Depuis juin, le titre a perdu environ un tiers de sa valeur alors même que son activité affiche encore une forte progression des commissions et des honoraires. Ces derniers mois, le groupe a multiplié les mauvaises nouvelles, entre un troisième trimestre en deçà des attentes, l’intégration de l’acquisition d’AssuredPartners plus compliquée que prévu et l’inflation des coûts.

Pour autant, sur le plan comptable, le troisième trimestre est loin d’être un point de rupture dans le parcours de croissance historique de la société. Le chiffre d’affaires a atteint 3,4 Mds$. Sur la même période, un an plus tôt, les revenus n’étaient que de 2,8 Mds$. Les commissions de courtage s’envolent de 24% (1,9 Md$) et les honoraires ont progressé de près de 12% (1,1 Md$).

Cette dynamique commerciale n’a toutefois pas empêché une forte dégradation des marges et de la croissance interne. Les profits baissent de 13% à cause de la forte inflation des charges, notamment de rémunération, d’intérêts et de frais d’exploitation. En tout, les dépenses ont atteint 3 Mds$, en hausse de près de 26% sur un an.

Pour un acteur réputé pour la précision de sa communication et habitué à délivrer en ligne avec ses attentes, ce cumul de petites déceptions fait grincer des dents.

Car la croissance est surtout venue de l’intégration d’AssuredPartners, acquis en août pour 13,5 Mds$. Cette opération est censée être structurante pour le courtage en IARD (incendie, accidents et risques divers) et la santé sur le mid-market américain (les entreprises intermédiaires réalisant entre 50 M$ et 1 Md$ de chiffre d’affaires).

Sur le trimestre, le chiffre d’affaires d’AssuredPartners a atteint 306 M$, sous les 380–400 M$ annoncés lors de la journée investisseurs de septembre.

Toutefois, on évitera de tomber dans une vision trop court-termiste. La trajectoire de long terme de l’acquisition n’est pas remise en cause. Plusieurs brokers rappellent qu’AssuredPartners présente d’excellentes perspectives de croissance organique, à un niveau proche de celui de son nouveau propriétaire.

Parallèlement à ces difficultés techniques, l’entreprise indique des éléments rassurants : les renouvellements de primes d’assurance demeurent bien soutenus et aucun signe de ralentissement économique n’apparaît dans les données internes. Dans la réassurance, le marché reste sain.

De plus, les éléments fondamentaux restent positifs. La société avance plus vite que de nombreux de ses pairs et les perspectives d’amélioration des résultats pour les prochaines années restent relativement robustes. 80 % des revenus sont récurrents, ce qui permet une très bonne visibilité. Il n’y a pas de risque majeur de bilan.

Mais pour autant, le marché a choisi de sanctionner le titre. Il faut dire que ces deux dernières années, la valorisation avait atteint des niveaux nettement supérieurs à l’historique. Par conséquent, le décrochage de ces derniers mois peut être mis au crédit d’un retour à la normale, à une valorisation plus raisonnable, toujours supérieure à 30 fois les bénéfices pour cette année.