Le programme de développement du secteur financier de la 'Vision 2030' de l'Arabie saoudite a transformé la région en un marché de la fintech plus dynamique et en mutation rapide.
En outre, le cabinet d'analystes Mordor Intelligence a évalué le marché saoudien de la fintech à 3,2 milliards de dollars US en 2026, avec un taux de croissance annuel composé (CAGR) de 13,5 % pour atteindre 6,1 milliards de dollars d'ici 2031. Un tel rythme signifie que les entreprises opérant dans l'assurance, les paiements et le courtage numérique font face à un marché qui devrait presque doubler en cinq ans.
Dans ce contexte émerge Rasan, une plateforme saoudienne d'insurtech et de fintech qui exploite des places de marché numériques dans l'assurance automobile, le leasing, l'assurance santé, ainsi qu'une gamme restreinte mais croissante de nouveaux produits financiers.
Le leasing prend les commandes
Au premier trimestre 2026, Rasan a publié le chiffre d'affaires le plus élevé de son histoire, lequel a plus que doublé pour atteindre 261 millions de SAR (+117 % en glissement annuel) contre 121 millions de SAR précédemment.
Le segment du leasing automobile a porté le trimestre, essentiellement soutenu par des revenus récurrents provenant de la clientèle de l'exercice précédent, plutôt que par une forte acquisition de nouveaux clients sur la période. La vente au détail d'assurances automobiles a également contribué à la performance, principalement grâce à la hausse des primes et à la stabilité des volumes de polices. Le mix d'activité bascule rapidement vers le leasing, qui représente désormais 47,1 % du chiffre d'affaires, signalant une concentration accrue de la croissance.
Suivant cette tendance, le résultat net a bondi de 193,3 % sur un an pour s'tablir à 88 millions de SAR contre 30 millions de SAR, grâce notamment aux économies d'échelle réalisées. Les dotations aux amortissements étant restées limitées, l'essentiel du résultat d'exploitation s'est répercuté sur le bénéfice net.
C'est au niveau des flux de trésorerie que le tableau se ternit. Le flux de trésorerie opérationnel (CFO) a chuté à 26,9 millions de SAR contre 84,1 millions de SAR malgré la hausse des profits, plombé par une augmentation significative des créances clients. En termes simples, l'activité a crû plus vite qu'elle n'a converti ses ventes en liquidités. Le flux de trésorerie disponible (FCF) a plongé à 15,6 millions de SAR contre 75,9 millions de SAR, entraîné par la baisse du CFO.
Une valorisation au sommet ?
À 154 SAR, le cours de l'action a progressé de 91,8 % sur l'année écoulée et se maintient proche de son plus haut sur 52 semaines (155,9 SAR), témoignant d'attentes manifestement élevées. Le ratio cours/bénéfice (P/E) prospectif basé sur les résultats de l'exercice 2026 est revenu à 32,9x contre 35,6x l'an dernier ; si cela suggère une légère décompression des multiples, c'est surtout le signe que les bénéfices rattrapent le cours de bourse.
Le consensus est globalement favorable : quatre analystes sur cinq sont à l'achat, et l'objectif de cours moyen de 159,9 SAR n'implique qu'un potentiel de hausse de 3,9 %. Ce faible écart suggère que l'essentiel des gains faciles est probablement déjà réalisé.
Désormais, le titre devra probablement s'appuyer sur une exécution opérationnelle sans faille pour justifier ses niveaux de valorisation actuels, plutôt que de compter uniquement sur l'effet de momentum.
Prudence à l'horizon
Rasan fait preuve d'une exécution remarquable, mais la phase la plus aisée semble révolue. La croissance repose davantage sur la clientèle existante et la génération de cash ne suit pas le rythme des bénéfices. Ce décalage est crucial. Si les délais de recouvrement persistent ou si la croissance ralentit, même légèrement, l'attrait du dossier pourrait rapidement s'estomper. Les tensions persistantes au Moyen-Orient engendrent une incertitude économique, un resserrement de la liquidité et une demande irrégulière. Cela pourrait se traduire par des retards de paiement, une prudence dans les dépenses et une croissance plus laborieuse. Dans un environnement volatil, même une entreprise solide comme Rasan pourrait rapidement se retrouver sous pression.



















