Les contrats à terme sur les principaux indices new-yorkais signalent une ouverture de Wall Street en hausse d'un peu plus de 5% après la chute de près de 10% subie jeudi, la plus lourde depuis 1987 pour le Dow Jones et le Standard & Poor's 500.

À Paris, le CAC 40 gagne 6,75% à 4.317,05 points vers 12h00 GMT au lendemain d'une chute de 12,28%, la plus lourde de son histoire. A Londres, le FTSE 100 prend 7,36% et à Francfort, le Dax avance de 6,52%.

L'indice EuroStoxx 50 est en hausse de 6,79%, le FTSEurofirst 300 de 7,23% et le Stoxx 600 de 6,65%. La hausse est encore plus marquée à Milan, où le FTSE-Mib prend près de 15%.

Le Stoxx 600 affiche néanmoins encore une baisse de plus de 14% sur la semaine, sa quatrième performance hebdomadaire négative d'affilée et la plus lourde depuis 12 ans (-21,54% sur la semaine au 10 octobre 2008).

Le Standard & Poor' 500, lui, a chuté de 16,5% sur les quatre dernières séances.

Selon les données hebdomadaires de Bank of America et EPFR, les investisseurs ont liquidé près de 137 milliards de dollars (123 milliards d'euros) d'investissements en une semaine au détriment des actions et surtout des obligations. Pour la banque américaine, le "krach" des marchés reflète les craintes conjuguées d'une récession économique, de défauts obligataires et de liquidations forcées de fonds d'investissement ainsi que celle d'une impuissance ou d'une incompétence des autorités politiques et monétaires.

Dans la zone euro, les décisions et les déclarations de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi puis les nouvelles injections massives de liquidités (1.500 milliards de dollars en deux jours) de la Réserve fédérale américaine contribuent au répit observé ce vendredi mais n'empêchent pas les économistes de continuer à réviser leurs prévisions à la baisse.

Nomura, par exemple, table désormais sur une contraction de 0,8% de l'économie de la zone euro cette année, "le résultat d'une récession technique au premier semestre et d'une forte baisse de 1,5% du PIB au deuxième trimestre par rapport au premier".

Et pour Keith Wade, chef économiste de Schroders, "la question maintenant n'est pas de savoir s'il y aura un ralentissement de la croissance mais si l'économie mondiale se dirige vers une récession".

Aux Etats-Unis, la première estimation de l'indice de confiance de l'université du Michigan, à 14h00 GMT, donnera aux indicateurs des indications sur l'impact de l'épidémie et de la chute de Wall Street sur le moral des consommateurs. Le consensus Reuters attend une chute de six points à 95.

LES VALEURS À SUIVRE À WALL STREET

VALEURS EN EUROPE

Le rebond général des marchés actions européens profite à l'ensemble des secteurs mais il est plus marqué pour ceux qui ont le plus souffert ces derniers jours: l'indice Stoxx des matières premières gagne ainsi 9,51%, celui du pétrole et du gaz 9,23%, celui des banques 8%.

A Paris, Crédit agricole reprend 12,89%, Société générale 11,78% et BNP Paribas 8,45%.

Air France-KLM bondit de 16,63%. Le groupe de transport aérien a annoncé avoir tiré 1,1 milliard d'euros sur une ligne de crédit renouvelable et disposer au total de plus de 5,5 milliards d'euros de liquidités.

La descente aux enfers n'est pas pour autant finie pour tout le monde: le tour-opérateur TUI perd ainsi 2,57% et porte à près de 30% sa baisse sur la semaine.

TAUX La hausse des actions s'accompagne d'une remontée des rendements obligataires: celui du Bund allemand à dix ans prend plus de 15 points de base à -0,577%, au plus haut depuis huit jours et son équivalent français près de 12 points à -0,019%.

A contre-courant de la tendance dominante, les rendements italiens repartent à la baisse après l'envolée favorisée jeudi par les déclarations de Christine Lagarde selon lesquelles la BCE n'a pas pour mission de réduire les spreads: celui des BTP à dix ans, qui avait pris plus de 40 points pour retrouver son niveau de juillet dernier à près de 2%, revient sous 1,68%.

Ce reflux est favorisé entre autres par les propos d'Ignazio Visco, le gouverneur de la Banque d'Italie, assurant que la BCE pouvait privilégier temporairement certains émetteurs dans le cadre de ses achats de titres sur les marchés si elle juge que la hausse de leurs coûts de financement nuit à l'efficacité de sa politique.

CHANGES

Sur le marché des devises, le dollar poursuit sa remontée face aux autres grandes devises; le billet vert continue de profiter des signes de tensions observés ces derniers jours sur le marché du financement en dollars, même si ceux-ci sont désormais un peu moins marqués.

L'euro se traite autour de 1,1160 dollar après la chute de 0,7% subie jeudi, liée entre autres à la déception d'une partie des cambistes face aux décisions de la BCE.

PÉTROLE

Les cours du brut sont en forte hausse mais devraient enregistrer sur l'ensemble de la semaine leur plus forte baisse hebdomadaire depuis 2008.

Le Brent gagne 5,78% à 35,14 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 5,52% à 33,24 dollars.

Malgré ce rebond, le Brent affiche pour l'instant une chute de plus de 20% en cinq séances. Et selon une enquête de Reuters, il devrait rester proche de ses récents plus bas pendant plusieurs mois, avec un consensus ramené à 42 dollars le baril pour cette année contre 60,63 dollars en février.

(Marc Angrand, édité par Jean-Michel Bélot)