Eric Hémar, de quels changements conjoncturels êtes-vous actuellement témoin dans le secteur de la logistique ?
"Nous n’avons pas senti de baisse de la consommation en volumes, phénomène clé pour nous et qui ne nous surprend pas vraiment compte tenu de notre exposition aux biens de grande consommation. Cette stabilité des volumes masque parfois un report sur les produits d’entrée de gamme. Par ailleurs, nous n’avons pas vu d’annulation ni de report de projet de la part de nos clients."

Plus structurellement, comment voyez-vous évoluer la consommation et les modes de consommation ?
"La montée de l’e-commerce reste très forte et la concurrence s’intensifie. De nouveaux entrants, notamment les chinois (Temu, JD.com, Shein, TikTok…) en Europe, prennent des parts de marché à des acteurs traditionnels de la distribution. Ces nouveaux acteurs ont besoin d’entrepôts en Europe, maintenant qu’ils doivent, d’ici novembre, s’acquitter de droits de douane et de TVA pour les petits colis. Leur modèle de distribution évolue donc vers un modèle beaucoup plus classique d’importation de palettes par différents moyens associée à des livraisons plus rapides. Pour nous, concrètement, à volume constant en Europe, la poussée du e-commerce sera porteuse car favorable aux investissements dans la logistique."
Quelle sera l’incidence des investissements massifs annoncés ces jours-ci par Amazon en France ?
"Il s’agit d’investissements en propre pour Amazon, l’acteur américain n’externalisant pas la gestion des petits colis. Mais plus ils se développent en France, plus ils ont des chances de nous confier les activités que la société ne gère pas en propre, c’est-à-dire les produits plus lourds, plus volumineux ou nécessitant des autorisations spécifiques (parfumerie, produits dangereux, etc.)"
Aux Etats-Unis, la tendance semble être à l’utilisation des actifs magasins (et non des entrepôts dédiés) pour l’e-commerce. Est-ce une menace pour vous ?
"C’est également une tendance en Europe mais l’entrepôt disposera toujours d’une profondeur de gamme qu’un magasin physique ne peut pas contenir. Associer davantage les magasins à l’e-commerce demande également une organisation informatique client à la fois robuste et agile, ce dont dispose Walmart aux Etats Unis par exemple. Ce n’est pas toujours le cas pour les groupes de grande distribution en Europe."
“Exigence, entrepreneuriat, solidarité” sont les valeurs qui animent le Groupe auquel vous avez donné naissance. Comment parvenez-vous à leur transmettre la culture d’entreprise malgré le changement de dimension du Groupe et les croissances externes ?
"Le succès d’ID Logistics repose toujours sur un nombre relativement faible de grands clients que nous accompagnons à l’international sur la base d’un modèle économique peu gourmand en investissements. Nos efforts sont ainsi concentrés sur une cinquantaine de clients très actifs pour lesquels nous nous employons à dupliquer et adapter pays par pays les spécificités de chacun. La culture entrepreneuriale, pays par pays, constitue un autre pilier de l’homogénéité de notre développement. Le contrôle de gestion, l’atteinte des indicateurs contractuels et le niveau d’appréciation général du client sont suivis très régulièrement, à tous les niveaux de l’entreprise, afin de garantir l’excellence opérationnelle sur chacun de nos 450 sites situés dans 19 pays. Ces atouts doivent nous permettre de doubler notre chiffre d’affaires dans les cinq prochaines années."
Comment comptez-vous passer à 70% de promotion interne dans un contexte de bouleversement des pratiques par la robotisation et l’IA ?
"Notre objectif en effet, et nous en approchons, est que 70% de nos responsables de sites soient issus de la promotion interne. Il est courant chez nous qu’un responsable de site soit entré dans l’entreprise 10 à 15 ans plus tôt en tant que préparateur de commandes et ait gravi les différents échelons de l’entreprise avec les formations associées. Notre faible turnover en France par exemple témoigne également de notre capacité à fidéliser et faire évoluer nos collaborateurs dans un métier à juste titre perçu comme difficile. Si la robotisation a toujours fait partie de notre métier, nous devons être attentifs à ne pas tendre vers deux catégories de collaborateurs, l’une réalisant des tâches basiques et l’autre très technique. Il nous faut donc veiller à maintenir des passerelles entre différents niveaux de l’organigramme. Concernant l’IA, en plus de toutes nos innovations techniques (robot autonome, jumeau numérique...) l’enjeu actuel consiste à réussir à l’intégrer à notre stratégie managériale. Nos patrons de sites doivent parvenir à intégrer l’IA pour positionner le bon collaborateur, au bon poste, au bon moment."

Eléments de résultat opérationnel d’ID Logistics (source : société)
Comment l’exercice 2026 se profile-t-il ? L’évolution des taux, du dollar et des prix de l’énergie peuvent-ils entraver le rebond de la marge nette attendu cette année par les analystes ?
"Depuis le début de notre cotation boursière, nous ne donnons pas de guidance annuelle. Cependant, forts de notre horizon de visibilité de 9-12 mois, nous sommes confiants dans la croissance à deux chiffres de notre activité en 2026, le premier trimestre ne faisant que conforter cette confiance avec une croissance de 17.2% à données comparables. Concernant les marges, nous sommes peu sensibles à la volatilité des prix de l’énergie (1 à 2% de nos charges) et à la hausse des taux, que nous refacturons plus ou moins directement à nos clients. Nous sommes par ailleurs absents du Golfe Persique. Aussi, nous visons une légère progression de notre marge opérationnelle en maîtrisant les coûts de démarrage des nouveaux contrats. Pour ce qui est de la génération de trésorerie, il s’agira d’améliorer notre BFR après le léger décalage que nous avons connu fin 2025 en raison de démarrages en fin d’année de gros dossiers. Nos capex resteront relativement élevés compte tenu des nombreux lancements de contrats e-commerce, plus intensifs en capital, en raison de l’automatisation. . Nous sommes montés à un taux de CAPEX de 4%, ce qui reste dans notre fourchette historique de 2,5 à 4,5%. En 2026, nous serons peu ou prou à ce même niveau."

Exemples parmi les 27 nouveaux contrats démarrés en 2025
Avez-vous des projets d’acquisition dans les tuyaux ?
"Nous en étudions plusieurs, mais les prix ne permettent pas toujours d’envisager un TRI suffisant. Nous cherchons à acquérir dans les pays où nous sommes déjà présents, idéalement aux Etats-Unis ou Europe du Nord et en enrichissant notre portefeuille client. Les Etats-Unis, deuxième pays pour nous après la France, nous intéressent dans la mesure où nous avons encore une part de marché limitée sur place, même si nous y réalisons plus de 20% de notre chiffre d’affaires."
Plutôt dividende ou augmentation de capital ?
"Le dividende, nous commençons à y penser dans la mesure où certains de nos actionnaires y sont attentifs. Une augmentation de capital ne serait envisagée que dans le cadre d’une acquisition cible très significative à l’échelle du Groupe."



















