Paris (awp/afp) - Les marchés financiers sont secoués vendredi par le retour des craintes inflationnistes, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping n'ayant pas apaisé les préoccupations liées au conflit au Moyen-Orient, provoquant une flambée des taux d'intérêt et un repli marqué des Bourses mondiales.
En Europe, vers 14H15 GMT, le taux d'intérêt de la dette allemande à échéance dix ans, référence sur le continent, grimpait à 3,15%, peu après avoir touché un plus haut depuis 2011, contre 3,04% la veille en clôture.
Son équivalent français s'établissait à 3,80%, contre 3,66% en clôture jeudi.
Le rendement de l'emprunt britannique à dix ans bondissait de 4,99% jeudi à 5,18% vendredi, au plus haut depuis 2008. Une dynamique renforcée par la crise qui secoue l'exécutif de Keir Starmer, le chef du gouvernement travailliste au Royaume-Uni, après sa défaite aux élections locales.
Le taux à 30 ans était au plus haut depuis 1998, frôlant les 5,86% contre 5,65% jeudi, soit plus de 0,20 point de pourcentage, une très forte variation sur ce marché.
En Asie, le taux japonais de l'obligation à 30 ans a lui franchi la barre des 4% pour la toute première fois depuis son lancement en 1999.
Pour Fawad Razaqzada, analyste de marché, chez Forex.com, cette flambée des rendements obligataires à travers le monde s'explique par deux facteurs. "Beaucoup d'espoirs reposaient sur la rencontre Trump-Xi, avec l'attente qu'elle puisse produire quelques annonces constructives - peut-être également sur l'Iran", explique-t-il. "Mais cela ne s'est pas matérialisé."
Les prix du pétrole poursuivent d'ailleurs leur hausse vendredi, le baril de Brent de la mer du Nord gagnant 2,71% à 108,59 dollars et son équivalent américain, le WTI, prenant 2,94% à 104,14 dollars.
Le blocage persistant du stratégique détroit d'Ormuz, au large de l'Iran, provoque depuis le début de la guerre au Moyen-Orient une flambée des prix du pétrole, qui commence à se répercuter sur les prix partout dans le monde.
Et avec la flambée des coûts de l'énergie, les investisseurs continuent "de faire face aux préoccupations liées à l'inflation et à la stagflation", un mélange de croissance économique ralentie et de hausse des prix, souligne M. Razaqzada.
"Cela provoque des craintes sur la soutenabilité financière des Etats", explique à l'AFP Vincent Juvyns, chef des stratégies d'investissements pour la banque ING.
L'indice des prix à la production (PPI) au Japon a par exemple bondi de 4,9% en avril, nettement plus que les 3% anticipés par les consensus d'analystes cités par Bloomberg, selon des chiffres publiés vendredi.
Aux Etats-Unis, l'inflation s'est affichée en avril en progression de 3,8% sur un an, au plus haut depuis près de trois ans. L'indice des prix à la production (PPI) a lui bondi de 6% sur un an contre +4,3% en mars.
Les Bourses dans le rouge
Les actifs risqués sont "massivement vendus sur les marchés actions mondiaux aujourd'hui" poussant les principaux indices dans le rouge, souligne Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
En Europe, vers 14H15 GMT, la Bourse de Paris cédait 1,38%, Francfort 1,90%, Londres 1,74 et Milan 1,81%. Seul Zurich grimpait de 0,09%.
A Wall Street également, le Dow Jones lâchait 0,70%, le Nasdaq - à forte coloration technologique - perdait 1,13% et l'indice élargi S&P 500 0,82%.
Les grands noms du secteur tech et des semi-conducteurs, qui avaient bondi ces dernières semaines, souffrent vendredi de prises de bénéfices.
A Paris, STMicroelectronics chutait de 4,35% et Soitec de 4,38%. A Francfort, Infineon abandonnait 5,98%. A Amsterdam, ASML perdait 4,70%.
A New York, le géant Nvidia lâchait 4,07%, AMD perdait 4,21%, Micron chutait de 5,64% et Intel de 7,41%.
Prime de risque géopolitique au Royaume-Uni
Le Premier ministre britannique Keir Starmer est toujours à Downing Street mais son autorité est en lambeaux et la guerre de succession, qui s'annonce longue, a commencé au Labour pour tenter de l'évincer.
L'indice vedette de la Bourse de Londres est durement pénalisé par les banques britanniques "alors qu'elles se retrouvent dans la ligne de mire politique", explique Kathleen Brooks, le maire travailliste de Manchester Andy Burnham et ses alliés ayant "menacé de taxer les banques britanniques s'ils arrivent au pouvoir".
Sur le marché des changes également, la livre sterling "s'est fortement dégradée au cours des deux dernières semaines", insiste-t-elle.
Vers 14H15 GMT, la devise britannique cédait 0,48% face au billet vert à 1,3339 dollar pour une livre.
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