DUBAI, 10 janvier (Reuters) - Les autorités de Téhéran ont menacé samedi de durcir encore la répression du mouvement de contestation en cours en Iran, les gardiens de la Révolution pointant la responsabilité de "terroristes" derrière les manifestations et désignant la sécurité du pays comme une "ligne rouge".
A la nuit tombée, de nouveaux rassemblements ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Téhéran et dans d'autres villes comme Rasht (nord), Tabriz (nord-ouest) et Shiraz et Kerman dans le Sud, à en croire des vidéos postées en ligne - que Reuters n'a pas été en mesure d'authentifier dans l'immédiat - malgré le black-out imposé par les autorités depuis deux jours.
Donald Trump, qui a agité plusieurs fois ces derniers jours l'hypothèse d'une intervention américaine en soutien des protestataires, a posté samedi un nouveau message sur son réseau Truth Social en affirmant que les Etats-Unis étaient "prêts à aider" l'Iran qui "aspire à la liberté comme peut-être jamais auparavant".
Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d'Iran, renversé en 1979, a quant à lui lancé depuis les États-Unis où il vit en exil un nouvel appel à la mobilisation en appelant les manifestants à mettre "à genoux" la République islamique.
"Notre objectif n'est plus seulement de descendre dans la rue, mais de nous préparer à nous emparer des centres-villes et à les tenir", a-t-il déclaré dans un message sur X, appelant les employés des secteurs clés de l'économie, dont les transports, le pétrole et le gaz, à entamer une grève générale.
L'ARMÉE RÉSOLUE À "PROTÉGER LES INTÉRÊTS NATIONAUX"
Dans des images diffusées vendredi sur les réseaux sociaux, on peut voir de vastes foules rassemblées à Téhéran et des feux allumés dans les rues.
Dans une vidéo authentifiée par Reuters, montrant une manifestation nocturne dans le quartier de Saadatabad, un homme affirme que la foule s'est emparée du secteur et crie "Mort au dictateur, mort à Khamenei", en référence au guide suprême de la Révolution Ali Khamenei qui tient les rênes de la République islamique.
Les médias officiels ont déclaré samedi qu'un bâtiment municipal avait été incendié à Karaj, à l'ouest de Téhéran, et ont accusé des "émeutiers". La télévision d'État a diffusé des images de funérailles de membres des forces de sécurité tués, selon elle, lors de manifestations dans les villes de Shiraz, Qom et Hamedan.
Les Gardiens de la révolution ont prévenu samedi que la sécurité du pays et les acquis de la révolution islamique de 1979 étaient des "lignes rouges" pour les manifestants.
Dans un communiqué publié par des sites d'information semi-officiels, l'armée a accusé de son côté Israël et des "groupes terroristes hostiles" de chercher à "porter atteinte à la sécurité publique du pays".
"L'armée, sous le commandement du commandant en chef suprême, et les autres forces armées, en plus de surveiller les mouvements de l'ennemi dans la région, protégeront et sauvegarderont résolument les intérêts nationaux, les infrastructures stratégiques du pays et les biens publics", indique le communiqué.
Un habitant joint par téléphone dans l'ouest de l'Iran a déclaré que des membres des Gardiens de la révolution étaient déployés et ouvraient le feu sur les manifestants. Il n'a pas souhaité être identifié pour des raisons de sécurité.
65 MORTS, DES CENTAINES D'ARRESTATIONS
L'organisation iranienne de défense des droits humains HRANA a déclaré avoir recensé 65 morts, dont 50 manifestants et 15 membres des forces de sécurité, à la date du 9 janvier. Selon l'organisation de défense des droits de l'homme Hengaw, basée en Norvège, plus de 2.500 personnes ont été arrêtées au cours des deux dernières semaines.
L'agence semi-officielle Tasnim a annoncé l'arrestation de 100 "émeutiers armés" dans la ville de Baharestan, près de Téhéran.
Un médecin du nord-ouest de l'Iran a déclaré que depuis vendredi, un grand nombre de manifestants avaient été amenés à l'hôpital. Certains ont été violemment battus, souffrant de blessures à la tête, de jambes et de bras cassés, ainsi que de profondes coupures, a-t-il dit.
Les manifestations, parties du Grand Bazar de Téhéran le 28 décembre dernier, se sont étendues à la majeure partie de l'Iran au cours des deux dernières semaines, d'abord en réponse à l'inflation galopante, puis en prenant une tournure de plus en plus politique contre le pouvoir en place.
Donald Trump, qui n'a pas souhaité pour le moment rencontrer Reza Pahlavi, avait déjà averti Téhéran la semaine dernière que les États-Unis pourraient venir en aide aux manifestants: "Vous feriez mieux de ne pas commencer à tirer parce que nous tirerons aussi", a-t-il lancé vendredi aux dirigeants iraniens, en écho aux frappes américaines contre l'Iran l'été dernier.
Le guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a en retour accusé les manifestants d'être des "mercenaires" au service de Washington.
Le régime iranien a surmonté à de nombreux épisodes de contestation par le passé, notamment les manifestations des étudiants en 1999, après les élections contestées en 2009, contre les difficultés économiques en 2019 ou encore du mouvement "Femme, vie, liberté" en 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini.
(Bureau de Dubaï, rédigé par Tom Perry ; version française Tangi Salaün et Jean-Stéphane Brosse)


















