La hausse des rendements obligataires n’a pas pour seule explication le relèvement des taux d’intérêts par la réserve fédérale américaine. J’en veux pour preuve le graphique suivant qui illustre bien le fait que le marché est en avance sur la politique monétaire.

Taux

Source : Bloomberg

Une hausse multifactorielle

Si la lutte contre l’inflation est bien le premier facteur explicatif du cycle de resserrement monétaire, de nombreux autres éléments sont venus alimenter cette hausse. Les tensions géopolitiques se sont notamment greffées avec la guerre en Ukraine puis plus récemment celle entre l’Israël et la Hamas. L’une des conséquences directes est l’effort de guerre déployé par les Etats-Unis pour soutenir qui de l’Ukraine qui de l’Etat hébreu avec à la clé, des dépenses pharaoniques. Vous vous rappelez les sempiternelles négociations sur le plafond de la dette ?

Justement, le niveau de la dette américaine, en pourcentage du PIB, est le plus élevé jamais atteint en période de paix (comprendre que les Etats-Unis soutiennent financièrement et en matériels ces guerres mais n’y sont pas impliqués militairement parlant avec l’envoi de troupes au sol). Or, ces nouvelles dépenses viennent s’ajouter aux précédentes, notamment pendant la période COVID qui n’ont pas été digérées. Résultat : les besoins en (re)financement sont si importants que les TBonds croulent littéralement sous le poids de la dette.

Parallèlement, la Fed a entamé un cycle de "quantitative tightening". Pour les nostalgiques, c’est un peu le double effet Kisscool. D’un côté, le département du Trésor vend des bonds pour refinancer la dette des Etats-Unis et de l’autre la réserve fédérale vend également des bonds pour réduire son bilan. Sans compter que la hausse des dépenses publiques alimente l’inflation et donc le risque de nouvelles hausses de taux.

Maintenant que le tableau est brossé, que nous dit l’analyse technique ?

En dépit de ce que l’on peut lire ici ou là, il faut bien comprendre que la baisse structurelle des taux d’intérêt telle que nous la vivions depuis le début des années 80 est révolue. Comme mentionné la semaine dernière, c’est une décennie faste qui attend les rentiers. Comme le montre le graphique ci-dessous, le rendement du 10 ans américain est sorti par le haut de son canal descendant en cours depuis 1985 initiant une nouvelle séquence tendancielle haussière, à l’image de ce que nos (grands)-parents ont connu dans les années 70. Par "chance", tout est relatif, le marché est proche d’une zone de résistance à 5.23/5.32% qui devrait logiquement déclencher quelques prises de bénéfices avec un retour possible sur les 4.33%. De là à parler de retournement de tendance, il y a un Rubicon que je ne suis pas prêt à franchir.

Taux

Source : Bloomberg