C’est quoi le concept ? La boîte vide qui valait des milliards 

Pour ceux qui auraient dormi au fond de la classe, un SPAC (Special Purpose Acquisition Company) est une société écran cotée qui n’a aucune activité opérationnelle. Sa seule raison d’être est de lever des fonds en Bourse pour racheter une entreprise privée dans un délai de deux ans et la rendre publique par fusion. C’est la voie royale pour entrer sur le marché sans passer par le calvaire d'une introduction classique. On mise sur un ticket de 10 dollars en moyenne/action, souvent assorti de bons de souscription pour attirer les investisseurs, et on espère que les fondateurs dénichent une pépite. Si le deal ne se fait pas dans les temps, on vous rend 90% de votre mise (en tenant compte des frais divers) avec quelques intérêts en plus. C'est un pari sur le flair des sponsors.

Le chèque en blanc : de l’aberration à la professionnalisation 

On revient de loin. La correction a été brutale : en 2022, l'indice IPOX SPAC a chuté de 25% et, l'année suivante, 75% des véhicules se négociaient sous leur prix d'émission (10 USD). Ce krach a été alimenté par la hausse des taux d'intérêt, qui a douché l'appétit pour le risque, et par les fiascos de cibles comme Nikola ou WeWork, cette dernière ayant fini par s'effondrer après avoir utilisé le SPAC comme une bouée de sauvetage de la dernière chance. Il faut dire qu'historiquement, le bilan est lourd : depuis 2019, à peine 11% des SPACs ont réussi à maintenir ou dépasser leur valeur de 10 USD une fois la fusion opérée.

La SEC siffle la fin de la récré 

L’époque où l’on pouvait promettre une croissance extraordinaire sur un coin de nappe est terminée. Suite à ses enquêtes, la SEC a imposé un cadre beaucoup plus strict : transparence sur les frais, contrôles bancaires renforcés et reddition de comptes. Pour les entreprises cibles, notamment dans la transition énergétique, le SPAC reste un gain de temps précieux, mais c’est désormais une autoroute avec des radars. Ce gain de clarté a restauré une confiance qui s’était évaporée en même temps que les économies des particuliers imprudents, autrefois séduits par des promesses de rendement sans risque.

Le réveil de la coquille vide 

Après une année 2023 morose à seulement 3,8 MdsUSD levés, la machine a redémarré. Sur les trois premiers trimestres de 2025, on dénombrait près de 100 introductions ayant récolté environ 20,7 MdsUSD, soit plus du double de l'année 2024 (9,6 milliards). Les célébrités en quête de reconversion, comme Serena Williams ou Shaquille O'Neal, ont laissé la place aux professionnels de la finance. En 2025, avec l'arrivée de TRUMP,  près de 80% des lancements étaient portés par des sponsors en série.En clair, les experts de la finance ont évincé les amateurs pour transformer le SPAC, désormais ce sont les mêmes fonds spécialisés qui enchaînent les lancements pour structurer le marché. On retrouve donc des vétérans du Private Equity comme Legato Merger Corp ou des spécialistes du logiciel comme Thoma Bravo, qui privilégient désormais des projets concrets dans l’IA ou le nucléaire de nouvelle génération, à l'image de Terra Innovatum, plutôt que de simples coups marketing.

Le sur-mesure face au prêt-à-porter de l’IPO 

Alors pourquoi choisir cette voie plutôt qu’une IPO traditionnelle ? D'abord pour la vitesse d'exécution, car fusionner avec une structure déjà cotée permet d'entrer en Bourse en quelques mois seulement. Ensuite pour la maîtrise du prix : le processus permet de négocier sa valorisation directement avec le sponsor, évitant la volatilité du carnet d'ordres le jour du lancement. C’est aussi un outil chirurgical pour les secteurs à temps long comme la biotech ou les technologies vertes, car il permet de partager une vision du futur plus détaillée.

En Europe, le marché est resté bien plus encadré qu’aux Etats-Unis, avec une réglementation conservatrice et l'appui de banques de premier plan. Ce cadre a favorisé des opérations plus ancrées dans l'économie réelle, à l'image de 2MX Organic (devenue Teract), privilégiant des cibles concrètes plutôt que la quête de méga-fusions ultra-spéculatives.