* La filiale de Vivendi annonce un accord définitif avec Citigroup

* Table sur £100 mlns de synergies par an

* Prévoit E500 mlns de cessions d'actifs à Universal

* Examen antitrust minutieux en perspective

* Un groupe emmené par Sony rachète la branche Publishing (Actualisé avec confirmation de la cession de cette branche à Sony)

par Gwénaëlle Barzic

PARIS, 11 novembre (Reuters) - Universal Music, filiale de Vivendi, a annoncé vendredi la signature d'un accord définitif avec Citigroup en vue de racheter la branche musique enregistrée de sa concurrente britannique EMI pour un montant total de 1,2 milliard de sterling (1,4 milliard d'euros).

L'opération, si elle va à son terme, permettra à la première maison de disques mondiale d'ajouter à son escarcelle des stars de la musique telles que Coldplay et Katy Perry. Mais elle risque de faire l'objet d'un examen long et minutieux par les autorités de la concurrence.

"Nous pensons que nous faisons cette opération au bon moment du point de vue du cycle de l'industrie musicale", a souligné le président du directoire de Vivendi, Jean-Bernard Lévy, en évoquant les signes de redressement observés notamment aux Etats-Unis.

L'opération aura un impact positif sur les résultats de Vivendi dès sa première année et permettra d'améliorer les marges d'Universal Music, a-t-il ajouté lors d'une conférence téléphonique, en disant tabler sur plus de 100 millions de livres de synergies par an.

Vivendi, qui va débourser un montant représentant sept fois l'Ebitda avant les synergies, compte financer l'opération en cédant notamment 500 millions d'euros d'actifs non stratégiques au sein d'Universal.

"Nous comptons conserver notre note triple B", a assuré le dirigeant de Vivendi, en indiquant par ailleurs que le groupe maintenait son objectif d'augmenter le dividende.

Au terme de cette opération, la vénérable EMI, maison de disque des Beatles et de Pink Floyd, devrait une fois de plus changer de propriétaire. Citigroup en avait pris le contrôle en février lorsque son précédent propriétaire, le fonds d'investissement Terra Firma, avait fait défaut sur le remboursement d'un emprunt.

La deuxième division du label britannique, Music Publishing (édition), est quant à elle cédée à un consortium emmené par le japonais Sony pour 2,2 milliards de dollars.

Citigroup engrangera ainsi au total 4,1 milliards de dollars, un montant plus élevé qu'attendu.

EMI CHANGE À NOUVEAU DE PROPRIÉTAIRE

En avalant EMI, le conglomérat renforce son exposition à un marché de la musique fortement éprouvé ces dernières années même s'il montre des signes de redressement depuis peu, en particulier Outre-Atlantique où les ventes de musique en ligne montent en puissance.

De l'avis de plusieurs analystes cependant, le rapprochement entre EMI et Universal revêt un intérêt stratégique, en raison notamment de leurs complémentarités géographiques et des importantes synergies qui pourraient en découler.

Certains soulignent toutefois le caractère risqué de l'opération en raison des marges financières limitées du groupe de télécoms et de divertissement.

"Le bon accord au mauvais moment ?", s'interrogeaient ainsi les analystes d'UBS dans une note publiée cette semaine. "En cas de nouvelles dégradations à SFR, cela pourrait être compliqué de maintenir sa note de crédit Baa2 et de verser son dividende actuel."

D'autres analystes craignent par ailleurs que le projet pose des difficultés du point de vue de la concurrence.

"Il est probable que les autorités de la concurrence poussent à la cession de certains actifs (labels, filiales, dans certains pays) ou imposent des contraintes très précises, notamment en matière de distribution des producteurs indépendants", écrivent les analystes de Natixis dans une note.

Jean-Bernard Lévy s'est toutefois montré confiant quant à la validation du projet par les autorités compétentes.

Vivendi avait repris les discussions sur EMI cette semaine après avoir un temps quitté la table des négociations en raison d'un désaccord avec Citigroup sur la question des engagements en matière de retraite des salariés d'EMI. La banque américaine a finalement débloqué la situation en acceptant de prendre ces engagements à sa charge.

Leur accord sonne le glas des ambitions du milliardaire Len Blavatnik, un temps considéré comme favori, qui espérait fusionner les labels d'EMI avec Warner Music Group qu'il avait racheté pour 3,3 milliards de dollars en mai.

"Nous avons bon espoir de pouvoir régénérer EMI et la ramener au niveau où nous aimerions tous qu'elle soit", a souligné Lucian Grainge, le PDG d'Universal qui est d'origine britannique.

* Le communiqué de Vivendi :

http://link.reuters.com/reg94s (Avec Peter Lauria à New York, édité par Dominique Rodriguez)

Valeurs citées dans l'article : VIVENDI, Sony Corporation, Citigroup Inc.