En plus de sa marque éponyme, qui réalise 3,5 milliards d'euros de ventes, et de la très en vogue Miu Miu, qui en réalise 1,2 milliard, Versace donne désormais à Prada un troisième pilier sur lequel appuyer son expansion.

Sous-exploité par son précédent propriétaire, l'américain Capri Holdings, Versace devrait ainsi ajouter environ 800 millions d'euros de ventes à l'ensemble consolidé. Financée par de l'endettement bancaire, cette transaction à 1,5 milliard d'euros valorise Versace à moins de deux fois son chiffre d'affaires.

C'est un beau multiple pour cette icône du luxe, et un rachat réalisé à un moment opportun, dans un contexte de stress pour l'ensemble du secteur. On saluera ici le sens du timing d'Andrea Guerra, qui ramène dans la péninsule une icône du luxe italien restée très populaire auprès des jeunes générations.

Prada réalisait 5,4 milliards d'euros de ventes l'an dernier. En plus de Prada et Miu Miu, sa marque Church's et son segment de licences en lunetterie et parfums généraient presque 700 millions d'euros. Avec l'ajout de Versace, le nouvel ensemble consolidé devrait atteindre 6,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Deux fois le chiffre d'affaires, c'est donc également la valorisation de Prada post-acquisition puisque sa capitalisation boursière est actuellement de 13 milliards d'euros. Il s'agit ici d'une valorisation qui évolue sur ses plus bas historiques, pour un groupe dont la moyenne se situe plutôt aux alentours de quatre fois le chiffre d'affaires.

Par ailleurs, il est à tous les égards raisonnable de supputer que l'addition de Versace se traduira par un profit d'exploitation consolidé compris entre 1,2 et 1,4 milliard d'euros. Pro forma, la valeur d'entreprise de Prada, qui devrait approcher 17 milliards d'euros une fois la nouvelle dette bien comptabilisée, représente donc un multiple entre 12 et 14 fois le profit d'exploitation attendu l'an prochain. Il s'agit là aussi d'un multiple sur ses planchers historiques.

Il est probable que la cotation à Hong Kong desserve désormais le groupe plus qu'elle ne lui rend service. S'il fut un temps envisagé de créer une double cotation à Milan pour repiquer l'intérêt des investisseurs institutionnels, cette piste semble avoir été remise à plus tard.