Depuis plus de dix ans, la Chine s'est engagée à faire du secteur de la consommation un moteur plus important de la croissance économique, mais peine à atteindre cet objectif.

Selon les analystes, les coûts potentiels, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, et les risques que des réformes fassent naître de l'instabilité rendent les responsables politiques prudents face à des décisions audacieuses.

Voici les options politiques envisagées à Pékin, ainsi que certains compromis associés :

PROTECTION SOCIALE

La voie la plus rapide serait d'augmenter de manière significative les pensions, les salaires du secteur public, les allocations chômage et autres avantages.

Un rapport du Fonds monétaire international indique que doubler les dépenses sociales dans les zones rurales pourrait accroître la consommation de 2,4 points de pourcentage du PIB au cours des cinq prochaines années.

Sur le court terme, cela pourrait être financé par l'émission de dette, mais à plus long terme, il faudrait dégager des marges budgétaires via des réformes fiscales, foncières et autres.

SERVICES

La Chine a affiché sa volonté d'investir davantage dans les services, tels que le sport, les concerts, les voyages ou les soins aux personnes âgées. L'objectif est de créer des emplois et d'élargir les possibilités de dépenses, bien que des analystes mettent en garde contre le risque d'investissements peu productifs si les revenus n'augmentent pas plus rapidement.

SYSTÈME FISCAL

Les dirigeants chinois ont annoncé des projets de réforme fiscale en décembre 2023, mais les détails restent rares.

La différence entre la fiscalité du capital et celle du travail encourage des bas salaires et des investissements élevés.

La Chine taxe les plus-values à 20 %, un taux inférieur à celui de la plupart des grandes économies, avec de nombreuses exonérations. L'impôt sur les sociétés est de 25 % en standard, mais les secteurs stratégiques bénéficient de taux préférentiels.

En théorie, les entreprises font face à une charge plus lourde depuis que la Cour suprême chinoise a jugé, l'an dernier, qu'il était illégal d'éviter de payer les cotisations sociales, mais l'application de cette décision reste inégale.

Augmenter la fiscalité des ménages s'avère difficile, car la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu en Chine est l'une des plus élevées au monde, à 45 %.

Financer les dépenses sociales serait complexe sans augmenter les impôts sur le capital ou les entreprises, ce qui pourrait nuire à la compétitivité des exportateurs et entraîner, à court terme, des faillites et des pertes d'emplois.

Ces dernières années, les décideurs ont envisagé de transférer la charge de la taxe sur la consommation des producteurs et importateurs vers les grossistes et détaillants, qui ne la paient pas actuellement.

Les recettes iraient alors principalement aux collectivités locales, plutôt qu'à l'état central, incitant ainsi les responsables locaux à soutenir la consommation plutôt que le secteur industriel.

URBANISATION

Pékin s'est également engagé à poursuivre la libéralisation du système de passeport interne, hérité de l'époque maoïste, qui divise officiellement la population entre zones urbaines et rurales.

Environ 300 millions de travailleurs migrants ruraux vivent en ville mais ont un accès limité aux soins de santé, à l'éducation et aux autres prestations sociales urbaines. Par conséquent, les économistes estiment que ces travailleurs épargnent deux fois plus que leurs homologues citadins, en proportion de leurs revenus.

Le FMI estime que l'octroi du statut urbain à 200 millions de migrants ruraux pourrait accroître la consommation de 0,6 point de pourcentage du PIB.

Mais cette égalité d'accès suppose d'augmenter les prestations publiques et d'investir davantage dans les écoles et les hôpitaux.

MARCHÉ IMMOBILIER

La chute des prix de l'immobilier depuis 2021 a rendu les ménages moins riches et plus réticents à dépenser.

De nombreux analystes estiment qu'une intervention de l'état pour stabiliser le marché est essentielle pour relancer l'économie. Pékin, réticent à soutenir un secteur du logement en surcapacité, préfère appuyer la Bourse.

RÉFORMES FONCIÈRES

Le foncier urbain chinois appartient à l'état et constitue la principale source de revenus pour les collectivités locales endettées, qui le louent à prix coûtant – une des causes profondes de la surchauffe du secteur immobilier.

Les terres rurales sont la propriété collective des villages. Les autorités exproprient parfois ces terres, principalement à des fins industrielles, ce qui transfère des ressources des ménages vers le secteur manufacturier.

Selon les économistes, accorder aux entités privées des droits de propriété pleins et permettre des transactions guidées par le marché pourrait résorber les surcapacités industrielles et résidentielles et améliorer la richesse des ménages.

SUBVENTIONS AUX ENFANTS

Les démographes estiment que le nombre d'enfants dans une économie est directement lié à la consommation intérieure.

Pékin envisage un coût total potentiel d'environ 180 milliards de yuans (25,8 milliards de dollars) en 2026 pour encourager les naissances, mais de nombreux experts jugent que cela pourrait ne pas suffire.

ENTREPRISES PUBLIQUES

Les actifs totaux des entreprises publiques non financières (SOEs) ont atteint 401,7 000 milliards de yuans en 2024, selon les dernières données. Certains économistes estiment que ces actifs pourraient être monétisés pour financer des réformes en faveur des consommateurs.

Les critiques soulignent que les SOEs absorbent d'importants capitaux issus de transferts publics, du secteur bancaire dominé par l'état ou de l'émission de dette. Leur rentabilité des actifs est faible et elles redistribuent rarement leurs bénéfices par des dividendes ou autres versements.

Mais elles restent au cœur des politiques industrielles et des investissements dans les infrastructures, des éléments qui permettent à Pékin de tenir ses ambitieux objectifs annuels de croissance.

Yuan plus fort

Une monnaie plus forte agit comme un transfert de ressources des exportateurs vers les importateurs, le secteur de la consommation jouant un rôle majeur dans cette dernière catégorie.

Mais cela implique aussi un compromis douloureux : la perte de compétitivité des entreprises chinoises sur les marchés extérieurs, ce qui pourrait entraîner des fermetures et des licenciements à court terme. (Adaptation par Shri Navaratnam)