Deux parlementaires américains, experts en sécurité nationale, ont averti dimanche que le choix de Bill Pulte par le président Donald Trump comme conseiller principal au renseignement pourrait entraver le renouvellement d'une loi sur la surveillance étrangère arrivant à échéance.

Le Sénat et la Chambre des représentants font face à une date limite fixée à vendredi pour reconduire l'article 702 de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act). Ce texte autorise les agences de renseignement américaines à surveiller les courriels et autres communications de ressortissants étrangers hors des États-Unis sans mandat judiciaire individuel.

Trump a désigné Pulte, dépourvu d'expérience dans le domaine de la sécurité, au poste de directeur par intérim du renseignement national, en remplacement de Tulsi Gabbard, dont la démission a pris effet le 30 juin.

Pulte conserverait également ses fonctions à la tête de la Federal Housing Finance Agency (FHFA). Sa nomination temporaire à la direction du renseignement national a suscité l'indignation de membres du Congrès, tant démocrates que républicains, en raison de son manque de qualifications.

Les démocrates soutiennent par ailleurs que Pulte a déjà fait preuve d'une propension à utiliser son poste dans le financement du logement pour attaquer ceux que Trump perçoit comme ses ennemis.

Cette nomination revient à lancer une 'grenade dégoupillée' au milieu du débat parlementaire, à quelques jours de l'expiration de la loi FISA, a déclaré le sénateur Mark Warner de Virginie, principal démocrate de la commission du renseignement du Sénat, lors de l'emission 'This Week' sur ABC.

Vendredi, le Sénat a bloqué une tentative d'ouverture des débats sur le renouvellement de la FISA, mais le chef de la majorité, John Thune, républicain du Dakota du Sud, a indiqué aux journalistes qu'une nouvelle tentative aurait lieu cette semaine.

Le soutien des démocrates est indispensable pour que le projet de loi soit adopté par le Sénat. Ces derniers ont prévenu qu'ils ne voteraient pas le texte à moins que Trump ne revienne sur la nomination de Pulte.

Trump a déclaré jeudi qu'il n'envisageait pas de nommer Pulte au poste de directeur 'permanent' du renseignement national. Toutefois, celui-ci peut exercer ses fonctions par intérim pendant 210 jours sans confirmation du Sénat.

Le représentant Jim Himes, plus haut responsable démocrate de la commission du renseignement de la Chambre, a déclaré sur CBS que le calendrier de la nomination de Pulte rendait incertain le renouvellement de la FISA.

'On ne pouvait pas imaginer pire moment', a-t-il affirmé. 'S'il nous fallait voter un autre projet de loi dans le contexte de l'affaire Bill Pulte, je ne pense pas que nous y parviendrions.'

Le représentant Michael McCaul, républicain du Texas également invité sur ABC, a déclaré : 'Je ne pense pas qu'il soit légalement qualifié' compte tenu de son absence totale d'expérience.

Cependant, McCaul, ancien président de la commission de la sécurité intérieure et de la commission des affaires étrangères de la Chambre, a estimé que ce serait 'l'acte le plus irresponsable du Congrès en 22 ans de mandat' si les législateurs ne parvenaient pas à renouveler la FISA juste avant le début de la Coupe du monde de la FIFA en Amérique du Nord, et alors que débutent les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis.

Bien que Pulte ne soit pas qualifié pour un poste permanent, le sénateur républicain Dave McCormick a souligné que le président dispose d'autres responsables vers qui se tourner pour obtenir des conseils en matière de renseignement, tels que le directeur de la CIA John Ratcliffe et le secrétaire d'État Marco Rubio, qui est également le conseiller à la sécurité nationale de Trump.

'Bill Pulte sera une solution temporaire en attendant que nous nommions de façon permanente une personne qualifiée', a déclaré McCormick sur Fox News.

Avant le choix de Pulte, le Sénat et la Chambre étaient en passe d'adopter un projet de loi de compromis après de longues négociations. Désormais, même les républicains craignent que le renouvellement ne soit entravé.

'C'est avec regret que nous vous demandons de prévoir une éventuelle interruption majeure dans la collecte de renseignements extérieurs', peut-on lire dans une lettre adressée vendredi à Rubio par les sénateurs républicains Tom Cotton et Chuck Grassley.

Dans ce courrier, révélé par Punchbowl, Cotton et Grassley imputent la situation au chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer. Mais pour Himes, il s'agit d'un aveu que Pulte est bien le coeur du problème.

'Je pense qu'ils reconnaissent d'une certaine manière la réalité : la nomination de Pulte a de fait retiré la reconduction de l'article 702 de l'ordre du jour', a conclu Himes sur CBS.