BRUXELLES (dpa-AFX) - Les critiques ne faiblissent pas suite à la nomination du président du conseil de surveillance de Siemens en tant que conseiller pour l'intelligence artificielle auprès de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Quatre organisations de lutte contre la corruption, dont Transparency International et Lobbycontrol, exigent le retrait de cette nomination dans une lettre ouverte adressée à la Commission européenne, invoquant d'un éventuel conflit d'intérêts.

Dans ce courrier, dont l'agence de presse allemande dpa a pris connaissance, il est précisé que la nomination du dirigeant danois Jim Hagemann Snabe risque de saper la confiance du public dans le processus décisionnel de l'UE. 'Même avec les mesures de protection les plus strictes, il ne serait pas en mesure d'agir de manière impartiale, indépendante et objective dans l'intérêt général', indique la lettre, également signée par les organisations à but non lucratif Corporate Europe Observatory et The Good Lobby.

Les ONG pointent du doigt la détention d'actions dans une société d'IA

Concrètement, les auteurs mettent en avant la position de Hagemann Snabe chez Siemens. Le conglomérat technologique a récemment profité d'une forte demande liée aux centres de données d'IA, particulièrement aux États-Unis.

Le document souligne par ailleurs que des dépôts auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, montrent que Hagemann Snabe détient toujours des actions d'une société d'IA pour une valeur supérieure à 4 millions de dollars. Quiconque profite encore aujourd'hui, via des actions, du succès des grands groupes technologiques et industriels ne peut se présenter comme un architecte indépendant de la politique européenne de l'IA, a déclaré Felix Duffy de Lobbycontrol.

La Commission européenne évoque des mesures de précaution

La Commission européenne avait annoncé la semaine dernière la nomination de son premier conseiller spécial pour l'intelligence artificielle. Hagemann Snabe conseillera la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ainsi que la vice-présidente Henna Virkkunen à ce poste jusqu'à la fin du mois de mars prochain, a précisé l'institution bruxelloise.

Un porte-parole a par ailleurs déclaré vendredi, en réponse à une question, que des mesures de précaution spécifiques seraient prises pour éviter les conflits d'intérêts. Il n'a pas fourni de détails pour des raisons de protection des données.

Doutes sur l'indépendance également chez les députés européens

La vice-présidente du Parlement européen, Katarina Barley (SPD), a également critiqué cette nomination. 'La nomination du président du conseil de surveillance de Siemens comme conseiller spécial pour l'IA laisse craindre que la politique industrielle en matière d'IA ne soit désormais menée principalement par et pour les grandes entreprises technologiques, au détriment de la protection du climat et du bien commun', a déclaré la femme politique allemande. Des eurodéputés de la Gauche et des Verts ont également fustigé la Commission européenne pour cette décision./tre/DP/men