Ottawa (awp/afp) - La Banque centrale du Canada a annoncé mercredi le maintien à 1,75% de son principal taux directeur, conformément aux prévisions du marché, notant l'apparition de "signes que les conflits commerciaux pèsent davantage sur la demande mondiale".

L'institut d'Ottawa s'est félicité des "évolutions encourageantes survenues dernièrement aux réunions du G20" en Argentine où les États-Unis et la Chine, les deux premières économies de la planète, sont convenus de suspendre leur guerre tarifaire et de plutôt chercher un accord commercial.

Cela rappelle "que les risques entourant les politiques commerciales sont orientés aussi bien à la hausse qu'à la baisse", a observé la Banque, qui avait relevé son taux d'un quart de point, à 1,75%, il y a un mois, sa cinquième hausse en un an.

La prudence est donc de mise, d'autant que "la croissance dans les grandes économies avancées a ralenti", a-t-elle souligné dans un communiqué.

"La Banque du Canada fait rarement des virages à 180 degrés sans détenir de nouvelle prévision économique, mais la déclaration d'aujourd'hui (mercredi) a reconnu de nouvelles inquiétudes par rapport à ce qui nous attend" à court terme, a commenté Avery Shenfeld, économiste de la banque CIBC.

Au Canada, qui renferme les troisièmes réserves de pétrole de la planète, la faiblesse des cours du brut continue de susciter l'inquiétude.

"Les prix du pétrole ont fortement baissé depuis (...) octobre sous l'effet combiné des évolutions géopolitiques, de l'incertitude concernant les perspectives de croissance mondiale et de l'expansion de la production de pétrole de schiste aux États-Unis", a observé la Banque centrale.

D'autant que "les prix de référence pour le pétrole canadien (...) ont été tirés encore plus vers le bas par les contraintes de transport et une accumulation des stocks", a-t-elle rappelé.

Selon la province pétrolière de l'Alberta (ouest), avec l'engorgement des oléoducs nord-américains et la surabondance de l'offre, quelque 35 millions de barils attendent actuellement d'être exportés.

"A la lumière de ces évolutions et des réductions de la production", de 8,7% en 2019, tel que décidé en urgence dimanche soir par le gouvernement d'Alberta, "l'activité dans le secteur canadien de l'énergie sera probablement sensiblement plus faible qu'escompté", a avancé la Banque.

De manière générale, la croissance semble "moins prononcée" au quatrième trimestre, après un troisième trimestre au cours duquel le PIB a marqué le pas (+2,0% en rythme annuel) et un deuxième trimestre vigoureux (+2,9% en rythme annuel).

La Banque a toutefois relevé quelques développements positifs tels que la conclusion d'un nouvel accord de libre-échange nord-américain, qui devrait relancer les investissements des entreprises, tout comme les "nouvelles mesures fiscales du gouvernement fédéral".

Pour Avery Shenfeld, de CIBC, ce communiqué comporte "beaucoup de références à des développements négatifs, dont la réduction de la production pétrolière au Canada et la nervosité" des marchés mondiaux au sujet des guerres commerciales.

Pour lui, la déclaration de l'institut monétaire a emprunté un ton "prudent". Une nouvelle hausse de taux en janvier, tel qu'attendu par nombre d'analystes, "dépend maintenant des données économiques du mois d'octobre et d'une réduction de la production pétrolière des pays de l'Opep qui raffermirait les cours du baril".

Ainsi, une prochaine hausse de taux "dépendra d'un certain nombre de facteurs" nationaux ou internationaux tels que "l'évolution des politiques commerciales mondiales", a résumé la Banque centrale du Canada.

afp/rp