Des pages entieres de journaux ont été consacrées à la métamorphose de l'Arabie saoudite, qui entend s'émanciper de son image de géant mondial du pétrole. Aujourd'hui, cette mutation s'opère sous nos yeux. Dans le cadre des objectifs très ambitieux de la Vision 2030, le royaume vise à devenir une puissance mondiale du tourisme, de la technologie—et du divertissement. Rien que ça.

L'Arabie saoudite bâtit un écosystème créatif ex nihilo dans cette dynamique de glow-up. Prenez Diriyah : ce giga-projet de plusieurs milliards de dollars vise à transformer le berceau historique du pays en pôle culturel (et, espère-t-on, en véritable machine à cash). MBC Group occupe une place centrale dans cette stratégie, ce qui explique son déménagement récent de Dubaï vers Riyad.

La bonne stratégie de départ

Avec cette relocalisation, MBC Group regarde bien au-delà de la télévision traditionnelle et ambitionne de devenir le principal conteur de la région. Son nouveau siège abrite des studios de cinéma ultramodernes, tandis que la MBC Academy forme une nouvelle génération de cinéastes saoudiens. Shahid, la plateforme de streaming arabe du groupe, exporte les histoires locales à l'international.

L'an dernier, l'entreprise a adopté la stratégie du « si tu ne peux pas les battre, rejoins-les ». En juillet 2025, elle s'est alliée à son rival Netflix pour lancer une offre d'abonnement unifiée via le nouvel agrégateur MBC Now.

En capitalisant sur son avantage de pionnier, MBC Group entend retenir ses téléspectateurs, enrichir son catalogue de plus de 9 000 titres, distancer la concurrence régionale et consolider sa place dans l'économie de la Vision 2030 saoudienne.

Le ton est monté d'un cran en septembre 2025, lorsque le PIF d'Arabie saoudite a investi près de 2 milliards $ (7,469 milliards de riyals) pour s'offrir 54 % du capital de MBC Group. Si les retombées immédiates ne figurent pas encore dans les comptes, les perspectives semblent positives pour l'instant.

Passer les chiffres au crible

Au troisième trimestre 2025, MBC Group a enregistré une hausse de 7 % de son chiffre d'affaires (810 millions SAR), portant le total sur neuf mois à 3,84 milliards SAR, soit une progression de près de 30 % sur un an. Sur la même période, le résultat net a bondi de 71 % à 427,8 millions SAR.

Le segment Broadcasting & Other Commercial Activities (BOCA) reste la vache à lait du groupe, malgré un léger repli : il a rapporté 399,9 millions SAR au T3 2025, contre 430,4 millions un an plus tôt, en raison d'une demande publicitaire plus faible et de la fin progressive du contrat SSC.

La plateforme de streaming Shahid a affiché une solide performance, avec une progression de 29 % du chiffre d'affaires au T3 2025, se rapprochant de son objectif d'équilibre prévu pour 2027. Les revenus SVOD (vidéo à la demande par abonnement) de Shahid ont bondi de 27 % à 813,6 millions SAR, portés par la croissance du nombre d'abonnés dans la région MENA.

Le segment Media & Entertainment (M&E) a enregistré 89,7 millions SAR de revenus ce trimestre, contribuant à une croissance annuelle de 80,7 % pour atteindre 687 millions SAR sur neuf mois.

Dans le rouge

Malgré des résultats financiers solides sur neuf mois en 2025, avec un bond du bénéfice net, le marché reste sceptique. Sur un an, le titre a chuté de 42 % : la conjoncture géopolitique instable a limité les recettes publicitaires ; la performance du deuxième trimestre n'a pas non plus rassuré.

Pourtant, les deux analystes suivant la valeur restent à l'achat, avec un objectif moyen de 49,30 SAR, soit un potentiel de hausse impressionnant de 79 % par rapport au cours actuel.

Risques à l'horizon

Si MBC Group a affiché des chiffres rassurants ces derniers trimestres, l'avenir s'annonce semé d'embûches. La concurrence locale promet d'être féroce, même avec un partenariat Netflix en poche. Avec des plateformes visant les mêmes publics, une guerre des contenus coûteuse pourrait rogner les marges. Désormais majoritairement contrôlé par le PIF, le groupe est étroitement lié à la réussite du calendrier Vision 2030 : si les giga-projets prennent du retard, MBC pourrait en faire les frais.

Enfin, une déstabilisation géopolitique dans la région pourrait brutalement freiner les revenus publicitaires, compromettant l'essor post-pétrole du groupe.