Les Républicains n’ont qu’une personne à blâmer pour leur déroute électorale : le président Trump.
Les démocrates ont remporté haut la main les élections de mi-mandat. Ils ont non seulement repris aux Républicains le contrôle des deux chambres du Congrès, mais ces majorités sont larges, grâce à des victoires dans plusieurs bastions républicains.
Historiquement, la plupart des présidents subissent des revers lors des élections de mi-mandat. Mais l’ampleur de cette défaite est historique. Et elle vient sanctionner tous les choix de Donald Trump ces derniers mois.
Carton plein
Cette défaite est clairement le résultat d’un vote sanction. Il y a deux ans, Donald Trump remportait largement l’élection et la majorité au Congrès, après avoir dénoncé pendant des mois "l’inflation de Biden". Mais aujourd’hui, l’inflation est repartie à la hausse, en grande partie à cause de ses décisions : les droits de douane, puis la guerre en Iran.
Une guerre qui se traduit par des prix à la pompe record pour les Américains, et qui est aussi la trahison d’un engagement de longue date : celui de ne plus entraîner les Etats-Unis dans une aventure militaire extérieure. Dans une interview au Wall Street Journal, le président Trump a lui-même reconnu que "l’Iran faisait partie" des raisons qui expliquent cette débâcle.
Viennent s’ajouter à cela ce que l’on appellerait sur les marchés les problèmes de gouvernance : un président qui a constamment cherché à contourner le Congrès, utilisé le ministère de la Justice pour favoriser ses intérêts ou pourchasser ses adversaires, et des soupçons de conflits d’intérêts et de corruption visant son entourage.
Enfin, Donald Trump a souvent donné l’impression d’être davantage préoccupé par ses grands projets architecturaux et de rénovation que par les affaires du pays. Pour son dernier discours de campagne, à la veille du scrutin, il s’est exprimé devant le bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, dissertant pendant 20 minutes sur les canalisations, les joints, le calfeutrage, le resurfaçage du granit, les algues et les fuites qui ont provoqué le retard de la réouverture de ce monument.
Washington, le 2 novembre 2026
Entre le Rose Garden, l’hélipad, la salle de bal, ou encore l’arc de Triomphe, Donald Trump aura consacré beaucoup de temps et d’énergie à ses projets personnels, donnant l’image d’un président déconnecté des problématiques de ses concitoyens et obnubilé par la question de son héritage.
Des choix tactiques contestables
Hier soir, les Républicains ont donc payé l’addition du bilan des deux premières années de ce mandat. Mais ils ont aussi fait les frais de la stratégie de leur chef.
Pour le comprendre, il faut revenir quelques mois en arrière, au moment des primaires. Donald Trump fait le choix de soutenir des candidats MAGA, au détriment de plusieurs sortants. Le président privilégie alors clairement la loyauté.
Et comme le soutien de Trump est encore très puissant au sein de la base républicaine, la quasi-totalité de ses candidats remporte les primaires. Mais dès lors, le Parti républicain présente des candidats plus à droite que les sortants évincés par Trump. Des candidats faciles à battre pour les démocrates, qui ont pu capter le vote des électeurs indépendants.
Lubbock (Texas), le 27 octobre 2026.
Ces mauvais choix de casting expliquent en partie les défaites des Républicains dans des états qui leur étaient traditionnellement acquis, comme le Texas, la Caroline du Sud, ou le Kansas.
L’autre erreur de Donald Trump a été de se placer au centre de la campagne, faisant du vote un véritable référendum sur sa personne. Durant le dernier mois de campagne, il a participé en moyenne à un meeting par jour en soutien aux candidats républicains. Des rassemblements au cours desquels il a souvent demandé aux électeurs de faire comme si son nom était sur le bulletin de vote.
Une stratégie qu’il ne remet pourtant pas en cause. "Je n’étais pas sur le bulletin", écrivait cette nuit le locataire de la Maison Blanche sur Truth Social. "Et si j’y avais été, nous aurions gagné HAUT LA MAIN". "Je ne le perçois pas comme un coup porté à ma personne", a-t-il renchéri un peu plus tard sur Fox News.
In fine, c’est le magazine The Atlantic qui résume le mieux le camouflet infligé aux Républicains : "le président a dit aux électeurs d’agir comme si son nom figurait sur le bulletin de vote — et c’est ce qu’ils ont fait".



















