Les entreprises et les ménages américains, déjà aux prises avec les ajustements liés à la politique tarifaire de l'administration Trump, subissent désormais de plein fouet l'envolée des prix de l'énergie provoquée par le conflit en Iran, indique un rapport de la Réserve fédérale publié mercredi. Le document note toutefois que l'activité économique a progressé dans la majeure partie du pays ces dernières semaines et que l'emploi est resté stable.

"Le conflit au Moyen-Orient a été cité comme une source majeure d'incertitude compliquant les décisions en matière d'embauche, de tarification et d'investissement en capital, de nombreuses entreprises adoptant une posture d'attentisme", a déclaré la banque centrale américaine dans son dernier "Livre Beige". Ce recueil de données économiques qualitatives provenant de tout le pays aide les décisionnaires à affiner leur compréhension de la conjoncture et à orienter leurs décisions sur les taux d'intérêt.

"Les perspectives commerciales divergent sur fond d'incertitude généralisée quant aux conditions futures", précise le rapport. Si les contacts des districts de Boston et de St. Louis font part d'un certain optimisme malgré la guerre, un pessimisme plus marqué domine dans d'autres régions.

Comme l'a confié un interlocuteur à la Fed de Kansas City, les ménages à revenus faibles ou modérés "ne peuvent plus compenser par leur budget la faiblesse des salaires, les tarifs douaniers et l'inflation". La Fed devrait maintenir son taux d'intérêt au jour le jour dans la fourchette actuelle de 3,50% à 3,75% lors de sa prochaine réunion de politique monétaire les 28 et 29 avril, les responsables adoptant eux aussi une posture de "wait-and-see".

La croissance des prix est "globalement restée modérée dans l'ensemble", selon le rapport, qui s'appuie sur des enquêtes et des entretiens menés auprès de chefs d'entreprise et d'organisations communautaires dans les 12 districts de la Fed.

La hausse des coûts de l'énergie se traduit par un renchérissement du transport et des coûts plus élevés pour les plastiques et les engrais, souligne le rapport, ajoutant que "les pressions sur les coûts des intrants, au-delà des augmentations liées à l'énergie, étaient également répandues".

"Plusieurs fabricants et détaillants ont relevé leurs prix pour couvrir la hausse du coût des intrants et les frais liés aux tarifs douaniers précédemment absorbés", rapporte la Fed de Cleveland. "Certains industriels ont instauré des surtaxes sur les intrants dérivés du pétrole affectés par le conflit au Moyen-Orient."

EFFRITEMENT DE LA RÉSILIENCE DES CONSOMMATEURS

Les informations de ce dernier rapport ont été recueillies jusqu'au 6 avril et reflètent le climat économique instable depuis que la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran a perturbé environ un cinquième des expéditions mondiales de pétrole et un tiers des livraisons d'engrais.

Le prix moyen de l'essence aux États-Unis a bondi à plus de 4 dollars le gallon, les prix du diesel au détail ont franchi la barre des 5,60 dollars le gallon et les prix des engrais ont également fortement progressé.

Le précédent Livre Beige, qui faisait état d'attentes globalement optimistes pour la croissance économique et d'un ralentissement prévu du rythme de hausse des prix, avait été finalisé avant le début des dernières hostilités au Moyen-Orient le 28 février.

Les décisionnaires comme les analystes avaient été surpris par la résilience de la consommation des ménages malgré une série de chocs économiques, notamment la poussée inflationniste post-pandémie et le choc tarifaire de l'an dernier. Le dernier Livre Beige montre toutefois des signes d'effritement.

Un bijoutier de Williamsburg, en Virginie, a confié à la Fed de Richmond : "s'ils peuvent économiser un dollar et obtenir la livraison gratuite, ils achètent en ligne... c'est ma pire année jusqu'ici".

Les entreprises manufacturières du district de la Fed de New York ont noté que l'incertitude accrue due aux changements de tarifs douaniers et à la guerre "bouleversait les calendriers de tarification et rendait les clients hésitants à s'engager dans des achats". Malgré ces vents contraires, "certaines entreprises ont fait état d'une forte dynamique", nuance la Fed de New York.

PERSPECTIVES D'INFLATION

Les responsables de la Fed affirment généralement ne pas tenir compte des hausses temporaires des prix des matières premières, et beaucoup disent s'attendre encore à ce que l'inflation des biens résultant des chocs tarifaires de l'an dernier s'atténue plus tard cette année, ce qui leur permettrait de reprendre les baisses de taux d'intérêt.

Dans le même temps, l'inflation se maintient au-dessus de l'objectif de 2% de la Fed depuis plus de cinq ans. Les dernières données amènent les économistes à prévoir un bond le mois dernier, non seulement de l'inflation globale, mais aussi de l'inflation "sous-jacente" (hors énergie et alimentation), que les décisionnaires utilisent pour évaluer les pressions inflationnistes futures.

Les responsables considèrent largement que le marché du travail américain se stabilise, le ralentissement de la croissance de l'emploi étant équilibré par une contraction de la population active dans un contexte de forte baisse de l'immigration.

Le taux de chômage a légèrement reculé le mois dernier pour s'tablir à 4,3%.

Le Livre Beige souligne que la concurrence salariale est restée globalement "atone", suggérant que le marché du travail n'alimente pas les pressions inflationnistes. Plusieurs districts ont également mentionné l'absence de licenciements massifs et un faible taux de rotation, confirmant qu'un marché du travail caractérisé par peu de départs et peu d'embauches reste la norme dans une grande partie du pays.

Certains signes indiquent également que l'intelligence artificielle continue de remodeler le paysage de l'emploi.

"Quelques contacts ont signalé l'utilisation d'outils d'IA générative pour réduire les coûts et suspendre les nouveaux recrutements", a indiqué la Fed de San Francisco.