Sur le marché des changes, le yen a parallèlement enregistré l'une de ses meilleures séances depuis des années, sur fond de soupçons d'intervention des autorités japonaises.
Dans ma chronique du jour, j'analyse pourquoi le marché obligataire est resté nettement de marbre face à l'engagement apparemment tiède de Warsh à réduire l'inflation, voire face à l'objectif même de 2 % de la Fed. Laisser le marché obligataire opérer le resserrement monétaire à la place de la Fed est un jeu risqué.
Si vous avez plus de temps, voici quelques articles que je vous recommande pour mieux comprendre l'actualité des marchés aujourd'hui.
1. La croissance économique américaine ralentit au deuxième trimestre, mais la demande intérieure reste robuste
2. L'inflation ralentit aux États-Unis en juin, mais un retournement est probable face au conflit au Moyen-Orient
3. L'économie de la zone euro croît plus vite que prévu grâce aux dépenses dans l'IA et à la confiance des consommateurs
4. Le yen s'envole, les analystes soupçonnent une intervention officielle du Japon
5. La Banque d'Angleterre maintient ses taux, dans l'attente de signes plus clairs sur l'impact inflationniste de la guerre en Iran
Les principaux mouvements de marché du jour
* ACTIONS : Corée du Sud -1,7 %, Europe +1 %, Royaume-Uni stable. Nasdaq +2,8 %, S&P 500 +1,7 %.
* SECTEURS/VALEURS : Six secteurs du S&P 500 progressent, cinq reculent. Technologie +5 %, services de communication -2,5 %. L'indice des semi-conducteurs « SOX » bondit de 8 %. Microsoft +15,5 %, Sandisk +26 %, Micron Technology +18 %. Meta -8 %. Amazon +8 % en après-Bourse après ses résultats du T2, Apple -3 %.
* CHANGES : Le dollar/yen plonge de 2,5 %, sa plus forte baisse depuis l'intervention du 30 avril. L'indice dollar recule de 1 %.
* OBLIGATIONS : La courbe des taux américains subit un « bear steepening » (se réidit par le haut). Le rendement à 2 ans fléchit, le rendement à 30 ans gagne 7 points de base pour atteindre 5,24 %, son plus haut niveau depuis le milieu des années 2000.
* MATIÈRES PREMIÈRES/MÉTAUX : Le pétrole baisse dans des échanges volatils, Brent -2 %, WTI -1 %. L'or gagne 1 %, le palladium +5 %.
Les points clés du jour
Communication
Warsh souhaite refondre la stratégie de communication de la Fed, bien qu'au vu des critiques reçues après sa conférence de presse de mercredi, il devrait peut-être d'abord se concentrer sur sa propre communication. Il s'est longuement exprimé sans expliquer comment il comptait réduire l'inflation. Plus grave encore, son engagement à faire baisser les prix, et l'objectif même de stabilité des prix de 2 % de la Fed, a semblé discutable.
Le mouvement de vente sur la partie longue de la courbe obligataire est un avertissement : le manque de clarté d'une banque centrale sur ses objectifs, sa fonction de réaction ou sa stratégie pour atteindre ses buts se heurtera au doute et au scepticisme. De nouvelles turbulences de marché sont à prévoir dans les semaines et mois à venir, à mesure que Warsh bouscule la Fed.
Intervention
Après des semaines de spéculations sur une éventuelle action pour redresser le yen, tombé à un plus bas de 40 ans face au dollar, les autorités japonaises semblent enfin être intervenues jeudi. Aucune confirmation n'est encore venue de Tokyo, mais les analystes de change sont quasi certains que la poussée de près de 3 % du yen face au billet vert a bénéficié d'un coup de pouce officiel.
S'il s'agit bien d'une intervention, la question de son efficacité se pose. La dernière intervention de Tokyo remonte au 30 avril : 73 milliards de dollars avaient été dépensés pour faire chuter le dollar/yen d'environ 5 « big figures ». Cela n'avait offert qu'un répit de six semaines avant que le yen ne retrouve ses niveaux d'avant-intervention. Beaucoup dépendra de la Banque du Japon (BoJ) ce vendredi ; un signal « hawkish » (faucon) pourrait donner bien plus de poids à l'intervention du ministère des Finances. À l'inverse, un signal « dovish » (colombe) pourrait de nouveau placer le yen sous forte pression.
Liquidation
Lorsque les baisses de marché font boule de neige, les spéculations augmentent inévitablement sur l'identité de ceux qui sont exposés aux appels de marge, aux liquidations de positions et aux lourdes pertes. Les hedge funds fortement levéragés sont les suspects habituels. La récente déroute des valeurs de semi-conducteurs ne fait pas exception : on a appris jeudi que le hedge fund Situational Awareness, spécialisé dans l'IA, a vendu l'essentiel de son portefeuille d'actions à Citadel, la société de Ken Griffin.
Le fonds, dirigé par l'étoile montante Leopold Aschenbrenner, était sous pression pour soit lever de nouveaux capitaux, soit céder l'intégralité de son carnet. Il a choisi la seconde option. Pourrait-il y en avoir d'autres ? Les hedge funds mondiaux sont confrontés à leur plus important repli mensuel historique alors que le « trade » encombré sur l'IA s'est retourné. Les fonds « long-short » fondamentaux axés sur l'Asie affichent une baisse moyenne de 18,6 % ce mois-ci.
Ce qui pourrait faire bouger les marchés demain
* Décision de la Banque du Japon sur les taux d'intérêt
* Indices PMI « officiels » en Chine (juillet)
* Inflation en zone euro (juillet, estimation flash)
* Les responsables de la Réserve fédérale Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan pourraient publier des communiqués expliquant leurs positions dissidentes de cette semaine
* Résultats d'entreprises aux États-Unis, notamment Exxon, Chevron, Colgate-Palmolive
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