Sur le plan boursier, 2025 restera comme une année exceptionnelle. Le S&P 500 affiche une hausse de 17% depuis le début de l’année, signant un troisième exercice consécutif de performances hors normes. Cette dynamique a généré un puissant effet richesse, soutenant la consommation des ménages les plus aisés et contribuant à maintenir l’élan de l’économie américaine. Mais cette performance masque une concentration extrême. Les dix premières capitalisations américaines représentent désormais près de 40% de la capitalisation totale de l’indice. Cette domination n’est pas inédite dans l’histoire des marchés, mais elle accroît mécaniquement la vulnérabilité du système à toute déception sur les bénéfices. Les valorisations élevées des valeurs technologiques, souvent qualifiées de bulle, reposent néanmoins sur des fondamentaux solides : croissance structurelle, marges élevées et bilans robustes. Le risque central n’est pas l’exubérance irrationnelle, mais un éventuel décalage entre des attentes très élevées et la réalité des résultats futurs.

Une économie en K de plus en plus marquée

Derrière la vigueur des marchés, la conjoncture économique américaine révèle une fracture persistante. L’expansion reste clairement en forme de K. Les ménages à hauts revenus, bénéficiaires directs de la hausse des actifs financiers, continuent de consommer, tandis que les ménages à revenus intermédiaires et modestes subissent la pression combinée de l’inflation passée, du coût du crédit et de la faiblesse de certains secteurs cycliques, notamment l’immobilier.

Cette dichotomie se reflète dans la dynamique macroéconomique. Après avoir évité la récession en 2024, l’économie américaine a été soutenue en 2025 par trois moteurs puissants.

Le premier est la hausse spectaculaire des marchés actions.

Le deuxième réside dans l’explosion de l’investissement lié à l’intelligence artificielle. Les dépenses en centres de données atteignent désormais 1,3% du PIB, un niveau historiquement élevé, tandis que l’adoption de l’IA progresse rapidement dans le tissu productif : 9% des entreprises américaines l’intègrent déjà dans leur production et 44% recourent à des solutions payantes.

Le troisième moteur est budgétaire. Le One Big Beautiful Bill Act a stimulé l’investissement via des incitations fiscales favorables à l’équipement et à la R&D. Si les allègements fiscaux pour les ménages n’ont pas encore pleinement produit leurs effets, ils devraient se matérialiser sous forme de remboursements d’impôts massifs au printemps 2026, offrant un soutien temporaire à la consommation.

Tarifs, immigration et inflation : un cycle en trois temps

Ces soutiens sont toutefois contrebalancés par des forces restrictives. La hausse brutale des droits de douane a généré plus de 29 milliards d'USD de recettes mensuelles à l’été 2025. Jusqu’à présent, une large part de ce coût a été absorbée par les entreprises, mais un transfert progressif vers les prix à la consommation est attendu fin 2025 et en 2026. En parallèle, le durcissement des politiques migratoires réduit l’offre de travail, freinant la croissance potentielle.

Banques centrales : prudence et normalisation graduelle

Dans ce contexte, la Réserve fédérale devrait rester en mode normalisation prudente. La diversité des opinions parmi les responsables monétaires suggère une trajectoire d’assouplissement modérée, avec deux à trois baisses de taux sur l’ensemble de 2026. Les taux longs devraient évoluer dans une fourchette étroite, avec une légère pentification de la courbe. Pour les investisseurs obligataires, l’enjeu n’est plus tant le timing parfait des taux que la capacité à capter durablement le revenu. Les obligations investment grade, le crédit municipal et certains segments titrisés offrent des points d’entrée attractifs, à condition d’adopter une approche active et sélective.

2026 : un environnement riche en risques… et en catalyseurs

Les risques entourant ce scénario sont nombreux. Une remise en cause juridique des droits de douane, un stimulus budgétaire pré-électoral ou un retournement brutal du cycle de l’IA pourraient profondément modifier l’équilibre macro-financier. Le coût croissant de l’IA, notamment en matière énergétique, pourrait également contraindre les entreprises à arbitrer entre investissement, emploi et marges. Mais les catalyseurs ne manquent pas. L’élargissement de l’écosystème de l’IA au-delà des mégacapitalisations, la déréglementation ciblée aux États-Unis, la reprise des opérations de fusions-acquisitions et l’essor des investissements liés à la sécurité économique, énergétique et industrielle dessinent un paysage d’opportunités sélectives.

La diversification, plus que jamais stratégique

Enfin, 2025 a rappelé une vérité souvent oubliée : la diversification n’est jamais morte. Les marchés internationaux (marchés émergents, européens et japonais) ont signé une performance spectaculaire, avec une surperformance nette par rapport aux actions américaines (retraité de l'effet change qui a été important cette année sur le dollars USD). Cette dynamique repose sur une amélioration des fondamentaux, une convergence attendue des croissances bénéficiaires autour de 10% en 2026 et des politiques budgétaires plus favorables, notamment en Europe et au Japon. 

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En attendant de vous voir de l'autre côté, je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année.