Leurs systèmes de géolocalisation désactivés pour éviter les frappes iraniennes, les Émirats arabes unis et leurs acheteurs ont récemment fait transiter plusieurs pétroliers chargés de brut par le détroit d'Ormuz. Cette stratégie vise à écouler le pétrole bloqué dans le Golfe par le conflit au Proche-Orient, selon des sources sectorielles et des données maritimes.

Ces volumes ne représentent qu'une fraction des exportations habituelles des Émirats avant la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, mais ils témoignent des risques que le producteur et les acheteurs sont prêts à prendre pour libérer les ventes de brut. Les autres producteurs du Golfe - l'Irak, le Koweït et le Qatar - ont soit interrompu leurs ventes, soit consenti d'importantes décotes pour attirer des acheteurs réticents, tandis que l'Arabie saoudite privilégie exclusivement la voie de la mer Rouge.

En avril, l'Abu Dhabi National Oil Co (ADNOC) a réussi à exporter au moins 4 millions de barils de son brut Upper Zakum et 2 millions de barils de Das sur quatre pétroliers depuis des terminaux situés à l'intérieur du Golfe, selon trois sources, les données de suivi de Kpler et une analyse satellite de SynMax.

Les cargaisons ont été soit déchargées par transfert de navire à navire (STS) vers un bâtiment ayant ensuite acheminé le pétrole vers une raffinerie d'Asie du Sud-Est, soit stockées à Oman, ou encore acheminées directement vers des raffineries sud-coréennes, d'après les trois sources - dont l'une ayant une connaissance directe du dossier et deux familières des opérations d'ADNOC - ainsi que les données de Kpler et SynMax.

Reuters fait état de ce système d'exportation pour la première fois.

ADNOC a refusé de commenter ces expéditions.

Téhéran a réagi aux attaques américano-israéliennes débutées le 28 février en fermant de fait le détroit d'Ormuz à toute exportation autre que la sienne, bloquant ainsi un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Cette fermeture, conjuguée à un blocus américain ayant stoppé les exportations iraniennes ces dernières semaines, a propulsé les cours mondiaux du brut au-delà des 100 dollars le baril.

ADNOC a dû réduire ses exportations de plus d'un million de barils par jour (bpj) depuis le début de la guerre, contre 3,1 millions de bpj l'an dernier, selon les données de Kpler. La majeure partie de ses exportations concerne la qualité Murban, acheminée par oléoduc depuis les gisements terrestres vers Fujairah.

UNE NAVIGATION PÉRILLEUSE

Les expéditions d'ADNOC s'exposent à des attaques iraniennes. Ce risque a été mis en exergue lundi par l'accusation des Émirats selon laquelle l'Iran aurait utilisé des drones pour attaquer un pétrolier vide d'ADNOC, le Barakah, alors qu'il franchissait le détroit d'Ormuz.

Les navires se déplacent avec leurs transpondeurs de système d'identification automatique (AIS) éteints, ce qui réduit les chances d'être repérés par les forces iraniennes. Cette tactique est couramment employée par l'Iran pour contourner les sanctions américaines sur ses propres exportations de pétrole.

Cela rend également difficile le suivi des volumes totaux exportés par ADNOC via les données maritimes sectorielles, ce qui signifie que les quantités expédiées depuis le Golfe en avril pourraient être plus élevées.

Toutefois, les données de Kpler montrent que le VLCC Hafeet a chargé 2 millions de barils d'Upper Zakum dans le Golfe le 7 avril et a quitté le détroit le 15 avril.

À la sortie du détroit, la cargaison a été transférée sur le VLCC battant pavillon grec Olympic Luck les 17 et 18 avril, puis acheminée vers la raffinerie de Pengerang en Malaisie, une coentreprise entre la compagnie pétrolière nationale malaisienne Petronas et Saudi Aramco, selon les données de Kpler et l'analyse de SynMax.

Le Hafeet est géré par l'unité Logistics and Services d'ADNOC, qui a décliné tout commentaire. La société grecque Olympic Shipping & Management, qui gère l'Olympic Luck, ainsi que Petronas n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Le fractionnement du pétrole par transfert STS permet à ADNOC de vendre des cargaisons plus petites et de libérer les VLCC pour qu'ils retournent rapidement dans le Golfe pour de nouveaux chargements.

L'une des cargaisons fractionnées d'Upper Zakum a été acheminée vers une raffinerie d'Asie du Nord-Est et vendue avec une prime record de 20 dollars par baril par rapport au prix de vente officiel d'ADNOC, a précisé la source ayant une connaissance directe du dossier.

Concernant le brut Das d'Abou Dhabi, le VLCC Aliakmon I a chargé 2 millions de barils de cette qualité le 27 avril et a quitté le détroit le 2 mai, pour décharger au terminal de stockage de Ras Markaz à Oman le 3 mai, selon Kpler.

Kpler et SynMax ont également identifié deux pétroliers Suezmax - l'Odessa et le Zouzou N. - transportant chacun un million de barils d'Upper Zakum vers la Corée du Sud après avoir franchi le détroit.

Ces trois pétroliers sont gérés par la société grecque Dynacom Tankers Management. L'identité de l'affréteur des navires de Dynacom n'a pas pu être établie et l'entreprise n'a pas répondu à une demande de commentaire.

ADNOC a l'intention de poursuivre ses ventes de pétrole depuis l'intérieur du détroit, ayant informé certains clients fin avril qu'ils pourraient charger du brut Das et Upper Zakum à partir de mai via des transferts STS dans des ports hors du Golfe, notamment à Fujairah et Sohar à Oman.

La compagnie mène des discussions avec des raffineurs asiatiques pour vendre des cargaisons de Das et d'Upper Zakum prévues pour un chargement en mai, ont indiqué la source proche des plans d'ADNOC et une source au sein du raffinage indien, ayant requis l'anonymat car elles ne sont pas autorisées à s'exprimer dans les médias.