Le narratif change très vite sur les marchés. Les investisseurs attendaient des baisses de taux supplémentaires en 2026, notamment du côté de la Fed. Un scénario renforcé par les craintes d’une dégradation du marché de l’emploi, causée par des licenciements liés à l’IA.

Mais tout cela a été balayé en un week-end. Le conflit au Moyen-Orient a fait s’envoler les prix de l’énergie et tout le monde craint désormais un retour de l’inflation. Sur les marchés, cela se traduit par une forte remontée des taux longs. Le 10 ans américain a pris environ 25 points de base depuis le début des hostilités, quand le Bund de même échéance a bondi de presque 30 points de base. Ce dernier a atteint ce matin son plus haut niveau depuis fin 2023.

L’Europe est en effet en première ligne dans cette crise. Là où les Etats-Unis sont indépendants énergétiquement, les pays européens ont besoin d’importer du pétrole et du GNL. La hausse des taux longs reflète donc non seulement la hausse des anticipations d’inflation, mais aussi une anticipation de dépenses supplémentaires de la part des gouvernements, pour atténuer l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les économies.

Un contexte qui rappelle l’année 2022. Une crise énergétique consécutive au déclenchement d’un conflit (l’invasion de l’Ukraine par la Russie). Un traumatisme pour les banquiers centraux. En 2022, ils avaient considéré l’inflation comme "transitoire", retardant ainsi les hausses de taux. Ce souvenir est particulièrement présent du côté de la BCE, où les déclarations des différents membres laissent entendre qu’ils n’hésiteront pas à agir face à toute remontée de l’inflation. Les marchés anticipent désormais deux hausses de taux d’un quart de point en 2026 pour la BCE.

Mais les banquiers centraux ne doivent pas oublier que la situation est bien différente aujourd’hui. En 2022, les taux étaient à zéro, l’économie était dans une phase de reprise post-pandémie, le marché du travail était tendu. Autant d’éléments qui ont contribué à faire perdurer le choc inflationniste, mais qui ne sont plus présents en 2026.

Il faut surtout garder à l’esprit que la hausse des prix de l’énergie n’a pas qu’un impact inflationniste, c’est un choc stagflationniste : plus d’inflation et moins de croissance. En effet, des prix plus élevés détruisent de la demande. Voir à ce sujet le papier de mon excellent collègue Thomas Barnet, qui vous explique en détail le concept de stagflation.

C’est évidemment la pire des situations pour les banques centrales. Monter les taux risque de freiner davantage une économie déjà sous pression. Les baisser soutient l’économie mais alimente l’inflation.