Les marchés mondiaux sont passés en mode estival, alors même que les tensions s'intensifient dans le Golfe. Les facteurs de risque ne manquent pas pour les investisseurs, entre le bilan de santé du puissant consommateur américain et une attention portée à l'inflation suffisante pour remettre l'or sous les projecteurs.

Voici tout ce qu'il faut savoir pour la semaine à venir sur les marchés financiers, par Rocky Swift à Tokyo, Laura Matthews à New York, ainsi qu'Amanda Cooper, Sophie Kiderlin et Karin Strohecker à Londres.

1/ CRAINTES SUR L'INFLATION ALIMENTAIRE Un phénomène "super El Niño" conjugué à la hausse des coûts de l'énergie, aux pénuries d'engrais liées au conflit au Moyen-Orient et aux nouvelles perturbations des expéditions de céréales dues à la guerre en Ukraine alimentent les craintes d'une nouvelle poussée de l'inflation alimentaire.

L'impact devrait être particulièrement marqué en Asie et en Amérique latine, où les ménages consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'alimentation et où les décideurs politiques restent vigilants face à toute nouvelle pression sur les prix. Des économies comme l'Inde en ressentent déjà les effets. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a averti que le monde est au bord d'une nouvelle vague d'inflation alimentaire. JPMorgan a estimé qu'un fort épisode El Niño pourrait, à lui seul et à son apogée, augmenter l'inflation alimentaire mondiale d'environ 0,7 %.

Les marchés surveilleront de près s'il s'agit d'un phénomène temporaire ou d'un nouveau casse-tête inflationniste, obligeant les banques centrales à repenser leur politique monétaire.

2/ BILAN DE SANTÉ DE LA CONSOMMATION

Une vague de résultats dans le secteur de la distribution permettra de prendre le pouls du consommateur américain. Ces publications montreront si les dépenses restent résilientes selon les niveaux de revenus et si le conflit avec l'Iran commence à peser sur le budget des ménages. Alors que la résolution de la crise stagne, Walmart, Home Depot, Target, Lowe’s et Deere pourraient offrir l'aperçu le plus clair à ce jour de l'impact de la hausse des prix de l'énergie et de l'incertitude géopolitique sur la demande. L'essence dépasse les 4 dollars le gallon, bien que l'inflation montre des signes de refroidissement ailleurs. Walmart et Target pourraient révéler si les ménages réorientent leurs dépenses vers les produits de première nécessité alors que les coûts du carburant et du transport restent élevés. Home Depot et Lowe’s pourraient montrer si l'inflation et les coûts d'emprunt freinent les dépenses de rénovation de l'habitat, tandis que Deere pourrait signaler comment la hausse des coûts de l'énergie et des intrants affecte les agriculteurs.

La question de savoir si les dirigeants considèrent ces pressions comme des vents contraires gérables ou comme une menace croissante pour les marges et la demande sera le véritable point d'attention des investisseurs.

3/ VERS UNE HAUSSE DES TAUX La dernière publication du produit intérieur brut (PIB) japonais offrira un aperçu de la manière dont la deuxième économie d'Asie résiste à la guerre avec l'Iran et de sa tolérance à une hausse des taux d'intérêt de la banque centrale. Le PIB a probablement progressé de 2 % en rythme annuel au cours du trimestre clos en juin, selon la prévision médiane de 15 économistes, marquant ainsi une troisième progression trimestrielle consécutive. La crise prolongée au Moyen-Orient a lourdement pesé sur le Japon, infligeant un double coup dur : la hausse des coûts du pétrole importé et la dépréciation de sa monnaie. Face aux pressions croissantes pour contenir l'inflation et protéger le yen, les marchés sont de plus en plus convaincus que la Banque du Japon (BoJ) relèvera son taux directeur de 25 points de base pour le porter à 1,25 % le mois prochain, après sa hausse de juin à 1 %.

4/ L'OR RETROUVE SON ÉCLAT

La hausse du dollar, conjuguée à une envolée des anticipations d'inflation et des rendements obligataires, devait inévitablement peser sur l'or. Avec des cours proches de records historiques au début du conflit, l'opportunité de monétiser un rallye parabolique était trop belle pour être ignorée. En trois mois, l'or a chuté de 25 % et sa réputation de valeur refuge a été mise à mal. Cependant, depuis son plus bas de six mois atteint fin juin autour de 3 965 dollars, le métal jaune a rebondi de près de 10 %. L'inflation n'a pas dérapé de manière incontrôlée et les marchés supposent que la Réserve fédérale (Fed) pourrait ne pas relever ses taux. Les investisseurs recommencent à acheter de l'or. Après quatre mois de décollecte, les fonds indiciels cotés (ETF) sur l'or commencent à attirer des capitaux. Plus important encore, les banques centrales, qui avaient nettement ralenti leurs achats au premier trimestre, ont acheté plus d'or entre avril et juin que lors de n'importe quel deuxième trimestre historique, avec 289 tonnes métriques, selon le Conseil mondial de l'or (WGC).

5/ SOLEIL ET BALLON ROND

Après la dernière lecture du PIB britannique, qui a dépassé les attentes en juin grâce au beau temps, à la Coupe du monde de football et à la vigueur de l'investissement des entreprises, les chiffres du chômage et de l'inflation sont les prochains sur la liste.

Les deux sont évidemment importants, mais l'inflation sera particulièrement surveillée. Elle est retombée à 2,6 % en juin, aidée par une baisse des prix de l'énergie après le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran. Mais la trêve n'a pas duré et les prix de l'énergie sont repartis à la hausse, ce qui laisse présager un chiffre potentiellement plus élevé pour juillet. Aux inquiétudes inflationnistes alimentées par l'Iran s'ajoutent les craintes croissantes concernant la hausse des prix alimentaires. La chaleur extrême au Royaume-Uni et en Europe impacte la production agricole, et plusieurs groupes de supermarchés britanniques ont déjà mis en garde contre un choc des prix alimentaires.

Le coût de la vie étant une priorité pour le nouveau Premier ministre Andy Burnham, les pressions sur les prix seront inévitablement une source de préoccupation alors qu'il élabore ses plans de dépenses et de politique publique. La Banque d'Angleterre (BoE) sera également attentive : les chances d'une hausse des taux plus tard cette année diminuent, mais ne sont pas nulles.