Et si les revenus du travail et les prestations sociales n’étaient pas les principaux moteurs de la consommation ? C’est le constat auquel aboutit une étude, qui pointe surtout l’effet de la hausse des cours de Bourse sur les dépenses des ménages… américains.
Les deux auteurs, Sixtine Bigot et Aurélien Espic, sont partis d’une interrogation. Pourquoi la consommation américaine a-t-elle progressé de 2,1% en 2025 alors que le climat économique était particulièrement défavorable entre protectionnisme économique et inflation élevée ? En analysant les différents déterminants de la consommation américaine dans un passé récent, ils se sont aperçus que cette dernière avait été principalement soutenue par la hausse du prix des actifs financiers (très marquée entre 2023 et 2025).
Dans ce travail relayé au sein d’un Bloc Note Eco de la Banque de France, ils précisent que cet enrichissement financier a produit des effets sur la consommation à plusieurs niveaux. D’abord en accroissant les ressources perçues comme durables. Ensuite en améliorant l’accès au crédit. Enfin en réduisant le besoin d’épargne de précaution. Et de résumer que "la consommation récente ne peut être comprise sans tenir compte de cette interaction étroite entre les marchés financiers et l’économie réelle."
Un effet évalué à 40%
L’étude ne s’arrête pas à ces considérations générales. Elle donne en parallèle des éléments chiffrés. L’effet richesse a ainsi contribué à hauteur de 40% à la croissance de la consommation américaine en 2025. Un niveau proche de celui observé avant la crise de 2008 et qui a globalement suivi une pente ascendante depuis les années 1990. Il faut dire que le bilan des ménages s’est fortement financiarisé au cours des dernières décennies, instaurant une corrélation de plus en plus marquée entre consommation et cycles financiers.
Bien entendu cette forte exposition aux fluctuations boursière constitue aussi un risque. "Un retournement marqué des valorisations boursières pourrait rapidement peser sur la consommation, amplifiée par une contraction du crédit et une perte de confiance des ménages", notent les auteurs.
Et en Europe ?
La situation est loin d’être la même de notre côté de l’Atlantique, notamment en France. Le lien entre valorisations boursières et consommation est ici bien plus faible. Rappelons en effet que si les actions comptent pour quelque 40% du patrimoine brut des ménages américains, cette part avoisine plutôt les 15% dans l’Hexagone (avec de surcroît une bonne part de non coté, moins volatil). Les Français privilégiant plutôt la pierre et les dépôts, leur patrimoine est moins sensible aux variations de cours.
Aux Etats-Unis, la politique monétaire a un effet direct sur les portefeuilles et partant sur la consommation. "En zone euro, la transmission est plus indirecte, passant davantage par le crédit et le revenu disponible, ce qui contribue à une consommation actuellement plus atone, mais aussi potentiellement moins volatile", conclut la note.
























