Bien que celui-ci ne fasse partie ni de notre fonds Europa One, ni de notre portefeuille Europe, il compte depuis longtemps parmi les grands favoris de notre équipe d'analystes, tant pour sa gestion exemplaire que pour sa culture d'entreprise où prospèrent encore les valeurs à l'ancienne du capitalisme à la française.
Le cycle 2015-2024 a débuté avec la prise de fonction du directeur général Benoît de Ruffray, arrivé après Pierre Berger, disparu trop tôt. L'un comme l'autre avait reçu du conseil d'administration la délicate mission de préserver l'héritage doré laissé par leur illustre prédécesseur Jean-François Roverato.
Marqué par plusieurs opérations stratégiques - Getlink, concession de l'A65, EQOS, Salvia, SNEF Telecom, Saipem, etc. - ce cycle décennal fut, disons-le, à tous les égards exceptionnel. Le chiffre d'affaires d'Eiffage a ainsi crû de 14 à 24 milliards d'euros, tandis que le résultat net, pour sa part, triplait de 312 millions d'euros à plus d'un milliard d'euros.
Autofinancée, la stratégie de croissance externe d'Eiffage a été menée sans dégrader les marges ni le bilan. Au contraire : la profitabilité s'est améliorée ; la dette nette a sensiblement diminué ; tandis que les ratios de solvabilité sont les meilleurs depuis vingt ans, ce qui pourtant n'a pas empêché la rentabilité des capitaux propres de progresser encore d'un cran.
Il y a deux ans, nous soulignions dans ces mêmes colonnes que le marché valorisait l'action Eiffage à ses plus bas observés durant la crise de l'euro, c'est-à-dire entre huit et neuf fois le résultat net, alors qu'il la valorisait autour de quinze fois le résultat net entre 2013 et 2021.
Le message était clair — les investisseurs, à tort ou à raison, anticipaient une contraction économique, sinon une fin de la croissance. Cette valorisation, si elle s'est un peu ressaisie depuis, reste proche de ses planchers historiques de onze fois le résultat net.


















