À l’instar de BHP, Rio Tinto ou Anglo American, c’est le métal rouge qui suscite l’intérêt du groupe fondé par le bouillant Andrew Forrest. Il revient ainsi aux classiques après un pari industriel avorté dans l’hydrogène vert, qui avait dérouté plus d’un observateur à l’époque, manifestement à raison.

Il faudra cependant donner du temps au temps. Si l’année a vu l’acquisition complète du projet de Cañariaco au Pérou, désormais contrôlé à 100% par Fortescue, et la poursuite de divers projets d’exploration en Amérique du Sud, au Kazakhstan et en Australie, c’est toujours le minerai de fer et le site de Pilbara qui composent pour l’essentiel de la production.

Fortescue compense le minerai relativement basse teneur extrait de ses mines australiennes par un coût de production très bas, grâce à des mines géantes à ciel ouvert, une échelle considérable et une infrastructure logistique bâtie de A à Z, désormais complètement intégrée aux opérations. Dans ces conditions, le groupe reste très rentable à un cours moyen de 100 dollars la tonne d’acier.

Toujours présidé par Andrew Forrest, un ancien courtier devenu l’homme le plus riche d’Australie après un premier échec entrepreneurial dans l’industrie minière, Fortescue achève son exercice fiscal 2026 avec un profit cash — ou cash-flow libre — de 3,2 milliards de dollars américains, dans la moyenne basse des cinq dernières années.

Il distribue à partir de ceci 2,3 milliards de dollars en dividendes. Par action, ceci représente la distribution la plus faible depuis sept ans, période il est vrai marquée par de considérables distorsions durant et après la pandémie. Voir à ce sujet Fortescue réduit son dividende à son niveau pré-pandémie, publié il y a douze mois dans ces mêmes colonnes. 

Publiés en fin de semaine dernière, ces résultats ont été accueillis sans grand émoi à la bourse de Sydney. Fortescue a augmenté sa production depuis sept ans, sans obtenir de croissance significative de son cash-flow, avec un prix du minerai de fer plutôt orienté à la baisse depuis quelque temps. 

Comme Fortescue est présentement valorisé proche de la moyenne haute de ses multiples historiques, tant en termes de bénéfice, de résultat d’exploitation, de rendement du dividende que de capitaux propres, les investisseurs seraient naturellement tentés d’attendre une contraction plus marquée des cours du minerai de fer pour envisager une prise de participation.

À cet égard, c’est bien sûr vers la santé de l’économie chinoise que tous les regards restent tournés. Au contraire du cuivre, l’offre d’acier reste abondante, et la demande mondiale largement concentrée en Chine. Or, depuis 2022, celle-ci négocie une large part de ses achats via un véhicule contrôlé par l’État, le China Mineral Resources Group.

Les mineurs australiens, qui conjointement représentent plus de la moitié des importations chinoises, ont ainsi été mis à l’épreuve les uns après les autres par ce nouveau guichet unique. À ce stade, des compromis équilibrés semblent néanmoins avoir été trouvés.

Voir aussi De la difficulté d'investir dans le secteur minier, à nouveau illustrée par BHP, publié ce matin dans ces mêmes colonnes.