BRUXELLES, 3 avril (Reuters) - Les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Otan se réunissent mercredi afin de discuter des moyens d'inscrire l'aide à l'Ukraine dans la durée, notamment en examinant des propositions visant à mettre en place un fonds de 100 milliards d'euros sur cinq ans et à protéger l'aide apportée à Kyiv.

Ces propositions, présentées par le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, donneraient à l'Alliance un rôle plus actif dans la coordination des livraisons d'armes, de munitions et d'équipements à l'Ukraine, selon des diplomates.

Les ministres examineront ces plans mercredi et jeudi à Bruxelles, lors d'une réunion organisée à l'occasion du 75e anniversaire de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord.

Aux termes des propositions, l'Otan exercerait certaines des prérogatives du Groupe de contact sur la défense de l'Ukraine, une décision qui vise à se prémunir contre un éventuel changement de la position américaine sur le soutien à Kyiv dans l'éventualité où Donald Trump remporterait l'élection présidentielle aux Etats-Unis en novembre, ont dit des diplomates.

L'Otan, en tant qu'organisation, ne s'est jusqu'à présent concentrée que sur l'aide non létale à l'Ukraine, craignant d'exacerber les tensions avec la Russie si elle jouait un rôle plus actif.

Des diplomates ont indiqué que la position selon laquelle il était temps d'inscrire l'aide militaire à l'Ukraine dans la durée gagnait du terrain au sein de l'Alliance.

Certains ont déclaré que les menaces du président russe Vladimir Poutine, selon lesquelles il considérerait les différentes mesures prises par les alliés de l'Otan comme une escalade, n'avaient pas entraîné de représailles à leur encontre.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, qui participera à la réunion de Bruxelles, a déclaré mardi que l'Otan réfléchissait à des mesures en vue d'une adhésion de l'Ukraine à l'Alliance.

L'Otan a indiqué par le passé que l'avenir de l'Ukraine se trouvait dans l'Alliance, mais que Kyiv ne pourrait pas y adhérer tant que la guerre durerait.

L'Otan s'est refusée à tout commentaire sur les propositions avancées par Jens Stoltenberg, mais un responsable de l'Alliance a déclaré que les ministres "discuteraient du meilleur moyen d'organiser le soutien de l'Otan à l'Ukraine, afin de le rendre plus fort, prévisible et durable".

"Aucune décision définitive ne sera prise lors des réunions organisées au niveau ministériel en avril et les discussions continueront à l'approche du sommet de Washington, en juillet", a dit ce responsable, qui préfère conserver l'anonymat.

DÉBUTS

Les diplomates ont prévenu que les discussions sur les propositions n'en étaient qu'à leurs débuts qu'il n'était pas certain que le montant de 100 milliards d'euros soit approuvé. Les décisions de l'Otan, qui compte 32 membres, sont prises par consensus.

"Il s'agit en quelque sorte d'une protection dans l'éventualité où Donald Trump serait élu (président des Etats-Unis). Mais il est impossible de créer quelque chose qui soit à l'épreuve de Trump", a déclaré un autre diplomate à propos de la proposition visant au transfert de certaines des prérogatives du Groupe de contact sur la défense de l'Ukraine à l'Otan.

"Un fonds d'un montant de 100 milliards d'euros semble être (une proposition) très optimiste", a-t-il ajouté.

La réunion des ministres des Affaires étrangères des pays de l'Otan intervient alors que l'organisation cherche à trouver un successeur à Jens Stoltenberg, qui occupe les fonctions de secrétaire général de l'Alliance depuis près de 10 ans.

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, bénéficie du soutien de 90% des membres de l'Alliance, selon des diplomates. La Hongrie et le président roumain, Klaus Iohannis, ont toutefois exprimé leur opposition à sa nomination.

Certains diplomates espéraient qu'un successeur à Jens Stoltenberg soit choisi lors de la réunion de Bruxelles, mais ils ont indiqué que davantage de temps serait désormais nécessaire. Plusieurs d'entre eux se sont toutefois dit convaincus que Mark Rutte serait finalement nommé au poste de secrétaire général de l'Otan.

(version française Camille Raynaud)

par Andrew Gray et John Irish