Le groupe de défense KNDS a lancé lundi un nouveau char de combat destiné à remplacer temporairement la flotte vieillissante de Leclerc français, alors que les incertitudes grandissent quant à l'avenir du projet franco-allemand de char de nouvelle génération, qui accumule les retards.

Les inquiétudes liées à la menace croissante de la Russie, conjuguées aux réticences du président américain Donald Trump à soutenir la défense européenne, poussent les gouvernements à accélérer le renforcement de leurs capacités militaires. Toutefois, la collaboration en matière de production de défense se heurte à de nombreux obstacles.

Le lancement du char de KNDS lors du salon Eurosatory, près de Paris, fait suite à la décision prise la semaine dernière par la France et l'Allemagne d'abandonner leur programme commun d'avion de chasse, le Système de combat aérien du futur (SCAF), après des mois de différends entre Airbus et Dassault Aviation.

KNDS a précisé que le CAPINT, pour « capacité intermédiaire », combine un châssis produit par sa division allemande et un canon fabriqué par sa division française.

Ce modèle vise à renforcer les capacités de l'armée de Terre française, selon KNDS, et doit « ouvrir la voie » au Système de combat terrestre principal (MGCS), le projet de nouvelle génération.

Initié en 2017, le MGCS est destiné à remplacer les chars Leopard 2 allemands et les Leclerc français, avec une mise en service initialement prévue entre 2040 et 2045.

Les chars Leclerc doivent, quant à eux, être retirés du service d'ici 2038.

En avril, la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a déclaré devant le Parlement que Paris avait décidé de lancer un programme de char « intermédiaire » pour pallier les retards affectant le MGCS, estimant que ce dernier accusait environ dix ans de retard sur le calendrier initial.

Le président-directeur général du groupe allemand Rheinmetall, l'un des actionnaires de l'initiative MGCS, a été cité ce week-end affirmant que la France envisageait des coupes drastiques dans le financement du projet. Une source gouvernementale française a toutefois affirmé que le projet restait important pour la France et l'Allemagne, ainsi que pour KNDS.

Cependant, un porte-parole du gouvernement allemand a de nouveau semé le doute lundi en déclarant que le projet se concentrerait sur des technologies « indépendantes des plateformes », ajoutant qu'il n'était pas certain qu'un char commun soit finalement construit.

Jean-Paul Alary, directeur général de KNDS, a déclaré aux journalistes lors d'Eurosatory qu'il ne pouvait pas commenter l'état d'avancement du MGCS, s'agissant d'une question politique, tout en ajoutant que l'échec du projet serait une « très mauvaise nouvelle » pour l'Europe.

L'Allemagne a commencé à travailler sur ses propres plans parallèlement au MGCS en 2025, avec un char intermédiaire développé par KNDS Allemagne et Rheinmetall, baptisé Leopard 2AX ou Leopard 3, pour succéder à sa flotte de Leopard 2.

KNDS prépare une introduction en bourse (IPO) pour une double cotation à Francfort et à Paris, prévue cette année. Interrogé sur le calendrier, M. Alary a déclaré que le meilleur scénario serait « dès que possible ».

Le journal allemand Handelsblatt a rapporté que Paris et Berlin étaient parvenus à un accord lundi, après que le gouvernement allemand a exigé des garanties avant l'IPO pour empêcher toute fuite de savoir-faire hors d'Allemagne. La chancellerie allemande n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire de Reuters.

Le président du conseil d'administration de KNDS, Tom Enders, a été cité dans le rapport, mettant en garde contre une dérive vers le protectionnisme national qui pourrait compromettre la coopération européenne en matière de défense.