La tâche de résorber l'énorme arriéré de données américaines accumulé pendant la fermeture du gouvernement débute, Nvidia - l'entreprise la plus valorisée au monde - publie ses résultats, et de nouveaux chiffres sur l'inflation tiendront les banques centrales européennes en alerte.

En Asie, la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi affine sa politique budgétaire, tandis qu'au Chili, une élection se profile en Amérique latine, où les sondeurs prévoient un nouveau virage à droite.

Voici votre semaine des marchés à venir, par Dhara Ranasinghe et Amanda Cooper à Londres, Kevin Buckland à Tokyo, ainsi que Lewis Krauskopf et Rodrigo Campos à New York.

1/ RÉSOUDRE L'ARRIÉRÉ

Les statisticiens du gouvernement américain entament le fastidieux travail de publication des données restées en suspens durant l'inédite fermeture de 43 jours à Washington.

Les opérateurs de marché recevront jeudi le rapport sur l'emploi non-agricole de septembre, a annoncé le Bureau américain des statistiques du travail. Sa publication initiale était prévue le 3 octobre, peu après le début du shutdown.

Les données privées déjà publiées laissent entrevoir un marché du travail toujours plus fragile, ce qui plaide en faveur d'une baisse des taux de la Réserve fédérale en décembre. Toutefois, les responsables mettent en garde : certaines données pourraient être perdues à jamais, ce qui pourrait prolonger la période d'incertitude économique.

2/ L'IA À L'ÉPREUVE

Le rapport trimestriel de Nvidia, attendu mercredi, sera un test crucial pour le secteur de l'intelligence artificielle, dont la trajectoire fulgurante montre quelques signes d'essoufflement ces dernières semaines.

Le géant des semi-conducteurs est devenu le mois dernier la première entreprise au monde valorisée à 5 000 milliards de dollars. Malgré un léger repli depuis, sa pondération impressionnante de 8% dans le S&P 500 et son poids dans de nombreux indices mondiaux lui confèrent la capacité d'influencer à elle seule les marchés.

Les prévisions du leader de l'IA et la vision du secteur auront des répercussions sur l'ensemble de l'écosystème technologique. Elles pourraient apaiser, ou au contraire nourrir, les inquiétudes persistantes des investisseurs quant à l'éventualité d'une nouvelle bulle spéculative.

3/ LES LEVIERS DU POUVOIR

Après avoir initialement indiqué qu'elle laisserait la politique monétaire à la banque centrale, la nouvelle équipe gouvernementale japonaise affiche désormais une volonté d'intervention accrue.

La Première ministre Sanae Takaichi souhaite desserrer les cordons de la bourse et incite la Banque du Japon à temporiser sur la hausse des taux, tandis que la nouvelle ministre des Finances, Satsuki Katayama, estime que l'inflation n'a pas encore atteint de manière durable l'objectif de 2% de la BoJ.

La banque centrale semble néanmoins prête à relever ses taux en décembre, même si son gouverneur, Kazuo Ueda, reste prudent. Les chiffres de l'inflation attendus le 21 novembre devraient donner des indications, mais la clé pourrait bien résider dans la faiblesse persistante du yen.

Si cette dernière venait à peser sur les prix, politiquement sensibles, de l'alimentation et de l'énergie, Takaichi pourrait être contrainte d'accepter des hausses de taux plus rapides que prévu.

4/ ZONE DE CONFORT

La Banque centrale européenne semble évoluer dans une période favorable. Sa présidente, Christine Lagarde, affirme qu'elle est « dans une bonne position » concernant les taux d'intérêt, les marchés monétaires anticipant aucune modification l'an prochain.

La semaine à venir verra la publication de nombreux chiffres d'inflation pour octobre, tant pour les pays de la zone euro que pour l'ensemble du bloc. L'inflation sous-jacente s'établissait à 2,4% en septembre, contre 2,3% en août et 2,7% il y a un an.

Le chiffre global est resté proche de l'objectif de 2% de la BCE pendant la majeure partie de l'année. Si l'euro pondéré pour les échanges, qui a progressé de 5,5% en 2025, venait à peser sur l'inflation, Francfort disposerait d'une marge de manoeuvre pour de nouvelles baisses de taux.

Mais la question reste ouverte pour l'instant.

5/ CHILI EN ÉBULLITION

Le premier tour de l'élection présidentielle chilienne, dimanche, a été remporté par la candidate de la coalition de gauche Jeannette Jara. Mais les sondeurs anticipent désormais un basculement à droite au second tour dans un mois, après la solide deuxième place du candidat d'extrême droite Jose Antonio Kast et la bonne performance de trois autres candidats de droite.

Une victoire de Kast lors du duel du 14 décembre face à Jara - à condition que les voix de droite se reportent sur lui - installerait à Santiago un gouvernement plus à droite que tout ce que le pays a connu depuis la dictature d'Augusto Pinochet dans les années 1980.

L'enjeu du scrutin parlementaire concomitant est presque aussi important. Une victoire de la droite dans les deux chambres serait une première depuis les années 1950 et serait saluée par les investisseurs, qui anticipent des baisses d'impôts sur les sociétés si Kast accède à la présidence.

Le peso chilien s'est apprécié de près de 7% depuis le début de l'année et les actions, en dollars comme en pesos, ont bondi de plus de 40%. Les opérateurs surveillent désormais la suite des événements.