Le dollar s'est légèrement renforcé lundi, les investisseurs se préparant à la publication d'une série de données économiques américaines suite à la fin du shutdown gouvernemental, dans l'espoir d'y voir plus clair sur la prochaine décision de la Réserve fédérale concernant ses taux d'intérêt en décembre.

La réaction des marchés au revirement du président américain Donald Trump sur les droits de douane concernant plus de 200 produits alimentaires est restée limitée. Certains analystes estiment en effet que cette décision n'est guère surprenante, compte tenu des difficultés liées au coût de la vie engendrées par ces taxes.

La livre sterling est restée sous pression après une séance agitée vendredi, alors que les spéculations vont bon train à l'approche du très attendu budget britannique du 26 novembre.

Le franc suisse, valeur refuge, s'est replié après avoir atteint un plus haut d'un mois, s'établissant dernièrement à 0,7954 dollar, soutenu la semaine passée par les inquiétudes suscitées par une forte correction sur les marchés boursiers mondiaux.

Cette semaine, l'attention se porte sur la publication de plusieurs indicateurs américains, à la recherche d'indices sur la santé de la première économie mondiale. Le rapport très suivi sur l'emploi non agricole de septembre est attendu jeudi.

« Nous avons connu un vide de données pendant plus de 40 jours, donc je pense que les marchés seront extrêmement attentifs à toute nouvelle information concernant l'économie américaine », estime Carol Kong, stratégiste devises chez Commonwealth Bank of Australia.

« Je pense que le risque est clairement orienté vers un chiffre de l'emploi plus faible, ce qui raviverait les attentes de baisse des taux de la Fed lors du FOMC de décembre et ferait reculer le dollar américain. »

Le billet vert a regagné du terrain en Asie lundi, avant ces publications, effaçant une partie de ses pertes de la semaine précédente, tandis que l'euro reculait de 0,2 % à 1,1597 dollar.

Le dollar australien a perdu 0,24 % à 0,6521 dollar et le dollar néo-zélandais a cédé 0,18 % à 0,5670 dollar.

L'indice dollar, qui mesure la devise américaine face à un panier de grandes devises, a progressé de 0,14 % pour s'établir à 99,46.

Malgré des signes de faiblesse persistante de l'économie américaine dans les récents chiffres du secteur privé, les investisseurs ont revu à la baisse leurs anticipations d'une baisse des taux de la Fed le mois prochain, estimant que les lacunes dans les données économiques pourraient retarder voire compromettre un nouvel assouplissement monétaire.

Les marchés n'accordent désormais qu'un peu plus de 40 % de probabilité à une baisse de 25 points de base en décembre, contre plus de 60 % au début du mois.

Cela n'a toutefois pas permis au dollar de se redresser de façon significative, la devise ayant été entraînée la semaine dernière dans une vague de ventes qui a également touché les actions et obligations américaines.

Thierry Wizman, stratégiste mondial FX et taux chez Macquarie Group, explique que la faiblesse de la devise reflète « la fermeture de positions longues sur le dollar par les traders spéculatifs, dans un contexte de volatilité accrue attendue avec l'avalanche de données à venir dans les prochaines semaines ».

LA LIVRE STERLING DÉRIVE

La livre britannique a reculé de 0,3 % à 1,3137 dollar lundi, après de fortes variations en fin de semaine dernière, consécutives à l'annonce selon laquelle la ministre des Finances Rachel Reeves n'envisage pas de hausse de l'impôt sur le revenu dans le prochain budget.

Cette annonce a inquiété les investisseurs, qui s'attendaient à une hausse pour combler un déficit budgétaire anticipé, provoquant une envolée du coût de l'emprunt pour le gouvernement vendredi.

Les analystes estiment que Reeves devra trouver plusieurs dizaines de milliards de livres pour respecter ses objectifs budgétaires lors du budget annuel du 26 novembre, la hausse de l'impôt sur le revenu étant perçue par les marchés comme la solution la plus sûre pour y parvenir.

Face à la livre, l'euro est resté proche de son niveau le plus élevé depuis environ deux ans et demi, à 88,25 pence.

« Il sera assurément plus difficile de combler le trou budgétaire sans augmenter le taux de l'impôt sur le revenu », estime Carol Kong de la CBA.

« Les inquiétudes persistent quant à la capacité du gouvernement britannique à redresser les finances publiques autant qu'espéré, ce qui pourrait à nouveau alimenter les doutes sur la trajectoire budgétaire du Royaume-Uni. »

Sur le marché des changes, le yen évoluait autour de 155 pour un dollar, s'échangeant dernièrement à 154,80, les opérateurs restant attentifs à un possible interventionnisme des autorités japonaises pour freiner la chute de la devise.

Le Japon était intervenu pour la dernière fois sur le marché des changes en juillet 2024, lorsque le yen avait atteint un plus bas de 38 ans à environ 161,96 pour un dollar, la faiblesse de la monnaie ayant alimenté une forte inflation des prix alimentaires et énergétiques.

Le yen a peu réagi à la publication lundi de chiffres montrant une contraction annualisée de 1,8 % de l'économie japonaise au troisième trimestre, conséquence d'une baisse des exportations face aux droits de douane américains, soit la première contraction en six trimestres.