Les places boursières européennes ont accueilli dans une relative indifférence le dernier épisode de la saga meurtrière entre les Etats-Unis et l'Iran. Il faut dire que ce n'est pas la première fois que quelque chose est annoncé, puis son contraire peu après. Et ensuite son contraire. Puis son contraire, et, soudain, son contraire. Ce défilé d'annonces inconstantes des uns et des autres fait coexister deux phénomènes vieux comme le monde. La lassitude d'abord : la parole a moins de valeur et provoque donc moins de réactions. L'accoutumance ensuite : cette situation devient la nouvelle normalité. Résultat, l'indice Stoxx Europe 600 a fini à l'équilibre malgré la réescalade des tensions au Moyen-Orient.

Mais quelque chose a quand même changé hier par rapport à la routine qui s'était installée ces dernières semaines vis-à-vis du conflit. Petit rappel, le scénario dominant de la fin du printemps repose sur une amélioration progressive de la situation entre l'Iran et les Etats-Unis, devant permettre au trafic de reprendre à peu près normalement dans le détroit d'Ormuz d'ici la fin de l'été, en particulier pour le pétrole et le gaz. Cette trame consensuelle a permis au baril de Brent de passer de 115 à 75 USD entre la mi-mars et le début du mois de juillet. La détente sur l'or noir a atténué les craintes inflationnistes, qui risquaient de provoquer un truc que les marchés actions n'aiment pas du tout, des hausses de taux aux Etats-Unis.

Depuis quelques jours, Téhéran et Washington ont repris les hostilités et le dernier projet de paix en date est parti aux oubliettes avec la décision des Etats-Unis de restaurer leur blocus de l'Iran. Le pétrole, lui, s'est offert une grosse envolée. Grosso modo, il a repris 15 USD en dix jours (plus bas à 70,09 USD le 2 juillet, plus haut à 85,61 USD cette nuit). Il y a eu une grosse accélération ces douze dernières heures, avec une remontée de 9% au plus fort de la journée. Ce qui a fait monter la prime de risque (comme quoi le marché peut encore se faire surprendre), c'est l'annonce de Donald Trump au sujet d'une taxe de 20% de la valeur de la cargaison perçue pour les Etats-Unis pour assurer le transit par Ormuz en sécurité. Ces frais ont été présentés comme la contrepartie de l'argent engagé par Washington dans le conflit. "C'est culotté, vu que ce sont eux qui l'ont initiée, cette guerre", dirait mon voisin Emile. Personne ne sait à quel point ce projet de péage est sérieux, mais les financiers ont quand même sorti la calculette. Une redevance de 20% sur un supertanker transportant 2 millions de barils à 80 dollars le baril équivaudrait à environ 32 millions de dollars, soit un surcoût de 16 dollars par baril, a par exemple calculé ING. C'est donc loin d'être anodin, et ça explique la crispation additionnelle du marché pétrolier, d'autant qu'un tel péage pénaliserait tout le monde. Sauf les Etats-Unis, bien sûr.

L'autre conséquence de la journée d'hier est visible sur les rendements obligataires américains. Le regain de tension sur le pétrole a renforcé les craintes inflationnistes. Un membre de la Fed, Christopher Waller, a d'ailleurs souligné hier dans un discours qu'il faudra relever les taux à court terme si l’inflation sous-jacente reste aussi élevée. Son patron, Kevin Warsh, doit présenter le bilan de mi-année de la banque centrale américaine à la Chambre des représentants à partir de 16h00. Juste avant (14h30), le marché aura pris connaissance des chiffres de l'inflation américaine de juin, qui devrait s'être modérée grâce au reflux pétrolier. Les économistes attendent une inflation annuelle de 3,8%, et de 2,9% pour l'inflation sous-jacente (hors éléments volatils comme l'énergie et l'alimentation). Le niveau reste toutefois éloigné de l'objectif de 2% fixé par la Fed. Les contrats à terme montrent que la probabilité d'une hausse de taux lors de la décision du 29 juillet est de 43,3%. C'est inférieur à la moyenne, mais ce chiffre n'était que de 26,7% il y a une semaine, et de 8,3% il y a un mois. C'est dire l'importance de la statistique d'inflation qui sera publiée tout à l'heure. Un petit dérapage risquerait de rendre majoritaire la perspective d'une hausse de taux en juillet, ce qui contrarierait à coup sûr le marché actions.

Ces questions monétaires reviennent sur le devant de la scène à l'heure où le marché prend ses bénéfices sur le secteur des puces liées à l'IA. Le Nasdaq 100 a reperdu 1,9% hier, soit la totalité ou presque du bénéfice de ses trois séances consécutives de rebond. Les investisseurs restent très nerveux sur le secteur des semiconducteurs, comme en témoigne la séance du jour, démarrée en fond du trou pour le KOSPI coréen, qui se redresse finalement en fin de journée. Outre la combo inflation-Warsh, l'animation viendra des résultats de plusieurs grosses banques américaines à la mi-journée. Ce matin en Europe, c'est Ericsson qui essuie les plâtres.

En Asie-Pacifique, la séance a viré au vert pour le Japon et la Corée après avoir mal démarré. Pour autant, le reste de la cote fait grise mine : l'Australie, l'Inde et Taiwan reculent. L'indice MSCI AC Asie Pacifique parvient malgré tout à reprendre 0,5% grâce aux valeurs technologiques coréennes et japonaises. L'Europe est plutôt attendue en baisse à l'ouverture.

Le CAC 40 cède 0,88% à 8 291 points à l'ouverture. Le SMI recule de 0,8% à 14 156 points. Le Bel 20 est en repli de 0,6% à 5 569 points.

Les temps forts économiques du jour

L'agenda macro :

  • 08h30 : Prix à la production et à l'importation juin 2026 (Suisse)
  • 11h00 : ZEW — sentiment économique juillet 2026 (Allemagne)
  • 14h30 : Indice des prix à la consommation (IPC) juin 2026 (Etats-Unis)
  • 18h40 : Discours Fed — Michael S. Barr (gouverneur Fed) (Etats-Unis)
  • 19h30 : Discours Fed — Lisa D. Cook (gouverneur Fed) (Etats-Unis)
  • 20h55 : Discours Fed — Michelle W. Bowman (vice-présidente Fed, supervision) (Etats-Unis)
  • 22h30 : Stocks pétroliers API (brut, essence, distillats) sem. du 11 juillet (Etats-Unis)
  • Le reste de l'agenda ici.

Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :

Les principaux changements de recommandations

  • ABB Ltd: SB1 Markets passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours relevé de 1000 à 1050 SEK.
  • Airbus : JP Morgan reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 225 à 240 EUR.
  • ASML Holding : RBC Capital maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 1700 à 2000 USD.
  • Belimo Holding : UBS maintient sa recommandation de vente avec un objectif de cours relevé de 500 à 575 CHF.
  • Buzzi : Jefferies démarre le suivi à conserver avec un objectif de cours de 49,50 EUR.
  • Dassault Systèmes : Deutsche Bank maintient sa recommandation de conserver avec un objectif de cours réduit de 21 à 20 EUR.
  • Eni : Zacks passe de neutre à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 50 à 41 USD.
  • Essilorluxottica : Goldman Sachs passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 230 à 200 EUR.
  • Finnair : Nordea Bank passe de conserver à vendre avec un objectif de cours de 3,80 EUR.
  • Friedrich Vorwerk Group : Jefferies passe de sousperformance à conserver avec un objectif de cours de 65 EUR.
  • IMCD : UBS passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 85 à 100 EUR.
  • Kongsberg Maritime : DNB Carnegie passe de vendre à conserver avec un objectif de cours de 50 NOK.
  • Nokian Renkaat : SEB Bank passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 11 à 13 EUR.
  • Pearson : JP Morgan passe de surpondérer à neutre avec un objectif de cours réduit de 1430 à 1420 GBX.
  • Rémy Cointreau : BNP Paribas maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours relevé de 38,50 EUR à 41 EUR.
  • Salzgitter : Jefferies passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 55 à 66 EUR.
  • SES S.A: Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 7 à 9 EUR.
  • Swatch Group : Octavian AG maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 232 à 225 CHF.
  • Tryg : Morgan Stanley passe de pondération de marché à souspondérer avec un objectif de cours réduit de 165 à 145 DKK.
  • UBS Group : Zacks maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 51 à 55 USD.
  • Zealand Pharma : Jefferies passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 505 à 320 DKK.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

  • Riyadh Air envisage de nouvelles commandes d'avions auprès de Boeing et Airbus.
  • Emeis lance un programme de rachat de titres, approuvé par l'Assemblée générale du 23 juin 2026.
  • Icade devient propriétaire de l'intégralité de la Tour Eqho à la Défense.
  • Le chiffre d'affaires de Thermador progresse de 11,3% au premier semestre 2026 à 273,2 MEUR.
  • L'Olympique Lyonnais (Eagle Football) a prêté le gardien américain Matt Turner aux New England Revolution pour six mois.

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D'Europe

  • EasyJet donne son accord à l'offre de 5,7 milliards de livres sterling d'Apollo, soit 715 GBX l'action.
  • BP Plc anticipe une légère progression de ses résultats dans le négoce de pétrole au deuxième trimestre.
  • Ericsson affiche un bénéfice net en recul de 12% au T2, affecté par la baisse des ventes.
  • DNB Bank affiche un bénéfice net et des revenus en baisse au premier semestre.
  • Watches of Switzerland affiche une hausse de son bénéfice et de son chiffre d'affaires pour l'exercice 2026.
  • Aditya Birla rachète une filiale de Shell pour 1,8 MdUSD.
  • Le Canada homologue Vanrafia de Novartis.
  • AstraZeneca acquiert la licence d'un traitement contre le cancer du poumon auprès du chinois Dizal Pharmaceutical.
  • Banco Santander restructure sa division de banque de financement et d'investissement en Asie-Pacifique.
  • WISeKey enregistre une hausse de son chiffre d'affaires préliminaire au premier semestre et confirme ses perspectives pour 2026
  • Intesa Sanpaolo lance un programme de rachat d'actions pour environ 226 MEUR.
  • Roche lance un test de dépistage du virus de l'hépatite D entièrement automatisé.
  • BAE Systems fournira son système de guerre électronique aux F-15K sud-coréens dans le cadre d'un programme de modernisation piloté par Boeing.
  • Formycon s'associe à OneSource Specialty Pharma pour la production de biosimilaires.
  • Nokia signe un contrat pour l'extension et la modernisation du réseau 5G de Taiwan Mobile.
  • Eni signe un accord pour alimenter les véhicules BMW des flottes d'entreprises en Italie avec HVOlution.
  • Les principales publications du jourBP PlcDNB BankEricssonLifcoRio Tinto.

D'Amérique du Nord

  • Douze Etats américains s'opposent au rachat de Warner par Paramount.
  • Nvidia réduit de moitié sa liste de clients pour les puces IA en Asie, selon le FT.
  • Meta va investir plus de 50 milliards de dollars dans l'extension d'un centre de données en Louisiane.
  • Intel investit 5 milliards d'euros en Irlande dans l'IA.
  • KKR rejoint un consortium américain pour racheter l'australien Steadfast pour 5,3 milliards de dollars.
  • BlackRock visé par une plainte pour surfacturation de frais de gestion.
  • L3Harris décroche un contrat auprès de l'US Space Force pour des satellites de défense antimissile.
  • Chipotle ouvre son premier restaurant au Mexique cette semaine.
  • Halliburton remporte des contrats intégrés de forage et de complétion au large du Suriname.
  • Le PDG de Brown-Forman, Lawson Whiting annonce son départ.
  • Les principales publications du jourJPMorgan ChaseBank of AmericaThe Goldman SachsWells FargoCitigroupFastenal Company.

D'Asie et d'ailleurs

  • SoftBank et OpenAI lancent un service de cybersécurité dopé à l'IA pour 3 000 entreprises japonaises.
  • Midea honore une commande d'urgence de 20 000 climatiseurs pour la France.
  • HCL Tech maintient ses perspectives pour l'exercice 2025 malgré des résultats trimestriels supérieurs aux attentes.
  • Singapore Telecom place sa filiale mauricienne Viridian en liquidation amiable.
  • Shein, la star de la fast fashion, envisage de s’introduire en bourse à Hong Kong en août, selon Bloomberg.
  • ChangXin Memory Technologies fera ses débuts en Bourse le 27 juillet, selon Reuters.

Le reste de l'agenda mondial des publications ici.

Lectures