La manière dont cette acquisition s’est tramée en coulisses fera hausser plus d’un sourcil. Pourtant pas du genre à avancer les yeux bandés — voir EQT s'impose comme la plus belle référence du private equity européen — la firme de private equity contrôlée par la famille Wallenberg indiquait en effet n’avoir mené aucune due diligence au-delà de la simple collecte d’informations déjà dans le domaine public.

Voilà qui assommera sans doute la cohorte de vendeurs à découvert qui était montée à l’assaut de Fortnox, suspectée par ces derniers de truquer ses comptes et ses communications aux investisseurs. Encore auréolé de sa chasse au voleur dans l’affaire Wirecard, le Financial Times s’était fait l’écho de leurs soupçons, renforcés par la suite par le départ-surprise du directeur général Tommy Eklund.

EQT intervient-il pour sauver les meubles et laver à l’abri des regards le linge sale qu’il aurait été impossible de déballer en public ? Ou bien sur l’authentique base des fondamentaux économiques et financiers de l’affaire ?

D'abord, le rachat a été négocié à environ soixante-quinze fois le profit réalisé en 2024. Profit qui, soulignons-le, fit plus que doubler en cinq ans. A ce titre, on peut raisonnablement supputer que le célèbre fonds n’aurait jamais payé un multiple si généreux pour une fraude patentée ; voici donc qui semble exclure la première hypothèse.

L'acquisition de Fortnox conforte à ce titre les recommandations de notre analyste-star Tommy Douziech — voir à ce sujet Fortnox : Une small cap de haute voltige et Fortnox : Solutions addictives. Tommy ne cachait pas son enthousiasme pour l’entreprise suédoise, sans manquer toutefois de signaler qu’elle rencontrerait de substantiels défis à exporter ses services.

En l’occurrence, peu de fonds peuvent se prévaloir de l’expertise d’EQT — plus qu’éprouvée — pour l’aider à surmonter cet obstacle. Il s’agit donc semble-t-il d’un mariage de raison entre les deux parties. 

Ensuite, l’équipe d’analystes de Zonebourse s’était penchée sur les rumeurs de malversation autour des comptes de Fortnox, mais n’avait relevé à l’époque aucun indice qui aurait pu la faire douter de leur intégrité. 

Sur les cinq dernières années, l’entreprise suédoise a généré — en dollars américains — un cash-flow libre de $112 millions en agrégat. Ce montant et ses utilisations sont facilement traçables : $25 millions ont été orientés vers le désendettement ; $30 millions distribués en dividendes ; tandis que le reste s’empilait au bilan.