Six semaines après sa dernière réunion, la BCE fait face à un contexte radicalement différent. Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une flambée des prix de l’énergie et fait craindre le retour de l’inflation.

Un contexte qui rappelle évidemment l’année 2022. Une crise énergétique consécutive au déclenchement d’un conflit (l’invasion de l’Ukraine par la Russie). Un traumatisme pour les banquiers centraux. En 2022, ils avaient considéré l’inflation comme "transitoire", retardant ainsi les hausses de taux. Ce souvenir est particulièrement présent du côté de la BCE, où les déclarations des différents membres laissent entendre qu’ils n’hésiteront pas à agir face à toute remontée de l’inflation.

Mais la BCE ne doit pas oublier que la situation est bien différente aujourd’hui. En 2022, les taux étaient à zéro, l’économie était dans une phase de reprise post-pandémie, le marché du travail était tendu. Autant d’éléments qui ont contribué à faire perdurer le choc inflationniste, mais qui ne sont plus présents en 2026.

Ne pas répéter les erreurs du passé

En règle générale, les économistes considèrent que les banques centrales doivent regarder au-delà d’un choc énergétique et ne pas sur-réagir. Autrement dit, il ne faut pas paniquer et remonter les taux dès que le prix du baril s’affole. C’est d’ailleurs l’une des plus célèbres erreurs de politique monétaire de la BCE. En juillet 2008, la BCE avait remonté ses taux face à la hausse du pétrole. Mais la crise des subprimes était déjà là et la BCE avait finalement baissé ses taux quelques mois plus tard.

Il faut garder à l’esprit que la hausse des prix de l’énergie n’a pas qu’un impact inflationniste, c’est un choc stagflationniste : plus d’inflation et moins de croissance. En effet, des prix plus élevés détruisent de la demande. Et in fine, c’est souvent l’impact sur la croissance qui prend le dessus.

Selon une enquête de Bloomberg, une majorité d’économistes pense que la BCE maintiendra ses taux d’intérêt inchangés jusqu’en 2028. Les marchés, de leur côté, anticipent deux hausses de taux de la BCE en 2026.

On ne s’attend toutefois pas à des indications claires de la part de Christine Lagarde ce jeudi. En effet, le scénario économique dépend essentiellement de l’évolution du conflit au Moyen-Orient dans les prochaines semaines. Les nouvelles projections économiques de la BCE, réalisées en grande partie avant le déclenchement du conflit, ne devraient ainsi pas avoir beaucoup de valeur.

Un avenir à clarifier

Christine Lagarde pourrait en revanche mettre à profit sa conférence de presse pour clarifier son propre avenir. Depuis la réunion de janvier, l’actualité de la BCE a en effet été marquée par les rumeurs autour de son départ anticipé. Une démission qui permettrait au président français, Emmanuel Macron, de participer à la nomination de son successeur, plutôt que de laisser la main à son successeur.

Des informations ensuite démenties par la BCE et Christine Lagarde elle-même. Le sujet reste toutefois présent dans les esprits. Début février, c’est le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui annonçait son départ anticipé. Si ce dernier mettait en avant des "raisons personnelles", les mêmes ressorts étaient évoqués pour expliquer son choix.

La situation actuelle pourrait toutefois remettre en cause un départ anticipé de la présidente de la BCE. Christine Lagarde pouvait estimer que le timing était approprié : l’inflation est revenue autour de la cible et la BCE a ramené ses taux d’intérêt à un niveau neutre. Mais si l’Europe fait face à un nouveau choc énergétique et à ses conséquences, il sera beaucoup plus difficile de quitter le navire. En théorie, son mandat prend fin en octobre 2027.