Tous les regards seront tournés vers les banques centrales la semaine prochaine. Les responsables de la politique monétaire, de Tokyo à Londres en passant par Washington, voient leur nervosité croître alors que l'escalade du conflit au Moyen-Orient propulse les prix du pétrole vers le seuil des 100 dollars.

Comme si cela ne suffisait pas, le retour des tarifs douaniers américains s'ajoute à la liste des préoccupations de marchés déjà inquiets des risques inflationnistes et de croissance liés à la guerre.

Voici l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur la semaine à venir sur les marchés financiers, par Rae Wee à Singapour ; Dhara Ranasinghe, Samuel Indyk et Alun John à Londres ; et Lewis Krauskopf à New York.

1/ DOUBLE PEINE

Le volume de pétrole et de gaz sortant du Moyen-Orient constitue la question la plus cruciale à court terme, et les investisseurs surveillent désormais deux points de passage stratégiques pour le transport maritime énergétique.

Les attaques des Houthis pourraient rendre inaccessible le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie l'océan Indien à la mer Rouge, s'ajoutant aux tensions sur le détroit d'Ormuz, déjà sous forte pression.

Cette perspective a propulsé le baril de Brent au-dessus de 100 dollars jeudi, pour la première fois depuis mai. Parallèlement, les prix du gaz européen viennent de toucher leur plus haut niveau depuis mars.

Alors qu'un accord de paix entre les États-Unis et l'Iran semble illusoire, les nouvelles en provenance du Golfe ne seront pas les seules suivies de près par les investisseurs sur Truth Social.

Vendredi, les États-Unis ont imposé de nouveaux tarifs douaniers de 10 % et 12,5 % sur les marchandises provenant de 60 partenaires commerciaux, dont l'Union européenne et la Chine, accentuant l'incertitude des marchés.

2/ TEST POUR LA FED ET LES RÉSULTATS

Une réunion de la Réserve fédérale (Fed) et une vague de résultats d'entreprises, portées par les géants de la technologie, promettent une semaine intense pour les marchés américains.

La Fed devrait largement maintenir ses taux inchangés mercredi, lors de sa deuxième réunion sous la présidence de Kevin Warsh.

M. Warsh s'est gardé de fournir des indications prospectives ("forward guidance") mais s'est engagé à ramener l'inflation vers sa cible. L'incertitude reste donc élevée, des hausses de taux pouvant s'avérer nécessaires à terme.

Si les récentes données sur les prix à la consommation et à la production, plus modérées que prévu, avaient calmé les anticipations de hausse des taux, le rebond des cours du pétrole pousse les traders à revoir leurs paris à la hausse.

En parallèle, Apple, Microsoft et Amazon publieront leurs résultats. Les investisseurs tablent sur un solide trimestre pour les profits des entreprises américaines et se focaliseront sur les tendances d'investissement dans l'intelligence artificielle (IA).

La vigilance sera de mise après la chute du titre Alphabet, sanctionné par les investisseurs suite à des interrogations sur ses flux de trésorerie et ses projets de dépenses en capital (Capex) plus élevés.

3/ LE YEN DANS LA TOURMENTE

La Banque du Japon (BoJ) se réunit vendredi. Les décideurs sont attendus au tournant pour délivrer un message restrictif ("hawkish") capable de sortir le yen de son plus bas niveau face au dollar américain depuis quatre décennies.

Ni la hausse des taux bien orchestrée le mois dernier, ni l'intervention de 73 milliards de dollars sur le marché des changes, ni l'espoir d'un rapatriement des capitaux n'ont suffi à soutenir la devise nippone, qui a récemment franchi le seuil des 163 yens pour un dollar pour la première fois depuis 1986.

Selon des sources citées par Reuters, certains membres de la BoJ estiment qu'il serait possible de relever les taux plus rapidement que ne le prévoit le consensus de marché (actuellement de deux hausses par an) si les pressions inflationnistes dues à la faiblesse du yen et au coût de l'énergie persistent.

Avant la décision de vendredi, les chiffres de l'inflation de juillet pour Tokyo seront publiés, bien que les observateurs ne s'attendent pas à ce qu'ils modifient l'issue de la réunion de la BoJ.

4/ RIEN NE PRESSE

Contrairement à la Banque centrale européenne (BCE) ou à la Banque du Japon, la Banque d'Angleterre (BoE) a jusqu'ici résisté aux appels de certains responsables en faveur d'une hausse des taux face aux pressions inflationnistes liées au pétrole. Elle devrait maintenir ce cap jeudi.

Les marchés anticipent au moins une hausse des taux cette année avec la reprise de l'inflation, mais les signes de faiblesse du marché de l'emploi suggèrent que la BoE pourrait adopter un ton plus accommodant ("dovish").

Le comité de politique monétaire se réunit quelques jours seulement après l'arrivée du Premier ministre Andy Burnham au 10 Downing Street, avec la promesse de transformer le Royaume-Uni. Lors de la conférence de presse, le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, sera probablement interrogé sur l'impact du programme de Burnham sur la politique monétaire. Les économistes estiment qu'une baisse rapide des taxes sur l'électricité pourrait réduire l'inflation de 0,1 point de pourcentage.

Le nouveau ministre des Finances, John Healey, sera également sous surveillance, les marchés obligataires cherchant à déterminer s'il sera un allié ou une menace pour la stabilité budgétaire.

5/ DÉLUGE DE RÉSULTATS EN EUROPE

C'est la semaine la plus chargée de la saison des résultats en Europe : selon Barclays, 40 % de la capitalisation boursière du STOXX 600 publiera ses comptes.

Parmi les poids lourds figurent LVMH, AstraZeneca, Shell, Airbus et UBS.

Les bénéfices du deuxième trimestre en Europe devraient progresser de 17,3 %, en combinant les résultats déjà publiés et les estimations pour les entreprises restantes.

Il s'agirait de la croissance la plus rapide depuis le quatrième trimestre 2022. Toutefois, cette performance est largement portée par le secteur de l'énergie grâce à la flambée des cours du brut. Hors énergie, LSEG I/B/E/S prévoit une croissance plus modeste de 7,2 %.

Enfin, les premières estimations de l'inflation et de la croissance en zone euro pourraient peser sur la décision de la BCE de relever ou non ses taux cette année, après avoir opté pour le statu quo jeudi dernier suite à la hausse de juin. (Graphiques par Sumanta Sen ; Compilé par Yoruk Bahceli ; Édition par Dhara Ranasinghe et Christopher Cushing)