Le chiffre d’affaires progresse légèrement pour atteindre 5,6 milliards d’euros sur le trimestre. Dans le détail, les performances restent contrastées selon les divisions. La Construction est le seul segment en croissance à périmètre constant et approche le milliard d’euros de revenus, portée par une bonne dynamique en France. Les divisions Infrastructures et Énergie Systèmes enregistrent, elles, un léger recul de leur activité. 

Ces deux métiers restent toutefois au cœur de la dynamique du groupe. Ils contribuent largement à la progression de 5% du carnet de commandes, désormais supérieur à 31 milliards d’euros. 

Presque exclusivement exposé à l’Europe, ce carnet de commandes bénéficie des grandes tendances d’investissement du continent, notamment l’électrification, les infrastructures et la modernisation des réseaux. L’Allemagne occupe une place croissante dans cette stratégie. Le pays représente un peu plus de 10% des ventes du groupe, mais Eiffage y a beaucoup investi ces dernières années par croissance externe.

La récente acquisition de Hand & Werk, spécialisée dans les centres de données, illustre la volonté de profiter du dynamisme des investissements énergétique en Europe. Avant cela, l’intégration d’Eqos avait déjà renforcé le poids de l’Allemagne dans le mix de revenus. Les ventes outre-Rhin ont progressé de 27% lors de l’exercice 2025. Les analystes de JPMorgan considèrent d’ailleurs Eiffage comme la valeur du secteur la plus exposée à l’activité travaux en Allemagne. Plus largement, le groupe constitue une façon directe de s’exposer à la relance des projets d’infrastructures en Europe.

L’autre élément important concerne Getlink. La montée d’Eiffage au capital de l’exploitant du tunnel sous la Manche devrait soutenir le résultat net, attendu autour d’un milliard d’euros pour le quatrième exercice consécutif. Dans un environnement marqué par l’incertitude européenne et des taux plus élevés, cette stabilité reste une performance notable.

Eiffage détient aujourd’hui 29,4% du capital de Getlink. Franchir le seuil de 30% l’obligerait à lancer une OPA sur le titre. Sur le papier, l’opération aurait du sens. Le groupe a toutefois indiqué ne pas envisager d’offre pour le moment, probablement en raison de contraintes autour de ses conditions d’endettement.

La concession de Getlink court jusqu’en 2086, alors que les principales concessions autoroutières d’Eiffage, APRR et AREA, expireront respectivement en 2035 et 2036. Le risque de réinvestissement est certainement au cœur des préoccupations du management et représente un risque réel pour la résilience du groupe. 

Des concessions qui améliorent grandement les marges étroites du groupe puisque, pour seulement 16% du chiffre d’affaires, la division Concessions représente 65% du résultat opérationnel. Une part de leur activité peut-être sous-estimée par le marché avec une marge d’EBITDA de 70%. 

La situation autour de Getlink reste également animée par la présence de Mundys. Le groupe italien rattrape Eiffage à grande vitesse et pourrait bientôt détenir 25% du capital. Cette rivalité pourrait toutefois rester en suspens quelque temps si les deux actionnaires se satisfont de la rente liée à leur participation. Les ratios de solvabilité de Mundys semblent aussi limiter sa capacité à mener une opération plus ambitieuse. Pour en savoir plus : Faire d'une pierre deux coups : qui veut racheter Getlink et pourquoi ? | Zonebourse 

Eiffage confirme ainsi son bon positionnement. Le groupe jouit d’un segment Énergie bien placé pour profiter des investissements liés à l’électrification. Son bilan plus sain lui permettra de poursuivre ses acquisitions pour renforcer sa présence dans les projets énergétiques.

Les risques demeurent, notamment la fiscalité, des taux potentiellement relevés et l’inflation en Europe, mais la valorisation reste attractive, avec des ratios inférieurs à leur moyenne décennale.