JP Morgan AM a-t-elle initié un mouvement irréversible ? En janvier, la société de gestion a décidé de rompre ses contrats avec des « proxy advisors » et de faire appel à un outil d’intelligence artificielle (IA) pour l’assister dans l’analyse des résolutions proposées lors des assemblées générales.

En tout cas, le recours croissant à l’IA dans ce domaine a conduit le cabinet Reputation Age à engager une expérimentation. Contrairement à JP Morgan AM (qui s’appuie sur un outil propriétaire), Reputation Age a simplement demandé à Chat GPT de lui donner des recommandations de vote pour les AG 2026 des groupes du CAC 40

Un profil d’actionnaire individuel

Les votes pouvant varier selon la nature de l’actionnaire, le cabinet s’est présenté comme un investisseur individuel, engagé à long terme et sensibles aux critères ESG, c’est -à-dire attentif à la gouvernance, à la politique de rémunération, aux enjeux climatiques et à la préservation de ses droits au capital.

Les augmentations de capital dans le viseur

Au total, 870 résolutions ont été passées en revue, les auteurs donnant même le détail des résultats groupe par groupe.

De manière plus générale, l’outil a suggéré un vote favorable pour 73% des résolutions analysées, Airbus et L’Oréal atteignant par exemple le score de 100%.

Les recommandations de vote contre concernent trois principaux points. Chat GPT a suggéré de rejeter 85% des résolutions relatives à une augmentation de capital sans DPS. Les rémunérations de dirigeants (38% de rejet) et les rachats d’actions (34% de rejet) ont aussi été dans le viseur de l’IA.

Une aide et non un substitut

"L’IA ne remplace pas le jugement humain mais elle le facilite", rappelle l’étude. Mieux vaut en effet garder ce principe à l’esprit car le travail mené par Reputation Age fait apparaître quelques incohérences. Chez Eiffage, l’IA propose par exemple de rejeter la rémunération du directeur après avoir pourtant validé en amont la politique de rémunération basée sur les mêmes critères. Chez ArcelorMittal, le cabinet a même décelé une erreur sur l’évolution du résultat net pris en argument.

Aux entreprises de s’adapter

Si le conseil en matière de vote constitue à l’évidence un débouché pour l’IA, cette dernière doit encore faire des progrès pour être en mesure de s’imposer comme une alternative crédible et efficace aux sociétés traditionnelles de conseil (proxy advisors).

C’est en tout cas dans le camp des entreprises que Reputation Age renvoie la balle. "Lorsqu’un rapport de rémunération affirme que les critères ESG représentent une part significative du variable sans préciser le pourcentage, l’IA signale un déficit de transparence" , note l’étude.

Autrement dit, pour éviter des interprétations erronées ou simplement malheureuses, il appartient aux entreprises de mieux structurer les informations qu’elles diffusent en gardant à l’esprit que ces données ne seront plus à l’avenir consultées uniquement par des humains mais aussi et surtout par des intelligences artificielles chargées de produire des recommandations.