Pour ses grands débuts à la tête de la Fed, Kevin Warsh a imprimé sa marque en s'écartant de la position que les investisseurs avaient décidé de lui réserver. Beaucoup l'attendaient dans le costume de la colombe séduite par l'intelligence artificielle, convaincue que les gains de productivité finiraient par dompter les prix. Le marché a plutôt découvert un faucon préoccupé par une inflation "persistante et élevée", au-dessus de la cible des 2% depuis plus de cinq ans. Les taux ne bougent pas pour la quatrième fois d'affilée (3,5% à 3,75%, à l'unanimité), mais les projections ont opéré un virage important : 9 banquiers de la Réserve fédérale sur les 18 interrogés voient désormais une hausse avant la fin de l'année. Les opérateurs l'intègrent pour octobre, sans exclure septembre.
Au-delà du verdict, Warsh a lancé les chantiers de dépoussiérage de l'institution. Le communiqué a fondu de 341 à 130 mots, débarrassé d'indications prospectives jugées dépassées. Le nouveau président pousse même la cohérence jusqu'à ne livrer aucune anticipation à titre personnel, une pratique qu'il juge futile. Cinq groupes de travail doivent plancher sur la communication, la taille du bilan (6 700 milliards de dollars actuellement), l'usage des données, la productivité et l'emploi et le cadre de lutte contre l'inflation. L'objectif avoué est de revenir à un rôle épuré pour la Fed. Une révolution de palais menée tambour battant, qui va tester la capacité d'adaptation des marchés financiers et qui pourrait casser la monotonie des réunions de la banque centrale dans les mois à venir pour les gratte-papier dans mon genre.
Que faut-il retirer de tout ça ? D'abord, que le marché supputait que Warsh ne serait pas la voix de son maître à la Fed. Il s'était positionné en conséquence. D'où le regain du dollar en mai et un rendement de la dette américaine resté haut perché, malgré les bonnes nouvelles sur le front pétrolier. La remontée des taux obligataires américains et du dollar hier après les annonces de la banque centrale montre toutefois que les investisseurs jugent la position du nouveau président de la Fed un chouïa plus orthodoxe que prévu. C'est important pour la suite, même si je parierais bien un reblochon que Warsh a peut-être un peu surjoué son bellicisme, histoire de s'assurer d'un meilleur contrôle de la narration. On sait qu'en matière de politique monétaire, les mots suffisent parfois à orienter l'économie sans avoir à passer aux actes. Wall Street a un peu accusé le coup quand même : les trois grands indices ont reculé de concert d'environ 1%. Ces derniers temps, la tendance était plutôt d'avoir un yoyo du Nasdaq à contrecourant du reste de la cote. La décision de la Fed a l'air d'avoir mis tout le monde d'accord : la prochaine baisse de taux sera plutôt une hausse de taux.
Pour le clin d'œil, je souligne que la baisse du S&P 500 et la poursuite de la hausse du Stoxx Europe 600 a fait converger les deux indices. Le premier ne gagne plus que 8,3% en 2026 tandis que le second est à 8% de hausse. Le vieux continent n'est pas encore totalement largué boursièrement.
Dans le même temps, le G7 d'Evian s'est terminé avec la signature d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran pour faire cesser le conflit aux abords du Golfe Persique. En réalité, Donald Trump a signé le document depuis Versailles, où il était l'invité d'Emmanuel Macron. Evian, Versailles, les lieux de l'histoire se répètent. Cette annonce a contribué à entretenir le climat de détente sur les cours pétroliers et a écarté le spectre d'un échec de dernière minute alors que les marchés étaient échaudés par les rendez-vous manqués précédents. Aux Etats-Unis, les opposants à Trump ont lancé une campagne de sarcasmes sur le contenu de l'accord, qui serait pire que celui négocié en son temps par Obama, pourtant largement critiqué par le locataire actuel de la Maison Blanche. En définitive, les investisseurs vont surtout retenir que le pétrole recule à nouveau. Donald Trump espère que c'est aussi ce que les électeurs retiendront.
En Asie-Pacifique, les marchés riches en valeurs technologiques gardent un cap haussier. Taiwan gagne 0,8%, pendant que le Japon et la Corée du Sud progressent de 1,8% environ. L'Australie est en baisse modérée, tandis que Hong Kong lâche 1,7%. L'indice MSCI AC Asie Pacifique progresse toutefois de 0,6% grâce aux poids-lourds coréens et japonais. L'Europe est attendue en baisse, mais les contrats à terme US sont haussiers.
Les temps forts économiques du jour
L'agenda macro :
- 08h00 : Revenus et emploi juin 2026 (Royaume-Uni)
- 09h30 : Décision de la BNS sur ses taux (Suisse)
- 13h00 : Décision de la BOE sur ses taux (Royaume-Uni)
- 14h30 : Inscriptions hebdo. au chômage sem. du 13 juin (Etats-Unis)
- Le reste de l'agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :
- EUR / USD : 1,1523 (+0,1%)
- Once d'or : 4 315 USD (+0,9%)
- Once d'argent : 68,96 USD (+0,8%)
- Brent : 78,20 USD (-0,4%)
- Spread Bund / OAT : 63 points (0,0%)
- VIX : 18,44 points (+2,0%)
- 10 ans US : 4,46% (-0,5%)
- Bitcoin : 64 212 USD (-0,4%)
Les principaux changements de recommandations
- Acerinox : CaixaBank BPI passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 13 à 21,90 EUR.
- Air Liquide : Equita SIM maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 200 EUR à 182 EUR.
- Aubay : Oddo BHF maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 67 EUR à 68 EUR.
- BMW : DZ Bank Research maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 94 EUR à 75 EUR.
- BW LPG : SB1 Markets passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours relevé de 175 NOK à 200 NOK.
- Carrefour : JP Morgan maintient sa recommandation souspondérer et réduit l'objectif de cours de 10 EUR à 9 EUR.
- Ekinops : Oddo BHF maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 2,50 à 3 EUR.
- Elisa : SEB Bank passe de conserver à acheter avec un objectif de cours réduit de 44 à 43 EUR.
- Equinor : Zacks passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 45 USD à 36 USD.
- Fevertree Drinks : Singer Capital Markets démarre le suivi à l'achat avec un objectif de cours de 1180 GBX.
- H+H International : DNB Carnegie passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 81 DKK à 139 DKK.
- Huber+Suhner : Berenberg passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 200 CHF à 250 CHF.
- Lenzing : Berenberg passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 24 à 29,50 EUR.
- Nibe Industrier : SB1 Markets démarre le suivi à neutre avec un objectif de cours de 35 SEK.
- Nokian Renkaat : Svenska Handelsbanken passe de vendre à acheter avec un objectif de cours relevé de 9,50 EUR à 16 EUR.
- Polypeptide Group : Berenberg maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 35 à 38 CHF.
- Puma : HSBC passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 26 à 35 EUR.
- Rolls-Royce : Bernstein initie la couverture avec une recommandation de performance de marché et fixe un objectif de cours de 1150 GBX.
- Scor : BNP Paribas passe de surperformance à performance de marché avec un objectif de cours de 33 EUR.
- Siegfried Holding : UBS passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 80 CHF à 120 CHF.
- Straumann Holding : BNP Paribas reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 113 à 120 CHF.
- Swatch Group : Citi maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 193 à 211 CHF.
- Swiss Re : BNP Paribas maintient sa recommandation de sousperformance et réduit l'objectif de cours de 120 à 115 CHF.
- Talanx : BNP Paribas passe de neutre à surperformance avec un objectif de cours relevé de 110 à 120 EUR.
- UBS Group : Jefferies maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 55 à 60 CHF.
- Worldline : UBS maintient sa recommandation de vente et relève l'objectif de cours de 0,20 à 8 EUR.
- Zealand Pharma : Berenberg passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 825 DKK à 300 DKK.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Renault finalise le rachat des parts de Volvo et CMA CGM dans la coentreprise Flexis.
- Stellantis explore des partenariats pour relancer Maserati.
- Le trafic a légèrement augmenté dans les aéroports et sur les autoroutes de Vinci en mai.
- BC Partners aurait des vues sur Edenred, selon La Lettre.
- GTT reçoit une commande de China Chengda Engineering pour trois réservoirs terrestres de stockage de GNL.
- bioMérieux lance une nouvelle solution de diagnostic pour analyser l’origine des contaminations par Salmonella dans l’industrie agroalimentaire.
- Air France-KLM signe une ligne de crédit de 1,2 milliard de dollars avec un syndicat bancaire.
- OVH mise sur les modèles frontier pour devenir le second acteur européen des LLM.
- Figeac Aéro est sélectionné par Dassault Aviation pour la production de pièces du Rafale.
- Hunyvers entre en négociations exclusives en vue de l’acquisition de 51% du groupe IBH.
- AB Science obtient un brevet jusqu'en 2042 aux USA pour le masitinib dans le traitement du cancer de la prostate métastatique hormono-résistant.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D'Europe
- Diageo lance une vaste revue des coûts et des effectifs sous la direction du nouveau PDG Dave Lewis.
- Un juge fédéral américain renvoie le dossier de l'accord sur le Roundup de Bayer devant la justice du Missouri.
- GSK et Spero Therapeutics obtiennent le feu vert de la FDA pour l'Utebzi dans le traitement des infections urinaires complexes.
- La filiale australienne de HSBC risque une amende de 24,6 millions USD pour défaillances dans la lutte contre les fraudes.
- Rheinmetall et Vantor signent un protocole d'accord pour des contrats de renseignement en Allemagne.
- La FDA approuve le premier générique du traitement contre la grippe de Roche.
- Moody's conserve la notation et la perspective de Swisscom.
- Leonardo crée une coentreprise avec l'émirati Edge.
- Nyxoah reçoit 15 millions de dollars de la Banque européenne d'investissement.
- Les principales publications du jour: Tesco, Whitbread.
D'Amérique du Nord
- Apple envisage d'augmenter ses prix face à la hausse du coût des puces mémoire, a expliqué Tim Cook au WSJ.
- Noam Shazeer, co-responsable du projet Gemini chez Google, rejoint OpenAI.
- Biogen mise sur l'immunologie avec le rachat de RayThera pour un milliard de dollars.
- L'activiste TOMS Capital presse Devon Energy d'accélérer ses cessions d'actifs ou de se vendre.
- Roelof Botha est élu administrateur indépendant au conseil d'administration de SpaceX.
- SLB ambitionne de doubler le chiffre d'affaires et le résultat opérationnel de ses activités numériques d'ici 2030.
- Bristol-Myers Squibb maintient son dividende trimestriel à 0,63 USD par action, payable le 3 août.
- Une vaste campagne de piratage a compromis des organisations via des équipements Fortinet, selon des chercheurs.
- General Dynamics décroche une extension de contrat de 116,6 millions de dollars auprès de l'US Navy pour la torpille MK 54 Lightweight.
- KKR investit 1,4 milliard de dollars dans la location d'avions aux compagnies aériennes.
- Nucor prévoit un bénéfice supérieur aux attentes au T2, porté par la hausse des prix et des volumes.
- Les principales publications du jour: Accenture, The Kroger.
D'Asie et d'ailleurs
- Londres serait en discussions avancées avec Nissan pour soutenir l'usine de Sunderland.
- Aramco envisage de nouvelles cessions d'actifs pour lever plusieurs dizaines de milliards de dollars, a appris Reuters.
- SK Hynix livre les premiers échantillons de ses puces de nouvelle génération à ses principaux clients, dont Nvidia.
- Alibaba lance son troisième centre de données cloud en Europe.
- Lenovo prévoit une émission d'obligations convertibles de 2 milliards de dollars pour refinancer sa dette et racheter des actions.
- Komatsu envisage de relever ses prix en Amérique du Nord face au risque de baisse des profits au Moyen-Orient.
- Daiichi Sankyo obtient un prêt syndiqué de 200 milliards de yens.
- Alebund Pharmaceuticals lance son introduction en bourse de 1,3 milliard de dollars de Hong Kong.
Le reste de l'agenda mondial des publications ici.
Lectures
- "Humiliation" : Trump se défend contre les accusations selon lesquelles son accord avec l'Iran serait pire que celui d'Obama (Financial Times).
- Quand les cyberharceleurs s'en prennent aux adolescentes pour jouer (Bloomberg).
- NOB, l’appli de dating des aristos (Revue21).
- La Coupe du monde de foot est une fête pour les has-been du monde des affaires (The Economist).
- La déferlante des étudiants français à Séoul (Le Monde).
- Les coûts élevés du cloud (Dollar & Sense).
- Comment ChatGPT est manipulé pour nous influencer (L'ADN).
- Peut-on avoir l'air cool avec les lunettes Snap ? Bien sûr que non (The Verge).
- TW, kWh, mAh… Quelle est la différence entre énergie et puissance ? (The Information).
- L'étrange victoire du général (Le Grand Continent).























