La série de neuf semaines de hausse consécutives à Wall Street s'est interrompue brutalement vendredi. Les valeurs technologiques, portées jusqu'alors par un optimisme débordant, ont enregistré leur plus fort repli quotidien depuis avril 2025, après qu'un rapport sur l'emploi très solide en mai a ravivé les craintes d'un durcissement monétaire de la Réserve féderale américaine.

Les ventes se sont concentrées sur le secteur des puces et d'autres valeurs technologiques phares qui s'étaient envolées ces dernières semaines, propulsant à maintes reprises le Nasdaq Composite et le S&P 500 vers de nouveaux sommets.

Les trois principaux indices boursiers américains ont clôturé en nette baisse, la chute des semi-conducteurs entraînant le Nasdaq, à forte composante technologique, vers sa plus lourde perte en pourcentage sur une séance depuis avril 2025.

L'indice Philadelphia SE Semiconductor a subi son plongeon quotidien le plus sévère depuis mars 2020, effaçant plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Le S&P 500 a mis fin à sa séquence de neuf gains hebdomadaires consécutifs, sa plus longue période de hausse depuis celle qui s'était achevée en décembre 2023.

'Après le rallye record observé ces neuf dernières semaines sur les actions, en particulier dans la tech et les semi-conducteurs, la digue a fini par céder aujourd'hui', a déclaré Ryan Detrick, stratége de marché en chef chez Carson Group à Omaha. 'De toute évidence, ce rapport sur l'emploi plus vigoureux que prévu place la Fed dans une position délicate concernant toute baisse de taux d'ici la fin de l'année. Le marché manifeste son mécontentement en sanctionnant les grands gagnants de l'année.'

La remontée des taux d'intérêt et le conflit en Iran ont pesé sur le sentiment à l'approche du week-end, bien que de nombreux investisseurs disent s'attendre à une poursuite du rallye technologique.

'La réaction du marché aujourd'hui a été davantage dictée par le positionnement que par les fondamentaux', a estimé Ohsung Kwon, stratége actions chez Wells Fargo. 'Le secteur des semi-conducteurs était en zone de surachat massif. C'est ce qui explique ce mouvement de vente. Je ne pense pas que ce soit la fin du cycle haussier pour les puces.'

L'économie américaine a créé 172 000 emplois en mai, selon le département du Travail, soit plus du double des attentes des analystes, tandis que le taux de chômage s'est maintenu à 4,3%. Ce rapport robuste est à double tranchant : s'il rassure sur la santé économique des États-Unis, il balaie quasiment tout espoir d'un assouplissement monétaire de la Fed à court terme.

Les marchés financiers intègrent désormais une probabilité de 42,7% pour une hausse des taux à l'issue de la réunion de la Fed en décembre, selon l'outil FedWatch du CME.

L'amenuisement des espoirs d'une résolution rapide du conflit au Moyen-Orient et d'une réouverture du détroit d'Ormuz alimente les craintes de voir les pressions sur les prix de l'énergie se muer en une inflation systémique plus large.

L'Iran a réaffirmé son soutien au Hezbollah et exigé le retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban, complexifiant davantage les efforts pour conclure un accord de paix à court terme qui permettrait la reprise du trafic dans ce détroit crucial. L'administration du président américain Donald Trump a négocié trois trêves, et bien que les combats aient nettement diminué, les deux parties continuent d'échanger des frappes aériennes.

Le Dow Jones Industrial Average a reculé de 695,15 points, soit 1,35%, à 50 866,78 points, le S&P 500 a lâché 200,57 points, soit 2,64%, à 7 383,74 points et le Nasdaq Composite a perdu 1 121,53 points, soit 4,18%, à 25 709,43 points.

Parmi les 11 secteurs du S&P 500, la technologie a plongé de 5,8%, tandis que les biens de consommation de base ont affiché la meilleure performance relative.

Nvidia, la plus grosse capitalisation boursière mondiale, a perdu 6,2%, tandis qu'Intel, Micron, AMD et Broadcom ont glissé de 7,9% à 13,3%.

Lululemon Athletica a chuté de 8,6% après que le fabricant de vêtements de sport a abaissé ses prévisions de bénéfice annuel et projeté des résultats pour le deuxième trimestre bien en deçà des estimations de Wall Street.

Cooper Companies a progressé de 8,6% après que le fabricant de lentilles de contact a dépassé les attentes pour ses résultats du deuxième trimestre.

Les sociétés liées aux crypto-monnaies Coinbase et Strategy ont reculé respectivement de 7,1% et 6,9%, pénalisées par la baisse de 4,1% du bitcoin.

S&P Global a déclaré qu'il ne modifierait pas les critères d'éligibilité de ses principaux indices, ce qui exclut de fait une entrée rapide de SpaceX, la société d'Elon Musk, au sein du S&P 500 après son introduction en bourse, laquelle s'annonce comme la plus importante au monde.

S&P Dow Jones Indices annoncera les résultats de son rebalancement après la clôture des marchés. Le fabricant de puces Marvell Technology, dont la valorisation dépasse les 270 milliards de dollars, figure parmi les candidats à l'intégration de l'indice de référence.

Sur le NYSE, le nombre de valeurs en baisse a dépassé celui des valeurs en hausse selon un ratio de 3,14 contre 1. On y a dénombré 132 nouveaux sommets et 249 nouveaux plus bas.

Sur le Nasdaq, 1 074 actions ont progressé contre 3 737 en baisse, soit un ratio de 3,48 contre 1 en faveur des déclins.

Le S&P 500 a enregistré 14 nouveaux plus hauts sur 52 semaines et trois nouveaux plus bas, tandis que le Nasdaq Composite a inscrit 83 nouveaux sommets et 178 nouveaux planchers.

Le volume sur les bourses américaines a atteint 22,89 milliards de titres échangés, contre une moyenne de 20,29 milliards sur les 20 dernières séances.