Chez KNDS, ceci se traduit par un carnet de commandes de 33 milliards d'euros qui progresse encore de presque 10 milliards par rapport à l'année précédente, doublé d’une marge d'exploitation à même de faire rougir les meilleurs industriels de la défense outre-Atlantique.
Prudence cependant : cette dernière devrait subir une nette compression à l’avenir, tant les budgets de R&D du moment demeurent pour l'instant anormalement faibles - tant il est vrai que KNDS vit toujours sur l’héritage historique des plates-formes Leopard et Caesar.
Dans le même esprit, les investissements de capacités - dans les immobilisations - sont eux aussi à un niveau très modeste. C'est d'ailleurs dans cette optique que le groupe prépare une introduction en bourse qui devrait ouvrir 20% de son capital, les quatre cinquièmes ce celui-ci restant détenus à parts égales entre l'Allemagne et la France.
KNDS présente en effet un excellent bilan, sans sujet de solvabilité qui nécessiterait un renflouement. Ceci même après que ses deux actionnaires historiques - le français GIAT Industries, contrôlé par l'État, et la famille Wegmann - se soient distribué un très généreux dividende de 1,1 milliard en 2025, contre 143 millions l'année précédente, déjà faste.
Naturellement, le succès de l'affaire à long terme découlera très largement de la qualité de la coopération franco-allemande, sévèrement mise à mal par l'échec du FCAS, au moins en apparence. La nomination à la tête du groupe de Tom Enders, qui sut habilement ménager les deux parties lorsqu'il dirigeait Airbus, est ici un gage de conciliation.
Par ailleurs, d'aucuns feraient observer que la mise au placard du FCAS est possiblement un mal pour un bien : si véritablement l'Europe aspire à devenir une puissance militaire souveraine, il est tout à fait souhaitable que ses armées de l'air exploitent différentes plates-formes multirôles, exactement comme les armées de l'air américaines ou chinoises.
On peut cependant s'attendre à voir l'Allemagne garder la main haute dans les affaires de KNDS, car les deux tiers des revenus du groupe dans les ventes d'équipements terrestres proviennent d'outre-Rhin, soit 2,5 milliards d’euros répartis entre les commandes domestiques et les commandes passées ailleurs en Europe à l'entité allemande.
KNDS réalise aussi, pour l'anecdote, un sixième de son chiffre d'affaires consolidé dans la fabrication de munitions, un segment d'activité en forte expansion avec la guerre en Ukraine. S’il s’en saisit, il dispose ici d’une opportunité de croissance dans la catégorie des munitions rôdeuses, désormais généralisées sur le front de l’est.
À ce sujet, la montée en puissance du groupe s'inscrit dans la poussée stratégique franco-allemande pour soutenir l'Ukraine. A plus long terme, elle est amenée à assurer un gage supplémentaire dans la défense et la consolidation de la frontière de l'Union sur son flanc est. L’avenir dira si cette dernière s'établira sur l'axe Dniepr-Kharkov ou plus en profondeur dans les plaines du Donbass.




















