Au sein des cinq ligues majeures du sport américain (MLB, NBA, NFL, NHL, MLS) plus d’une franchise sur cinq sont détenues en partie par certains de ces fonds. Aux États-Unis, la dynamique s’explique facilement par le fait que le cadre réglementaire a considérablement évolué. La MLB a ouvert ses portes à l’investissement institutionnel en 2019. La NBA et la NHL ont suivi en 2021 et la NFL en 2024.
En Europe, 35% des clubs de football sont aujourd’hui financés par des capitaux privés, qu’ils proviennent du capital-investissement, du capital-risque ou de consortiums divers. Des clubs de premier plan comme l’AC Milan, Chelsea F.C ou l’Atlético Madrid, qui vient tout juste d'être racheté par Apollo Sport Management en sont des exemples emblématiques.
Voir les liens du Private Equity avec le football européen ici.
Mais pourquoi ?
Autrefois, les clubs comptaient essentiellement sur trois sources de revenus : les revenus provenant des jours de match, les droits TV et les sponsors. Ces revenus sont désormais plus diversifiés et, surtout, plus stables. Aujourd’hui, les recettes des clubs les plus reconnus ne dépendent que partiellement des performances sportives.
Le capital-investissement cible généralement des secteurs matures avec une croissance soutenue, propices au type de financement utilisé, le LBO (‘leverage buy-out' ou rachat à effet de levier). Ce modèle nécessite des flux de trésorerie prévisibles pour rembourser la dette. Ça tombe bien, le sport professionnel offre une base de fans constante. Quoi de plus fidèle qu’un fan de son équipe de cœur ? Cherchez encore.
Le football et le sport en général est devenu un produit médiatique mondial avec des milliards de fans incorruptibles. La transformation numérique de la consommation des médias a ouvert de nouvelles voies de monétisation. Parmi les catalyseurs du secteur, on compte l’essor des plateformes numériques qui ont fait exploser la valorisation des droits TV, la croissance du sport féminin, des jeux vidéo, mais aussi l’accès à de nouveaux marchés. D’ici 2033, le marché mondial du sport pourrait passer de 600 à 863 milliards de dollars.
L’aspect diversification est également un facteur important. Alastair Seaman, Directeur Général du fonds Arctos Partner, actionnaire du PSG depuis 2023, des Golden State Warriors en NBA et bien d’autres encore, souligne la faible corrélation du secteur (0.2-0.3) avec le marché actions. Au-delà de la diversification structurelle, la nature des contrats permet une diversification temporelle au sein du portefeuille. C'est-à-dire que les contrats des clubs de sports, que ce soit les sponsors ou les droits télévisés sont souvent à moyen-long terme. Les cycles de droits TV et de sponsoring ne permettent pas de tirer de plus-value en quelques années, de même pour les effets de marques. Cela s’inscrit bien dans une logique de création de valeur patiente, à rebours du cycle classique du capital-investissement.
Un exemple parlant est celui de Liberty Media, holding cotée au NASDAQ, qui détient la Formule 1 depuis 2017. Depuis, la discipline a profondément évolué avec l’introduction des courses sprint le samedi pour dynamiser le format, l’augmentation du nombre d’écuries (de 10 à 12) et de courses (de 20 à 24), sans oublier la série Netflix ‘Drive to Survive’, à laquelle des accès exclusifs et uniques dans le sport ont été accordés pour montrer les coulisses du paddock. Liberty Media a aussi recentré la stratégie commerciale sur des marchés à fort potentiel comme les États-Unis, l’Arabie saoudite ou l’Asie, souvent au détriment de circuits historiques comme notre cher Grand Prix de France. Autant dire que ces initiatives ont été fructueuse, ce qui a par exemple permis l'obtention d'un contrat à plus d'un milliard de dollars sur dix ans avec Louis Vuitton. De la création de valeur, oui, quitte à parfois s'éloigner des sources du sport.
Lors d’une table ronde, Behdad Eghbali, cofondateur de Clearlake (propriétaire du Chelsea FC), a noté le sous-développement du football européen. Il déclare que pour 200 millions de fans, la capitalisation de la NFL serait de 150 milliards de dollars alors que les ligues européennes pèsent 30 milliards de dollars pour près de 4 milliards de fans. Si ces chiffres sont discutables et que la déclaration vaut ce qu’elle vaut, ils illustrent bien l’intention derrière ces investissements. Ce qui est en revanche vérifiable, c’est que le club le moins bien valorisé en NFL, les Cincinnati Bengals, est estimé à 5,25 milliards de dollars – soit l’équivalent de Manchester City, cinquième club de football le mieux valorisé au monde.
Les investisseurs se rendent donc compte qu'au-delà de contribuer à l’augmentation des revenus du secteur, il y aurait ainsi un fort potentiel de croissance des valorisations qui serait permis par des améliorations opérationnelles.
En bref, ces investissements permettent aux fonds de se diversifier, de profiter d’un marché en expansion et d’y convoquer leur expertise pour générer de la valeur. Une meilleure performance financière permet alors d’investir dans la formation, le recrutement et les infrastructures, ce qui permet en théorie de meilleurs résultats sportifs – eux-mêmes vecteurs d’une visibilité accrue et d’un potentiel marketing plus important. Pour le secteur, les changements sont déjà observables et la professionnalisation s’accélère. Que ce soit les billetteries dynamiques, le 'naming' de stades (comme l’Orange Vélodrome et le Groupama Stadium par exemple), ou encore les investissements dans des loges VIP ultra-rentables, à l’image d'un rappeur parisien (SDM) qui a dépensé 280 000 euros pour la location annuelle d’une loge privée au Parc des Princes.
D’un milieu désordonné, où la passion régnait, le sport est au cœur d'une transformation profonde et les capitaux privés en sont un acteur principal.

















