Le plus étonnant n'est pas là, mais plutôt dans le fait que, durant la pandémie, cette valorisation avait grimpé jusqu'à quatre-vingts fois l'EBITDA. Et qu'il y a douze mois, elle flirtait encore avec un sommet de soixante fois celui-ci.

De tels multiples donnent le tournis. Étaient-ils du reste injustifiés ? Pas nécessairement, puisque ServiceNow a été l'une des plus spectaculaires success stories de la cote américaine sur la dernière décennie, avec un chiffre d'affaires multiplié par dix sur la période, et un résultat d'exploitation passé de zéro à presque trois milliards de dollars.

Pour les investisseurs, la sempiternelle leçon à tirer est qu'il convient de toujours ménager son entrée en prêtant une attention toute particulière au multiple de valorisation qu'ils paient pour acquérir leurs titres.

En effet, malgré sa performance économique exceptionnelle, ServiceNow a nettement sous-performé le S&P 500 sur la quasi-intégralité des trimestres au long des cinq dernières années. Un investisseur entré au début de cette période pouvait avoir correctement entrevu la performance de croissance du groupe, et pourtant perdre de l'argent.

La grande question du moment est de savoir si l'éditeur de logiciels dirigé par le célèbre William McDermott - ancien directeur général de SAP, dont il a fait tripler la capitalisation boursière durant son mandat - sera un bénéficiaire ou une victime de l'intelligence artificielle.

McDermott penche bien sûr pour la première option. Il assurait d'ailleurs dans son dernier conference call que le pipeline de son groupe n'avait jamais été si bien garni. Plus tôt cette semaine, il annonçait aussi l'acquisition de titres au prix du marché à hauteur d’environ trois millions de dollars ; on aimerait voir les membres de son équipe de direction en faire de même.

La guidance pour l'année prochaine reste très optimiste, d'un semblable acabit aux précédentes, tandis que ServiceNow promet de mettre les bouchées doubles sur les rachats d'actions - en théorie un choix de bon sens si vraiment le titre s’avérait sous-valorisé, ce qu’il est possiblement vu la valorisation de moins dix-huit l’EBITDA attendu en 2026.

En pratique, les choses sont un peu différentes, car ici comme ailleurs dans le secteur de la tech américaine, l'épineux sujet reste des rémunérations en stock-options proprement délirantes. À cet égard, jusqu'ici, les rachats d'actions chez ServiceNow n'ont servi qu'à tempérer la dilution causée par l’émission des titres généreusement distribués au management.

En 2024, les rémunérations en stock-options atteignaient ainsi 1,75 milliard de dollars, et les rachats d'actions 1,4 milliard. En 2025, les stock-options atteignaient 2 milliards de dollars, et les rachats d'actions 2,6 milliards, avec un nombre de titres en circulation qui continue d'augmenter sensiblement sur les deux exercices.