Une fois de plus, Donald Trump a pris tout le monde de court. Les investisseurs étaient partis en week-end en essayant d’imaginer quel nouveau secteur allait être secoué par l’IA et en se projetant sur les prochains chiffres de l’emploi américain. Tout cela a été balayé en quelques heures.
Pour bien comprendre ce qui s’est joué au cours du week-end, il faut commencer par faire un petit retour en arrière. En janvier, une vague de protestations a fait vaciller le régime en Iran, qui a réprimé brutalement sa population. Donald Trump a alors menacé d’intervenir, avant de se raviser. Depuis, les Etats-Unis ont amassé d’importantes forces dans la région. Et en parallèle, Washington et Téhéran avaient repris un cycle de négociations, sous médiation omanaise.
La tension est à nouveau remontée d’un cran il y a dix jours, lorsqu’un article d’Axios a indiqué que les Etats-Unis étaient proches d’une guerre majeure avec l’Iran. Mais le sujet est vite repassé au second plan, avec l’invalidation des droits de douane par la Cour suprême et les craintes de disruption par l’IA. D’autant que les négociateurs américains et iraniens avaient fait état de progrès à Genève la semaine dernière. Ils prévoyaient de poursuivre des discussions au niveau technique cette semaine, à Vienne.
Mais les Etats-Unis et Israel ont finalement décidé de frapper samedi matin. Ce que l’on a compris au cours du week-end, grâce à un article du New York Times, c’est que le timing de l’opération est le résultat d’une opportunité. En effet, la CIA aurait été informée de l’organisation d’une réunion, autour du guide suprême, dans sa résidence officielle à Téhéran. C’est là qu’Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989, a été tué. Selon Donald Trump, ce sont déjà 48 dirigeants iraniens qui auraient été éliminés. Parmi eux, il y a notamment le ministre de la Défense, le chef d’état-major des armées et le chef des Gardiens de la Révolution.
Les Iraniens ont riposté par des tirs de missiles visant Israel, et les bases américaines dans la région, causant des dégâts dans plusieurs pays du Golfe (Emirats Arabes Unis, Bahreïn, et Qatar notamment). Le Pentagone a confirmé hier la mort des premiers soldats américains de cette opération. Ces dernières heures, le conflit semble s’élargir, avec des tirs de missiles du Hezbollah libanais en direction d’Israël. Hier soir, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont indiqué qu’ils pourraient frapper l’Iran si les tirs de missiles sur les pays du Golfe se poursuivent.
Voilà ce que l’on sait. Pour le reste, il est très difficile de prédire la durée du conflit et le résultat auquel il aboutira. Donald Trump a évoqué hier une durée de quatre semaines. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le président américain prend un risque énorme, sans aucun doute le plus important de ses deux mandats.
D’abord, parce que les changements de régime imposés de l’extérieur ont souvent davantage créé le chaos qu’apporté la démocratie (ce qui n’est d’ailleurs pas un objectif de cette administration). Et ensuite, parce que les Américains, et en particulier ceux qui ont voté pour lui en 2024, sont opposés aux interventions militaires extérieures. Selon un sondage Reuters/Ipsos, publié hier, seulement un Américain sur quatre soutient les frappes américaines en Iran.
Alors pourquoi y va-t-il tout de même ? On peut avancer l’hypothèse qu’il joue davantage sa place dans l’Histoire, que sa position dans les sondages. Donald Trump aura 80 ans cette année et ne peut pas se représenter en 2028. Il a l’opportunité d’avoir la peau d’un ennemi des Etats-Unis, un régime qui, depuis 47 ans, s’attaque aux intérêts américains et déstabilise le Moyen-Orient. Cette "dimension historique" était très présente dans son allocution samedi matin, où il a rappelé ces épisodes qui ont traumatisé l’Amérique : la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, l’attentat à Beyrouth en 1983 qui a coûté la vie à 241 soldats américains.
L’autre conséquence que devra gérer l’administration américaine, c’est la hausse des prix du pétrole. Le WTI est passé de 67 dollars vendredi à 72 ce matin, tandis que le Brent est remonté à 78 dollars. En effet, la plupart des armateurs, des majors pétrolières et des maisons de trading ont suspendu toutes les expéditions via le détroit d'Ormuz, après que Téhéran a mis en garde les navires contre la traversée de ce passage. Or, plus de 20 % du pétrole mondial transite par ce détroit. Selon Bloomberg, le prix du baril pourrait grimper jusqu’à 108 dollars dans un scénario de fermeture du détroit d’Ormuz.
Au-delà du pétrole, les autres mouvements de marché sont aussi sans surprise ce matin. Les indices de volatilité sont remontés, les actions devraient ouvrir dans le rouge et les valeurs refuges (or, franc suisse, taux) jouent leur rôle. Les valeurs pétrolières devraient être les gagnantes de la journée. A l’opposé, le secteur aérien est attendu en nette baisse, alors que le trafic est fortement perturbé dans le Golfe (sans compter la hausse des prix du pétrole).
Les affrontements au Moyen-Orient devraient sans doute dominer l’actualité dans les prochains jours, pour ne pas dire écraser tout le reste. Dans l’agenda macro, le grand rendez-vous sera le rapport sur l’emploi du mois de février aux Etats-Unis, à deux semaines de la prochaine réunion de la Fed (17-18 mars). Du côté des entreprises, la saison des résultats n’est pas encore tout à fait terminée. En Europe, Thalès, ASM International, Bayer ou encore Adidas sont attendus. Aux Etats-Unis, il faudra suivre CrowdStrike, Marvell Technology, Costco, et surtout Broadcom.
Les indicateurs avancés sont fortement baissiers ce matin sur les marchés occidentaux. L'Indice MSCI AC Asie Pacifique perd 1,3%. La plupart des marchés de la région ont reculé, hormis l'Australie.
Le CAC 40 perd 2,2% dans les premiers échanges. Le SMI lâche 1,6% à 24 695 points. Le Bel 20 chute de 3% à 5 284 points.
Les temps forts économiques du jour
- 08h00 : Ventes au détail (annuel) (Allemagne)
- 10h00 : Croissance annuelle du PIB (Italie)
- 15h00 : Discours de la présidente de la BCE Lagarde (Zone Euro)
- 16h00 : Indice ISM manufacturier (États-Unis)
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h30, les liens permettent d'avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1740
- Once d'or : 5378 USD
- Once d'argent : 95 USD
- Brent : 78,5 USD
- Spread Bund / OAT : 57 points
- VIX : 19,86
- 10 ans US : 3,96%
- Bitcoin : 66 239 USD
Les principaux changements de recommandations
- Arcelormittal : ING Bank maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 38 EUR à 64 EUR.
- Assa Abloy : ABG Sundal Collier passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 375 SEK à 440 SEK.
- Axa : Morgan Stanley reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 44 à 46 EUR. Berenberg maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 47,80 à 50,70 EUR.
- Barry Callebaut : JP Morgan passe de neutre à souspondérer avec un objectif de cours réduit de 1 200 à 1 100 CHF.
- Belimo : Research Partners AG reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 925 à 838 CHF.
- Biomérieux : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 133 à 131 EUR.
- Bureau Veritas : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 39,50 EUR à 40 EUR.
- Centrica : Jefferies passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 200 à 210 GBX.
- Dormakaba Holding : Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 92 à 80 CHF.
- Engie : Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 25 EUR à 30 EUR.
- Eni : JP Morgan passe de souspondérer à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 17,50 à 22 EUR.
- H. Lundbeck : Jefferies passe de sousperformance à conserver avec un objectif de cours relevé de 35 DKK à 39 DKK.
- JCDecaux : BNP Paribas passe de neutre à surperformance avec un objectif de cours relevé de 17 à 21 EUR.
- Lisi : BNP Paribas maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 50 EUR à 58 EUR.
- Novo Nordisk : Goldman Sachs passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 400 DKK à 260 DKK.
- Ryanair Holdings : Zacks passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 81 à 72 USD.
- Saint-Gobain : Morgan Stanley reste à surpondérer avec un objectif de cours réduit de 105 à 100 EUR.
- Schneider Electric : CICC maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 236 à 295 EUR. Landesbank Baden-Wuerttemberg reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 255 à 290 EUR. UBS maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 285 à 310 EUR.
- Stellantis : Citi reste à neutre avec un objectif de cours réduit de 9 à 8 EUR.
- TotalEnergies : Citi maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 71 EUR à 75 EUR. JP Morgan passe de neutre à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 63 à 75 EUR.
- Vallourec : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation accumuler et relève l'objectif de cours de 22,80 à 25,10 EUR. Barclays reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 22 à 26 EUR.
- Var Energi : Arctic Securities passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 35 NOK à 40 NOK.
- Warehouses De Pauw : UBS maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 25 EUR à 28 EUR.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Les immatriculations de voitures neuves en France en baisse de 14,7% en février, selon la PFA.
- Engie lève 3 milliards d'euros à 28 EUR l'action pour boucler le rachat de UK Power Networks.
- Le rilzabrutinib de Sanofi obtient la désignation de médicament orphelin au Japon pour la maladie liée aux IgG4.
- Axa signe une convention de rachat d'actions à hauteur de 1,25 MdEUR.
- Orange s'associe à AST SpaceMobile et Vodafone pour la connectivité satellitaire.
- Technip Energies déploie des protocoles d'urgence locale au Moyen-Orient.
- Nexans annonce la démission d'Oscar Hasbún Martínez de ses fonctions d'administrateur.
- Air France-KLM paiera 368 millions d’euros au titre du jugement définitif relatif au dossier du cargo.
- SES S.A attend un chiffre d'affaires et un EBITDA ajusté stables cette année.
- Exosens, via Photonis, décroche un contrat majeur avec l'US Army.
- DBV Technologies présente des données positives supplémentaires de l'étude de phase 3 VITESSE à l'occasion du congres annuel AAAAI
- Biophytis porte à 2 MEUR le plafond de sa ligne obligataire avec Hexagon Capital Fund.
- VEOM et Cabasse demandent leur redressement judiciaire.
- Europlasma modifie les conditions de ses dernières tranches d'OCABSA.
- Les principales publications du jour : Société Française de Casinos, Soditech, SMCP, Artea, Acheter-Louer… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D'Europe
- La plupart des compagnies aériennes suspendent leurs trafics autour de la zone moyen-orientale.
- UBS veut maintenir Ermotti en poste au-delà de 2027.
- Hapag-Lloyd instaure une surtaxe de risque de guerre pour le fret dans le Golfe en raison des perturbations au Moyen-Orient.
- AP Moller Maersk va dérouter ses lignes du Moyen-Orient autour de l'Afrique.
- Equinor réalise une découverte pétrolière en mer du Nord.
- Le fenebrutinib de Roche réduit le taux de rechute dans un essai de phase avancée sur la sclérose en plaques.
- Avolta annule 4,9 millions de ses propres actions.
- Telia va porter sa participation dans la coentreprise finlandaise Valokuitunen à 49%.
- Raiffeisen cède la majorité de sa participation dans Leonteq.
- SGS acquiert Granite River Labs Services.
- EQT contraint de renflouer les laboratoires Cerba à hauteur de 200 ou 300 MEUR, selon La lettre.
- Les principales publications du jour : Bank of Ireland, Smith & Nephew, Galp Energia…
D'Amérique du Nord
- Nvidia prévoit une nouvelle puce pour accélérer le traitement de l'IA et bouleverser le marché de l'informatique, selon le WSJ.
- Moody's indique que la note de Warner Bros. Discovery reste sous surveillance pour une possible dégradation après l'annonce du rachat par Paramount.
- Tesla augmente le prix de la version la moins chère de son Cybertruck aux Etats-Unis à 69 990 USD.
- Les principales publications du jour : EchoStar, MongoDB, AST SpaceMobile, Venture Global, Credo Technology…
D'Asie et d'ailleurs
- Toyota relève à 20 600 JPY par action son offre sur Toyota Industries, Elliott l'adoube.
- SoftBank va investir 30 milliards de dollars supplémentaires dans OpenAI.
- Berkshire Hathaway accroit de 9,54 à 10,07% sa participation dans Itochu.
- Xiaomi va créer un comité de sécurité après plusieurs accidents impliquant ses véhicules.
- Les principales publications du jour : MiniMax, SM Investments Corporation…
Le reste de l'agenda mondial des publications ici.
Lectures
- L'européanisation du "parapluie nucléaire" français, un projet de moins en moins tabou chez beaucoup d'alliés (Le Monde).
- Psychopathie et faibles capacités cognitives (Klement on Investing).
- Le CEO de Netflix explique pourquoi il a renoncé à deal Warner Bros (Bloomberg).
- Leçons britanniques sur le déclin américain (Project Syndicate).
- Quand les planètes s'alignent vraiment (National Geographic).
- Le savant qui rêvait d'une boule de cristal climatique (Revue21).
- La vengeance du Midwest (The Economist)




















