Aux États-Unis, le segment boissons affiche une robuste croissance de 14,2%, pour atteindre 2,7 milliards de dollars de ventes. Mais ceci est largement dû à l'acquisition de la marque de boissons énergisantes GHOST, et à des hausses de prix significatives. Quant au profit d'exploitation, inflation oblige, il augmente à un rythme moins soutenu que les ventes.
Toujours aux États-Unis, le segment café n'affiche qu'une très faible croissance de 1,5%, pour atteindre 991 millions de dollars de ventes, entièrement grâce à des hausses de prix puisqu'il a fallu compenser une préoccupante baisse des volumes de 4%. Ceci n'a cependant pas suffi à enrayer un déclin de la profitabilité.
Sur le segment international, enfin, les ventes augmentent de 10,5% pour atteindre 580 millions de dollars, avec ici un effet favorable tant sur les volumes que sur les prix ; mais le profit d'exploitation, en recul, est durement victime de l'inflation, en plus de la dépréciation prononcée du dollar depuis plusieurs semaines.
Ces développements débouchent sur un profit d'exploitation consolidé qui n'augmente que très sensiblement par rapport à l'année précédente à la même époque, et un profit cash - ou cash flow libre - qui reste lui identique.
La grande affaire du moment est bien sûr l'acquisition du leader mondial du café JDE Peet's, actuellement contrôlé par la famille Reimann. Voir à ce sujet Keurig Dr Pepper annonce l'acquisition de JDE Peet's pour 15,7 milliards d'euros et Keurig Dr Pepper : Un pari caféiné qui inquiète Wall Street.
C'est le mariage de deux géants eux-mêmes issus de combinaisons ambitieuses : KDP résulte de la méga-fusion de 2018 entre le spécialiste du café Keurig Green Mountain et la célèbre marque de cola à la cerise Dr Pepper ; tandis que JDE résulte de la fusion en 2015 entre D.E Master Blenders 1753 et la division café de Mondelēz International.
Il y a un jour pour jour, nous écrivions dans ces mêmes colonnes - voir Keurig Dr Pepper : Poursuit son expansion - que le groupe américain resterait sans doute agressivement porté vers une stratégie de croissance externe. Cette fois-ci, la fusion avec JDE, qui donnera corps au numéro deux mondial du café derrière Nestlé, est financée grâce à la participation d'Apollo et de KKR, mais au prix d'une séparation de KDP en deux entités - une pour les sodas, l'autre pour le café.
Manifestement, les déboires de Mondelez et après lui de Kraft Heinz ont ici servi de précédent. Voir à ce sujet Kraft Heinz jette l'éponge sur le divorce à l’amiable qui, dix ans après l'audacieuse fusion des deux poids lourds de l'agroalimentaire financée par 3G et Berkshire Hathaway, consacrait son échec de manière définitive.
L'histoire prouve en effet que les méga fusions dans le secteur de l'agroalimentaire sont rarement couronnées de succès. Dure en affaire, la famille Reimann - qui contrôle sa fortune via JAB Holdings, propriétaire entre autres de la franchise Prêt A Manger - a sans doute de bonnes raisons de se séparer de l'un de ses principaux actifs ; d'autant qu'elle le fait ici à une valorisation généreuse, avec en toile de fond des volumes de café en stagnation en Amérique du Nord.
La défiance est d'autant plus grande que, chez Keurig Dr Pepper, la création de valeur historique des acquisitions reste sujette à caution. Le marché ne s'y est pas trompé puisque le groupe subit depuis cinq ans une série de contre-performances boursières. Cela dit, si les actionnaires sont à la peine, les banquiers qui conseillent le groupe sur ses multiples changements de périmètre depuis 2018 ont pour leur part eu beaucoup plus de chance.
Malgré l’engagement du fonds activiste Starboard en défaveur de la fusion, le consensus du marché a toujours été que la transaction KDP-JDE se ferait - en témoigne le spread négligeable entre le prix de l'action JDE cotée à Amsterdam et l'offre de KDP. Le financement apporté par deux des plus belles signatures de Wall Street - Apollo et KKR - réduit sans doute à néant les chances des activistes.



















