Les réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale se tiennent à Bangkok sur fond de hausse des coûts de l’énergie et de relèvement des taux directeurs des banques centrales, tandis que les dernières données américaines et chinoises, les résultats des entreprises de Wall Street et les turbulences sur les marchés obligataires annoncent une semaine chargée.

Voici tout ce qu’il faut savoir sur les événements à venir sur les marchés financiers, par Tatiana Bautzer et Lewis Krauskopf à New York, Rocky Swift à Tokyo, ainsi que Marc Jones et Dhara Ranasinghe à Londres.

1/ L’ESCAPADE ASIATIQUE DU FMI

Les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale se délocalisent à Bangkok la semaine prochaine, avec trois thèmes au premier plan : la croissance, la dette et la géopolitique.

Les marchés se concentreront sur les nouvelles prévisions de l’édition des Perspectives de l’économie mondiale du FMI, publiées mardi, la guerre en Iran ayant déjà contraint l’institution à revoir deux fois à la baisse ses prévisions de PIB mondial pour cette année. La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a signalé que le document ne serait pas facile à lire, compte tenu de prix de l’énergie extrêmement élevés, d’une dette publique record et de marchés obligataires fébriles.

La géopolitique fragmentée et conflictuelle, notamment les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, occupera une place importante, tout comme la question de la réglementation de l’intelligence artificielle (IA), dans un contexte de course aux armements entre les États-Unis et la Chine.

Le plan de restructuration de la dette du Sénégal, annoncé récemment, devrait également retenir l’attention des observateurs des crises du FMI, même si ces derniers surveilleront aussi, du coin de l’œil, la possibilité que la France ramène la zone euro dans la même direction.

2/ UN TEST POUR LES ANTICIPATIONS DE TAUX

Les nouvelles données sur l’inflation américaine, publiées mercredi, compteront parmi les derniers indicateurs clés dévoilés avant que la Réserve fédérale ne décide de relever à nouveau ses taux d’intérêt pour contenir la hausse des prix.

L’indice des prix à la consommation (IPC) de septembre devrait afficher une hausse de 0,6 % sur un mois. L’indice sous-jacent, qui exclut les composantes volatiles que sont l’énergie et l’alimentation, devrait progresser de seulement 0,2 %, selon une enquête de Reuters.

Les chiffres des prix à la production publiés jeudi permettront d’affiner encore le tableau de l’inflation. Les données sur les ventes au détail seront également publiées ce jour-là.

L’IPC sous-jacent a progressé en août à son rythme le plus rapide en quatre mois, contribuant à conforter la première hausse de taux de la Réserve fédérale depuis 2023.

Les paris sur une nouvelle hausse lors de la réunion de la Réserve fédérale fin octobre ont reculé. Un rapport sur l’IPC faisant apparaître une inflation élevée pourrait changer la donne.

3/ QUELLE DIRECTION POUR WALL STREET

La saison des résultats américains du troisième trimestre débute, et qui de mieux que les banques pour donner le coup d’envoi ?

Quatre des six plus grands établissements prêteurs américains — JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Citigroup et Wells Fargo — publieront leurs résultats mardi, suivis le lendemain par Morgan Stanley et Bank of America.

Les bénéfices devraient progresser jusqu’à 20 % par rapport à l’an dernier. Mais la flambée des rendements des bons du Trésor à des niveaux inédits depuis plusieurs décennies a pénalisé les actions : l’indice bancaire KBW accuse une baisse d’environ 13 % par rapport à son sommet d’août.

Les investisseurs chercheront des signes indiquant que la récente hausse des coûts d’emprunt des États pourrait freiner les opérations de fusions-acquisitions et la croissance des prêts, tout en faisant pression sur les coûts de financement dans l’ensemble du secteur.

4/ FABRIQUÉ EN CHINE

Les données chinoises publiées mercredi montreront si les exportations liées à l’IA continuent de soutenir une économie pénalisée par la faiblesse de la demande intérieure.

Les exportations de la deuxième économie mondiale ont enregistré une croissance à deux chiffres pendant quatre mois consécutifs, portées par la forte demande mondiale de produits liés à l’IA, de véhicules électriques, de cellules photovoltaïques et de batteries lithium-ion. Mais la crise prolongée de l’immobilier continue de peser sur la consommation intérieure.

Les exportations devraient avoir bondi de 25,3 % sur un an en septembre, en dollars, contre 25 % en août, selon une enquête de Reuters. Les importations devraient afficher une croissance de 23,5 %, contre 28,2 % précédemment.

Des chiffres distincts publiés le même jour devraient faire apparaître la persistance des tensions sur les prix liées à la guerre en Iran. L’indice des prix à la production devrait être passé de 3,8 % à 4,4 % en septembre par rapport à la période précédente, tandis que l’inflation des prix à la consommation pourrait avoir légèrement progressé, de 0,8 % à 1,1 %.

5/ ATTRAPER UN COUTEAU QUI TOMBE

La flambée des coûts d’emprunt des États attire clairement certains investisseurs vers les obligations, comme en témoigne la forte demande observée lors des dernières adjudications américaines et japonaises.

Mais voulez-vous vraiment essayer d’attraper un couteau qui tombe ?

C’est la question que se poseront les traders la semaine prochaine, alors que la liquidation obligataire montre peu de signes d’essoufflement.

Les rendements des obligations américaines et françaises ont atteint de nouveaux sommets depuis 24 ans, tandis que la volatilité des marchés reste élevée.

L’écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans, qui s’établit autour de 136 points de base, était inférieur à 100 points de base il y a un mois. La rapidité et l’ampleur de la hausse de la prime de risque française pénalisent les marchés italiens, l’euro et les actions européennes.

Cette situation a également suscité des accusations visant le rôle des hedge funds, ces acteurs du « fast money » dont la présence s’est récemment accrue sur les marchés obligataires d’importance systémique.