En avril, la BoJ avait maintenu ses taux à 0,75%, préférant attendre de mesurer les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie japonaise. Mais le resserrement était déjà à l'ordre du jour puisque trois des neuf membres du conseil s’étaient prononcés en faveur d’une nouvelle hausse d’un quart de point.

Le dilemme est devenu plus net depuis la révision des prévisions économiques. La Banque du Japon a divisé par deux son estimation de croissance pour 2026, ramenée à 0,5%, dans un mouvement qui rappelle celui observé en Allemagne. Dans le même temps, ses prévisions d’inflation sous-jacente ont été relevées à 2,8%, contre 1,9% auparavant. Les salaires progressent, mais les ménages restent sous pression. En mars, leurs dépenses ont reculé de près de 3%, davantage qu’attendu, pour marquer une quatrième baisse mensuelle consécutive.

Le Japon se retrouve ainsi face au scénario classique d’un choc énergétique. Une banque centrale doit arbitrer entre soutenir une activité en décélération ou contenir une inflation qui menace de s’installer. Voir à ce sujet : Rendez-vous en juin pour les hausses de taux | Zonebourse 

La faiblesse du yen est également entretenue par des arbitreurs qui empruntent en yen pour acheter des actifs plus rémunérateurs dans d’autres devises. Or un yen faible renchérit les importations, notamment énergétiques, dont le Japon reste très dépendant. Dans ce contexte, une hausse des taux en juin paraît aujourd’hui très probable. Les rendements à 10 ans des obligations japonaises ont d’ailleurs atteint cette semaine un plus haut de 30 ans, autour de 2,7%.

Cette pression monétaire s’inscrit aussi dans un cadre diplomatique. Scott Bessent s’est rendu cette semaine au Japon pour rencontrer la première ministre Sanae Takaichi et la ministre des finances Satsuki Katayama, sur fond de forte pression sur le yen et de soupçons d’interventions japonaises sur le marché des changes.

Pour Washington, l’enjeu est double. Un yen trop faible soutient la compétitivité des exportateurs japonais, notamment dans l’automobile et les biens industriels, alors que les États-Unis cherchent à réduire leurs déficits commerciaux. En mars, le Census Bureau classait le Japon au deuxième rang des excédents commerciaux de biens avec les États-Unis, derrière la Chine.

Scott Bessent préfère aussi voir le yen se redresser grâce aux fondamentaux économiques plutôt qu’à travers des interventions répétées des autorités. Il a toutefois nié avoir demandé explicitement au Japon de relever ses taux. Selon le Financial Times, Tokyo aurait dépensé plus de 60 milliards de dollars au cours des deux dernières semaines pour soutenir sa monnaie.

USD/JPY

Le seuil des 160 yens pour un dollar apparaît désormais comme une ligne à défendre pour les autorités japonaises. Tokyo a obtenu le soutien recherché, Scott Bessent a implicitement validé les interventions japonaises sur les marchés.

Avec des taux relevés à 1%, l’économie japonaise confirmerait donc sa transition en revenant à un seuil que le pays n’avait pas atteint depuis plus de 30 ans. L’économie renoue avec l’inflation et la hausse des salaires. L’OCDE anticipe même plusieurs hausses successives, avec des taux susceptibles d’atteindre 2% d’ici à la fin 2027.