A force de remonter, Wall Street a effacé son passif de guerre. Le graphique du S&P 500 ressemble au V de la victoire. Tout un symbole, même si le concept de victoire est encore flou dans le conflit qui oppose les Etats-Unis alliés à Israël à l'Iran. Militairement, il n'y a pas photo : Téhéran ne peut opposer qu'une forme de guérilla, tandis que Washington peut frapper où bon lui semble ou presque. Mais l'asymétrie dans le conflit (gros moyens contre répliques limitées maximisant le désordre) se retrouve aussi dans les conséquences de la crise : le pouvoir de nuisance financière de l'Iran va bien au-delà de la taille de son économie. Les Etats-Unis, comme se plaît à le souligner de façon outrancière leur président, ont effectivement la capacité de provoquer des destructions spectaculaires dans le pays. Ils sont toutefois limités par la barrière morale de frapper directement ou indirectement la population civile, faute d'avoir réussi à pousser ladite population à faire chuter le régime.

Cette toile de fond diplomatique a permis à Téhéran de s'esquiver lors des négociations qui se sont déroulées à Islamabad le weekend dernier. Les marchés financiers, eux, pensent que cette stratégie ne durera pas. C'est ce qu'ils font passer comme message avec le rebond démarré le mardi 31 mars. Il y a un second moteur à cela, que je détaillerai un peu après. Il est probable qu'un second round de discussion ait lieu à court terme. Donald Trump a indiqué que l'Iran avait repris contact pour négocier. Son vice-président et négociateur dans le conflit, JD Vance, a fait état de progrès lors d'une interview sur Fox News, tout en ajoutant que la question méritait d'être posée aux Iraniens, car, je le cite "la balle est vraiment dans leur camp". L'Iran perdrait environ 435 millions de dollars par jour, 13 milliards par mois, en cas de blocus de ses ports, selon le chercheur à la Foundation for Defense of Democracies Miad Maleki (cité par Le Grand Continent).

Le marché achète donc la perspective de détente. C'est visible dans les cours pétroliers, qui sont redescendus de 104 à 96 USD pour le Brent ces dernières heures. C'est visible aussi dans la hausse des obligations américaines (et donc la baisse de leur rendement). Ça l'est un peu moins du côté du dollar, qui a poursuivi sa baisse contre l'euro. Ces mouvements interviennent alors que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a pris une position assez rare sur les taux, en indiquant à Semafor que la Fed a raison de temporiser et de regarder les conséquences de la guerre en Iran avant d'agir sur ses taux.

Ce que le marché achète aussi, c'est l'arrivée des résultats d'entreprises du premier trimestre. Le millésime s'annonce plutôt solide aux Etats-Unis, comme mon confrère Antoine Alves l'a souligné hier et la semaine dernière (serait-il obsédé par les résultats d'entreprises américaines comme il l'est par la Formule 1 ?). Pour jouer cela, les investisseurs sont massivement revenus sur le secteur technologique. Au début, je n'ai pas compris grand-chose au palmarès parce que beaucoup de dépêches parues hier soir parlaient d'une nouvelle ruée sur l'IA, alors que toutes les valeurs IA n'ont pas forcément flambé. En réalité, les acheteurs sont allés chercher en priorité les éditeurs de logiciels qui ont été pulvérisés dernièrement. Les ServiceNow, Workday, Adobe, Fair Isaac… des entreprises qui ont perdu au moins 30% de leur valeur depuis le 1er janvier, alors que le Nasdaq 100 est revenu hier à l'équilibre (+0,5% en 2026). Ils ont aussi continué à acheter du Dell ou du Intel. Mais 18 des 20 plus fortes hausses du Nasdaq 100 hier concernaient des entreprises en sousperformance moyenne à forte par rapport à l'indice cette année.

Cet appétit pour le risque peut sembler dangereux alors que l'IA serait en train de dévorer le secteur du logiciel, mais il procède en réalité d'un pari court-termiste : les résultats du T1 ne devraient pas encore être affectés, qu'on pense ou pas d'ailleurs qu'ils le seront à moyen terme. Comme les attentes sont relativement prudentes, un appel d'air haussier est possible après la chute violente des titres concernés. Le rythme des publications de résultats va un peu accélérer aujourd'hui, même s'il faudra attendre un peu pour connaître les premiers chiffres de la tech. LVMH a publié des données mitigées hier (le titre coté à New York perdait 3% hier, mais il a recoupé une partie de ses pertes qui étaient plus importantes en début de séance). Publicis, Sika et Givaudan sont sur les tablettes ce matin en Europe, Kering ce soir. Aux Etats-Unis, place à JPMorgan, Johnson & Johnson, Wells Fargo, Citigroup ou BlackRock.

En Asie-Pacifique, la bonne tenue des technologiques de Wall Street inspire le Japon (+2,4%), Taiwan (+2,4%) et la Corée du Sud (+3,2%), des marchés riches en valeurs du secteur. L'Australie (+0,6%) et Hong Kong (+0,3%) sont plus mesurés. L'Inde est fermée pour un jour férié. L'Europe est attendue en hausse à l'ouverture, pour rattraper le retard accumulé sur la séance de la veille.

Les temps forts économiques du jour

L'agenda macro :

  • 05h00 : Balance commerciale (Chine)
  • 08h00 : Prix de gros (Allemagne)
  • 14h30 : Prix à la production (Etats-Unis)
  • 18h15 : Discours de la Fed Goolsbee (Etats-Unis)
  • 18h45 : Discours de la Fed Barr (Etats-Unis)
  • 19h00 : Discours de la Fed Collins (Etats-Unis)
  • 23h00 : Discours de la présidente de la BCE Lagarde (Zone Euro)
  • Le reste de l'agenda ici.

Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :

Les principaux changements de recommandations

  • ACS, Actividades De Construcción Y Servicios : Morgan Stanley passe de pondération de marché à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 88,56 EUR à 150 EUR.
  • Airbus : BNP Paribas démarre le suivi à neutre avec un objectif de cours de 190 EUR.
  • BNP Paribas : UBS maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 109 EUR à 111 EUR.
  • Continental : Barclays passe de pondération de marché à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 70 à 72 EUR.
  • Crédit Agricole : UBS reste à acheter avec un objectif de cours relevé de 21,20 à 21,80 EUR.
  • Edenred : Citi reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 20 à 19 EUR.
  • Eiffage : Barclays reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 178 à 180 EUR.
  • EQT : Citi passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 370 SEK à 325 SEK.
  • Essilorluxottica : UBS reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 347 à 315 EUR.
  • Forvia (Ex-Faurecia) : Barclays reste à surpondérer avec un objectif de cours réduit de 18 à 14 EUR.
  • Getlink : Barclays maintient sa recommandation surpondérer et relève l'objectif de cours de 20 EUR à 21 EUR.
  • Ipsen : Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 170 à 183 EUR.
  • LVMH : Bernstein reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 685 à 600 EUR. Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 620 EUR à 600 EUR. Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 610 à 510 EUR.
  • Michelin : Barclays passe de souspondérer à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 25 à 30 EUR.
  • Mtu Aero Engines : BNP Paribas démarre une recommandation de surperformance avec un objectif de cours de 410 EUR.
  • Naturgy Energy Group : JP Morgan passe de neutre à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 26,70 à 30,50 EUR.
  • Nexi : Citi passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 5 EUR à 3,40 EUR. Goldman Sachs passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 6 à 3,50 EUR.
  • Partners Group Holding : Citi passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 1270 CHF à 940 CHF.
  • Safran : BNP Paribas démarre le suivi à neutre avec un objectif de cours de 330 EUR.
  • Sandoz Group : JP Morgan reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 66 à 75 CHF.
  • Société Générale : UBS maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 86 EUR à 85,40 EUR.
  • Temenos Group : Citi passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 70 CHF à 90 CHF.
  • Tikehau Capital : Citi passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 19,20 EUR à 18 EUR.
  • Totalenergies : Oddo BHF maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 70 EUR à 85 EUR.
  • Veolia Environnement : UBS maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 36 EUR à 37,80 EUR.
  • Worldline : Goldman Sachs passe de neutre à vendre avec un objectif de cours réduit de 0,40 EUR à 0,23 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

  • LVMH vigilant mais confiant après un premier trimestre en ligne avec les attentes. Le titre coté aux Etats-Unis a perdu 3,1% en réaction aux chiffres.
  • Publicis confirme ses objectifs 2026 après le T1.
  • Le PDG de Totalenergies estime qu'un péage préférable à une fermeture du détroit d'Ormuz.
  • Stellantis s'apprête à quitter Symbio, sa coentreprise dans l'hydrogène avec Michelin et Forvia, selon Les Echos, après avoir déjà entériné la fin de sa participation en juin dernier.
  • Eurofins vend Met Labs pour 575 MEUR.
  • Technip Energies lance son offre d'actionnariat salarié 2026.
  • Delta Plus Group rachète la société Sicur Delta, acteur majeur italien des systèmes de protection contre les chutes de hauteur.
  • Lighton se finance via deux lignes d'obligations, dont une convertible.
  • Les données intermédiaires de l'essai pivot du cema-cel soulignent la solidité de la plateforme CAR-T allogénique de Cellectis, selon la société.
  • Capital B cote sur le marché US OTCID.
  • Les principales publications du jour : Kering, Publicis, Havas, Sidetrade, SMAIO, Electricité Et Eaux De Madagascar, Semco, Forsee PowerLe reste ici.

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D'Europe

  • Sika annonce un chiffre d'affaires trimestriel pénalisé par le conflit au Proche-Orient.
  • Keurig Dr Pepper monte à 97,75% du capital de JDE Peet's après son OPA.
  • Nemetschek va acquérir HCSS auprès de Thoma Bravo.
  • Danieli remporte un contrat de 450 millions d'euros auprès de Marcegaglia pour un projet de sidérurgie et de laminage de produits plats en France.
  • La FDA étend l'homologation de Travere (Novartis) contre une maladie rénale rare.
  • PolyPeptide examine ses options stratégiques sur fond de rumeurs de rachat.
  • Nordex annonce 1,9 GW de prises de commandes au premier trimestre 2026.
  • KKCG porte sa participation dans Ferretti à plus de 23% après son offre partielle.
  • Les principales publications du jour : Givaudan, Sika

D'Amérique du Nord

D'Asie et d'ailleurs

  • Petrobras serait en discussions préliminaires avec le fonds d'Abou Dhabi, Mubadala, pour le rachat de la raffinerie de Mataripe au Brésil, selon Reuters.
  • CATL envisage un placement d'actions de 5 milliards de dollars à Hong Kong, provoquant la chute du titre.
  • La Chine assouplirait les restrictions sur certaines cargaisons de minerai de fer de BHP, selon Bloomberg.
  • Antofagasta sous pression face à la hausse du pétrole et des coûts de production, selon son CEO.
  • Geely Automobile affirme que son nouveau système hybride surpassera l'efficience des véhicules japonais.
  • Les principales publications du jour : néant…

Le reste de l'agenda mondial des publications ici.

Lectures