina.
- Forsee Power projette une augmentation de capital de 20 MEUR à 0,25 EUR par action pour faire entrer un nouvel actionnaire.
- Eurasia Foncière Investissements fait l'objet d'une enquête du fisc, qui demande sa liquidation judiciaire.
- Le Slip Français, qui a réalisé son entrée en bourse hier, a mis en œuvre un contrat de liquidité avec TSAF.
- Les principales publications du jour: SEB S.A, Plastivaloire.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D'Europe
- ASML relève ses prévisions 2026.
- Compagnie Financière Richemont accélère au T2.
- Antofagasta annonce une baisse de la production de cuivre et de molybdène au premier semestre, l'or progresse.
- DocMorris enregistre une hausse de son chiffre d'affaires externe préliminaire au premier semestre.
- Siemens Energy va se rebaptiser Omterra au cours de l'année.
- DR. Martens maintient ses perspectives pour l'exercice 2027.
- Les actionnaires d'ARC approuvent le rachat par Shell pour 16,4 milliards de dollars. Shell qui lance la recherche d'un prestataire de forage pour son projet gazier offshore au Venezuela.
- Plusieurs maisons d'édition, dont Louis Hachette, poursuivent Google en justice aux Etats-Unis pour avoir entraîné ses modèles d'IA sur des œuvres protégées sans autorisation.
- Kontron décroche une commande de 100 millions d'euros dans le ferroviaire.
- Poste Italiane a obtenu l'autorisation de la Banque d'Italie pour l'acquisition indirecte de TIMFin.
- Le bénéfice d'Aker BP s'envole avec la hausse des prix du pétrole liée au conflit iranien.
- Burckhardt Compression finalise l'acquisition de Fornovo Gas.
- Wolters Kluwer intègre sa plateforme d'intelligence juridique à l'espace de travail Libra Legal AI aux Pays-Bas.
- Inwit conteste l'ordonnance du Tribunal de Milan.
- Les principales publications du jour: ASML, Compagnie Financière Richemont, Antofagasta, Svenska Handelsbanken, Storebrand, Elisa…
D'Amérique du Nord
- Stripe et Advent auraient soumis une offre conjointe pour l'acquisition de PayPal au prix de 60,50 USD par action, soit 53 MdsUSD au total, a appris Reuters.
- Meta visée par une plainte collective pour discrimination dans les licenciements pilotés par l'IA.
- GE Aerospace choisi pour fournir les moteurs des 23 hélicoptères AW149 du programme britannique New Medium Helicopter.
- Delivery Hero confirme des négociations avancées avec Uber en vue d'une éventuelle offre de rachat.
- Alcoa lance son projet d'usine de gallium en Australie avec le soutien des Etats-Unis, du Japon et de Canberra
- Zipline recrute des cadres de Tesla, Waymo et Uber avant son expansion sur de nouveaux marchés.
- Leica Biosystems, filiale de Danaher, va acquérir StatLab Medical Products.
- Le premier appareil grand public d'OpenAI sera une enceinte IA sans écran, selon Bloomberg.
- La biotech Attovia Therapeutics dépose son dossier d'introduction en bourse aux Etats-Unis.
- Les principales publications du jour: Johnson & Johnson, Morgan Stanley, BlackRock, The Progressive, The Bank of New York Mellon, The PNC Financial Services, Elevance Health, Cintas, United Airlines, M&T Bank.
D'Asie et d'ailleurs
- Les ADR de SK Hynix ont flambé de 27% hier et se négocient avec une prime de 51% sur les actions cotées en Corée.
- Samsung Electronics dément tout projet de cotation aux Etats-Unis.
- Rio Tinto publie des résultats contrastés au deuxième trimestre et maintient ses prévisions annuelles.
- Nvidia en discussions avec Mitsubishi Heavy sur le refroidissement et l'alimentation des centres de données IA.
- Wilfred Bruijn est élu à la présidence par intérim du conseil d'administration de Vale.
- Alibaba et Honor renforcent leur partenariat dans les terminaux dotés d'IA.
- United Microelectronics lance la production de masse de plaquettes de photonique sur silicium à Singapour.
- Après les américains OpenAI et Anthropic, c'est au tour du chinois DeepSeek de lorgner une introduction en bourse cette année, selon des sources concordantes.
- Les principales publications du jour: BHP.
Le reste de l'agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Comment l'assouplissement quantitatif a transformé les banques, et pourquoi cela rend le resserrement quantitatif dangereux (FT Unhedged).
- La santé de Trump est… compliquée (Persuasion).
- Les villes les plus et les moins agréables à vivre au monde en 2026 (The Economist).
- L’Ukraine face à la génération Azov (Revue21).
- Pourquoi nous exigeons des machines parfaites tout en tolérant le carnage humain (Noéma).
- Le pillage de la science-fiction (Aeon).
- L'avertissement le plus alarmant à ce jour concernant l'IA et l'emploi (Platformer).
- Donald Trump rêve-t-il d’être un président français ? (Le Grand Continent).
- Les ultra-riches ne se contentent pas d'acheter des demeures : ils veulent tout le pâté de maisons (Wall Street Journal)
- Les 1000 jours de guerre qui ont changé le Moyen-Orient (Bloomberg)
- Les lauréats du concours international de photographie aérienne de l'année (The Atlantic)
- Quand nommer une rue devient un acte hostile envers une nation rivale (Le Monde)

















