Seize ans après avoir été sauvée de la faillite par l’État britannique au plus fort de la crise financière mondiale, NatWest, anciennement Royal Bank of Scotland (RBS), est redevenue vendredi une banque entièrement privée. Cette évolution marque la fin d’un chapitre historique pour le système bancaire britannique et pour l’un de ses établissements les plus emblématiques.
Voici un retour chronologique sur le parcours sinueux de la banque, entre excès d’avant-crise, chute vertigineuse, restructuration massive et tentative de rédemption.
2007-2008 : l’ascension irréfléchie et la chute brutale
- 3 avril 2007 : RBS mène un consortium dans le rachat de la banque néerlandaise ABN AMRO pour 70 milliards d’euros, la plus grosse acquisition bancaire jamais réalisée. Cette opération précède de peu l’effondrement des marchés liés à la crise des subprimes.
- Avril 2008 : RBS tente de se recapitaliser avec une levée de fonds record de 12 milliards de livres pour faire face à une dépréciation de 5,9 milliards de livres sur ses actifs toxiques.
- Octobre/novembre 2008 : Le gouvernement britannique intervient en injectant 20 milliards de livres pour éviter la faillite de la banque. En janvier 2009, une nouvelle aide de 25 milliards de livres porte la participation de l’État à environ 82% du capital. Stephen Hester remplace Fred Goodwin à la direction générale.
2009-2013 : désillusion, sanctions et restructuration
- Décembre 2010 : Malgré des décisions jugées catastrophiques, Fred Goodwin et son équipe échappent à toute sanction de la part du régulateur financier britannique (FSA), qui pointe pourtant une série d'erreurs de gestion.
- Décembre 2011 : La FSA publie un rapport accablant sur la gouvernance de RBS avant la crise et reconnaît aussi ses propres carences dans la supervision.
- Septembre 2012 : RBS renforce son plan de réduction d’effectifs dans sa banque d’investissement. Au total, 34 000 postes sont supprimés depuis l’arrivée de Hester.
- Février 2013 : RBS est condamnée à une amende de 612 millions de dollars pour manipulation du Libor et d’autres taux de référence mondiaux.
2013-2019 : renaissance prudente sous McEwan
- Août 2013 : Ross McEwan prend les rênes de la banque et initie une décennie de transformation radicale. Il réduit drastiquement la taille de la banque d’investissement, vend les actifs toxiques de l’ère de la crise et règle des litiges juridiques en suspens.
- Juillet 2017 : RBS conclut un accord de 835 millions de livres avec la Commission européenne pour favoriser la concurrence, marquant la fin des engagements d’aides d’État liés au sauvetage.
- Octobre 2018 : RBS verse son premier dividende depuis la crise, symbole du retour à une certaine stabilité.
- Avril 2019 : McEwan annonce son départ, remplacé plus tard par Alison Rose, première femme à diriger une grande banque britannique.
2020-2024 : rebranding, scandales et incertitudes politiques
- Juillet 2020 : RBS devient NatWest, pour tirer un trait sur une marque ternie, notamment par le scandale de sa division Global Restructuring Group, accusée de maltraiter les PME entre 2007 et 2012.
- Juillet 2023 : Rose démissionne après avoir révélé à un journaliste des informations confidentielles sur les comptes bancaires de Nigel Farage, déclenchant une tempête politique et médiatique.
- Octobre 2023 : Le régulateur financier britannique identifie de potentielles violations réglementaires dans la gestion de l’affaire Farage.
- Février 2024 : Paul Thwaite est confirmé au poste de directeur général après avoir assuré l’intérim depuis juillet 2023.
- Mai 2024 : Le gouvernement annule un projet de vente publique de parts dans NatWest, dans le contexte de la campagne pour les élections générales convoquées par l’ancien Premier ministre Rishi Sunak.
30 mai 2025 : retour à la propriété privée
Après des années de désengagement progressif de l’État et d’efforts pour redorer son image, NatWest redevient une banque entièrement privée, près de deux décennies après avoir frôlé la faillite. Si son histoire est désormais détachée du contrôle gouvernemental, la banque reste marquée par son passé tumultueux, et les leçons tirées de sa chute continueront d’alimenter les débats sur la régulation du secteur financier pour les années à venir.


















