Le climat est favorable : le salon du Bourget a mis en lumière l’optimisme du secteur. Safran est également bien positionné pour capter la hausse généralisée des dépenses de défense. Son segment "Équipements et Défense" représente 38% du chiffre d'affaires. À l'occasion du salon, un accord a été signé avec Bombardier pour explorer des technologies communes dans ce domaine.

Le secteur bénéficie également d’une exemption de droits de douane dans l’accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Selon Reuters, Larry Culp, PDG de GE Aerospace – partenaire historique de Safran et fournisseur des moteurs moyen-courriers d’Airbus et Boeing – aurait joué un rôle clé dans cette décision.

Une marge record

Sur le premier semestre, le chiffre d’affaires grimpe de 13%, à 14,7 milliards d’euros. Le résultat opérationnel atteint 2,5 milliards, soit une marge record de 17% (+27% sur un an), bien au-dessus des 20% attendus par le consensus.

Le moteur LEAP, produit phare de la coentreprise avec GE Aerospace, assure les marges les plus solides du groupe. La division Propulsion affiche une rentabilité de 23,3%, soit 10 points de plus que l'activité Équipements et Défense. Cette dynamique est largement portée par l'après-vente : les ventes de pièces détachées et services progressent de plus de 20%. Oddo souligne que le "spare ratio" du LEAP – la part des pièces détachées par rapport aux moteurs complets – reste élevé, un facteur clé pour les marges.

C’est le catalyseur du semestre, les analystes de Bernstein soulignent que les résultats dans le domaine de l’après-vente ont dépassé les attentes des prévisions les plus optimistes. En effet, l’essentiel de la valeur économique d’un moteur est capté au cours de sa durée de vie, après la livraison.

Les contrats de maintenance à l’heure de vol, devenus la norme en aviation civile, apportent de la visibilité pour toutes les parties.

Tensions sur les livraisons

Mais cette forte demande a ses revers. Les pièces détachées alimentent à la fois les ateliers de maintenance et les chaînes d’assemblage des avionneurs. Airbus, confronté à un arbitrage difficile, a plusieurs fois pointé les retards de livraison de Safran. Son PDG, Olivier Andriès, les a reconnus et a annoncé un accord pour sécuriser les volumes de moteurs d’ici fin 2025.

Accélération stratégique

Le 21 juillet, Safran a finalisé l’acquisition de Collins Aerospace (1,55 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024), spécialisé dans les commandes de vol. Cette activité sera intégrée à sa branche Électronique et Défense à partir du 1er août. L’objectif affiché est de dégager 50 millions d’euros de synergies annuelles d’ici 2028 et devenir un leader mondial.

Plus récemment, Safran a choisi d’implanter sa future usine de freins carbone en France, dans l’Ain, plutôt qu’au Québec ou aux Etats-Unis. Un investissement de 450 millions d’euros salué par l’exécutif, avec une mise en service prévue en 2030. L’usine augmentera de 25% les capacités de production des freins carbone.

Perspectives relevées

Porté par cette dynamique, Safran relève logiquement ses objectifs annuels. Il vise désormais une croissance du chiffre d’affaires entre 11 et 13% (contre 10% précédemment), et un résultat opérationnel entre 5 et 5,1 milliards d’euros, soit 200 millions de plus qu’annoncé précédemment. Les ventes de pièces détachées devraient d’ailleurs rester très solides au second semestre, avec une croissance attendue à plus de 20%.